Interview : Dominique Bettenfeld

Publié le 15 Décembre 2013

Interview : Dominique Bettenfeld

Plus de quarante questions, une interview fleuve, il fallait au moins ça pour tenter de revenir sur la carrière de Dominique Bettenfeld, acteur caméléon qui a tourné avec les plus grands, de Jeunet & Caro à Jan Kounen en passant par Dupontel. Malgré tout ça, difficile, tout de même, de faire le tour complet de la filmographie du Monsieur ! Pas grave, l'important est là : Des souvenirs de plus de 20 ans de carrière, des anecdotes cocasses, des coups de gueules, des rencontres, une vision claire sur l'évolution de l'industrie cinématographique et surtout une passion immodérée pour le travail d'acteur et pour le "cinoch", le vrai, celui qui fait voyager, celui qui transporte.

Action !

1/ Pour commencer, retournons vingt ans arrière. Comment êtes vous arrivé sur "Delicatessen" de Jeunet et Caro ?

Déjà, je suis arrivé un peu sur le tard dans le métier de comédien. Je viens de l’est de la France et je suis monté à Paris pour faire une école qui s’appelait l’école du passage de Niels Arestrup. Ça tombait bien, ils prenaient des vieux ! (rires) Dans ma promotion, j’avais une copine qui était voisine de Jeunet et qui me dit qu’il cherchait des « gueules » pour un film. Je n’étais pas trop parti pour faire ça au départ mais, à un moment donné, j’ai filé une photo de photomaton à cette copine et suite à ça, j’ai rencontré Jean-Pierre et Marc. Ça les a branché, j’avais une tronche et ça c’est fait comme ça ! A l’époque, le rôle que j’interprète, un espèce de lieutenant, ça devait être Cornillac qui devait le faire. Je devais faire un autre troglodyste puis Cornillac s’est barré sur un autre truc donc ils m’ont branché là dessus.

2/ Une belle expérience et une belle rencontre avec Jeunet et Caro…

Oh oui, et là tu commences, c’est du cinéma ! Du vrai « cinoch » ! J’ai eu de la chance, j’ai mangé mon pain blanc d’entrée. Je suis parti avec des réalisateurs qui faisaient du vrai cinéma, c’était pas des machins dans des appartements, champ/contrechamp… C’était visuel, ça bougeait, c’était barjot, avec des costumes… Tu sors de la réalité, tu vas dans un autre monde ! J’appartenais à un truc onirique, une histoire.

3/ Vous sentiez déjà que le film marcherait au moment du tournage ?

Alors là, pas du tout. Pour moi, c’était une rencontre fortuite… J’ai eu une chance, je l’ai choppé. Ce facteur chance est énorme, ça aurait pu être quelqu’un d’autre. Après il y a le travail, et j’ai essayé de faire de mon mieux. Il n’y a pas que la chance parce que si t’es une buse sur le tournage, ça ne marche pas (rires) ! Un peu de chance et après du travail, donc. Bref, j’étais à cent lieux de m’imaginer que "Delicatessen" allait faire le buzz que ça a fait. Je trouvais qu’il y avait une superbe émulsion sur le plateau, j’ai rencontré plein de gens que je vois toujours. Ne serait-ce que Jeunet, c’est un mec super fidèle. Quand je tourne avec lui, je viens dans la famille, comme avec Jan (Kounen). Les gens me connaissent, c’est plus reposant et ça te met de la pression positive. Tu bosses dans un climat super serein et de confiance.

4/ Pensez-vous qu’on pourrait produire un film comme "Delicatessen", aujourd’hui?

A cette époque, il y avait une grosse tendance de nouveaux films avec de nouveaux réalisateurs, que ce soit Kounen, Gaspard Noé, Dupontel, Jeunet et Caro, toute une bande de mecs qui ont commencé a envoyer des trucs un peu différents. On était dans une manière de filmer un peu plus à l’américaine, moins film d’auteur. Je n’ai rien contre les films d’auteur, loin de là mais avec eux on arrivait dans des films post-nouvelle vague française et ça a pris. Ca a tellement marché que c’est devenu un peu le cinéma institutionnel en France pendant un temps, mais ça n’a pas duré très longtemps car ça n’a pas fait autant de petits que ça. Pour en revenir à ta question : Non. Maintenant, des réals pas connus qui voudraient envoyer des films comme ça, personne ne les suit. Il n’y a déjà plus de distributeurs qui veulent prendre des risques là-dessus. Les distributeurs cinéma, c’est comme "Carrefour" : ton produit est en tête de gondole ou t’es tout en bas du rayon. Les distributeurs, c’est la vitrine, ils ont pris la grosse part du gâteau. C’est dommage, Jeunet me disait qu’actuellement, ce serait impossible de placer un profil comme Audrey Tautou dans « Amélie Poulain ». A l’époque, elle n’était pas connue, on se demandait d’où elle déboulait et elle obtenait le premier rôle. Maintenant ce serait impossible. Personne ne suivrait là-dessus. Ça veut dire qu’au bout d’un moment ce système va s’auto-scléroser. Il ne faut pas prendre les gens trop longtemps pour des cons. Certains pensent que les spectateurs sont des moutons et qu’ils vont voir ce qu’on leur propose mais au bout d’un moment, ils ont besoin de nouvelles sensations, de nouvelles gueules, de nouvelles manières de filmer. Ça, ça va transpirer au bout d’un moment, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, on est déjà au bout de ce système. Même si le cinéma français marche quand même, y’a plein de films qui se tournent mais c’est toujours le même principe, le même style de cinéma. Ce qui est dommage c’est qu’il n’y a plus cette prise de risque, plus cette envie d’aller ailleurs et de bousculer tout ça. Ou alors, ceux qu’ils le font, c’est cinq ans à ramer pour tourner avec pas grand-chose et qui, au final, seront mal distribués ou mis au placard. Maintenant, il faut que ton film rentre dans une case. On te demande ce que c’est. Une comédie ? Un drame ? Si ça ne rentre pas dans une de ces cases, les mecs ne savent pas quoi dire dessus, ça les fait flipper. Les américains le comprennent : c’est art et industrie. Nous, on est encore dans un drôle de mélange ou tout le monde veut se mêler du côté artistique aussi. Soit tu suis un film en mettant l’argent et tu fais confiance aux créateurs ou alors tu ne mets pas le pognon mais tu ne viens pas donner ton avis sans arrêt.

5/ Aux Etats-Unis, ça arrive aussi ce problème, que la production prenne la « place » du réal’…

Oui car ils ont des rails incroyables : tant de minutes d’actions, tant de minutes de comédies… Faut se dire que le boulot de scénariste, c’est un vrai taf là bas. Quand les scénaristes se mettent en grève, ça ne met pas longtemps avant qu’on s’intéresse à eux. Et ça, c’est un vrai métier qu’on galère à avoir en France. Le réalisateur c’est un bon technicien mais avant ça, il faut une bonne histoire et une bonne histoire, il y a des gens qui y ont travaillé. Et toi, si tu ne sais pas faire une bonne histoire et même si t’es un super réalisateur, ça n’intéressera personne.

Interview : Dominique Bettenfeld

Maintenant, il faut que ton film rentre dans une case. On te demande ce que c’est. Une comédie ? Un drame ? Si ça ne rentre pas dans une de ces cases, les mecs ne savent pas quoi dire dessus, ça les fait flipper.

Dominique Bettenfeld

6/ Puis, vous tournez dans "La cité des enfants perdus", gros travail graphique, beaucoup d’effets spéciaux. Avez-vous tourné des séquences en décors réels ?

Non, tout en studio. C’était au 4001 à Harpagon. La flotte, la barque était dans le studio. Tu rentres là dedans le matin, le soir quand tu ressors du studio, tu ne comprends plus rien ! C’était énorme, génial. Ça c’est une expérience dont tu te rappelles. Merci Jean-Pierre et Marc !

7/ Est-ce que vous avez eu un choc en découvrant le film terminé, après la post-production ?

Non. On est déjà dans l’univers. On a les costumes, les décors, tout est déjà là. La seule différence, à la fin, c’est le montage. Tu vois vraiment l’histoire qui est racontée donc on découvre ce qu’on a fait. Au début du tournage, tu t’en doutes, tu t’immerges dedans et quand tu vois le film fini, tu découvres vraiment toute la trame. C’est comme dans « Un long dimanche de fiançailles », c’est du pur cinéma ! Après t’aimes ou t’aimes pas mais t’es ailleurs, dans des décors ahurissants… Tu remplis la boite à souvenirs.

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8/ Parlons de Jan Kounen, justement, qui vous remarque sur un clip d’Elmer Food Beat. Qu’est ce qui vous a plu chez lui et inversement, qu’est ce qui lui a plu chez vous pour que vous vous retrouviez à tourner « Captain X » et « Vibroboy » ?

Jan venait de faire « Gisèle Kérozène », un truc qui avait été remarqué. Là-dessus, il tombe sur le clip des Elmer Food Beat et il bossait à l’époque avec Margot Marguerite. Là, concours de circonstance, Margot Marguerite, qui devait jouer le rôle dans « L’âge de Plastic », tombe malade quelques jours avant le tournage et Kounen cherchait quelqu’un. Il a appelé Diane Bertrand, la compagne d’époque de Jean Pierre Jeunet, avec qui je bossais, pour lui demander si elle ne connaitrait pas quelqu’un alors elle lui a montré des essais vidéos que j’avais fait. Ça lui a plu, il m’a appelé, j’ai fait des essais avec lui et il a appelé la production directement pour dire que c’était bon. Je correspondais assez bien à ce qu’il projetait dans ses futurs films. Ça s’est fait comme ça pour « Vibroboy » mais pour « Captain X », j’ai repassé des essais. Ça a toujours été clair avec Jan. C’est comme ça qu’on a commencé à bosser ensemble.

9/ Puis, vous êtes arrivé sur "Dobermann". Un film particulier avec une sacrée bande de comédiens…

Ouais, un univers bien frappadingue. Tu rentres dans des personnages un peu outranciers, un peu BD… C’est vachement bien. Des personnages très dessinés dans la forme, le look. Et puis, on a approfondi le fond car il faut faire vivre la marionnette ! Alors avec Jan, on a eu des discussions, on a fait des répétitions. Jan prend encore le temps de faire ça. Comme les américains, quand y’a un gros rôle, ils bossent ! Y’a un coaching. Jan le fait mais c’est de plus en plus rare en France. Aux Etats-Unis, la préparation du rôle est comprise dans le tarif ! En France, il devrait y avoir du temps et du fric alloués aux préparations et aux répétitions mais ça, ce n’est malheureusement pas la pratique la plus courante…

10/ Avez-vous beaucoup répété en groupe sur "Dobermann" pour créer la cohésion de la bande étant donné le nombre de personnages à l’écran ?

Oui, on en a fait pas mal. Et Jan, ça lui permettait de savoir ou il allait placer sa caméra. Une fois qu’on avait réglé les dialogues et les échanges, après sur le tournage, ça roulait. On a fait des improvisations et Jan regardait tout ça pour sa mise en scène. Sur le tournage, il savait tous ses axes. On n’a plus rien bougé après. On avait des libertés mais le cadre était vraiment défini. Ça permettait à Jan d’être tranquille et d’aller vite. Il a même pu faire des choses qu’il n’avait pas prévu parce qu’il avait le temps comme on avait réglé notre jeu avant. Comme il aime bien se faire des délires, ça tombait bien… Et c’est un mec qu’a un sens du cadrage exceptionnel. Au niveau direction d’acteurs, Jan a beaucoup appris sur ce tournage et au fur et à mesure des films. Jean-Pierre Jeunet, c’est un truc qu’il sait super bien faire, il a toujours aimé ça. Albert Dupontel aussi, c’est un acteur à la base donc il sait comment s’occuper des acteurs car chacun est différent et il faut pouvoir gérer tout le monde. Et Jan a beaucoup appris sur "Dobermann". Il a réussi à cerner ce truc là et maintenant, sur un plateau, il est très précis sur les indications et il sait comment amener les acteurs au plus proche de ce qu’il veut tout en laissant la personne s’exprimer. Et puis, il y avait intérêt car tu prends un loustic comme Tcheky Kario, tu ne lui racontes pas la messe à l’envers. Faut assurer sinon le mec il te bouffe ! C’est un vrai travail.

11/ "Dobermann" est un film dans lequel les situations sont poussées à l’extrême tout comme les dialogues et pourtant c’est ancré dans une réalité et on y croit quand on voit le film. N’étais-ce pas compliqué de jouer un personnage aussi BD, avec des dialogues un peu outrancier tout en restant crédible et sans surjouer ?

Je crois que c’est ça le fondement du travail. On te propose quelque chose et c’est à toi de le ramener à ta réalité. Des fois, c’est compliqué ouais… Mais tout ça, ça fait aussi parti d’un travail que tu fais en amont. On a beaucoup discuté avec Jan sur le rôle de l’abbé. Pour Jan, au départ, l’abbé Froissard, que j’interprète, était plutôt un tordu à la Léon de "Vibroboy". Moi, ça me gavait un peu de faire deux fois le même truc… Au départ l’abbé, c’était juste un mec qui se déguise en homme de Dieu pour passer inaperçu et j’ai dit à Jan que, pour moi, ce type là est un fou de Dieu et qu’il y croit. Pour moi, l’abbé il flingue des gens car ce sont des incultes, il y a des raisons mystiques derrière. Jan a été d’accord et donc, en tant que comédien, toutes tes répliques elles rentrent d’un coup. J’ai cerné le personnage et je savais comment le jouer. Ça devient donc plus simple car t’as trouvé une ligne à ton personnage. Tu as une sorte de colonne vertébrale et tout vient se coller à l’intérieur. Le travail de fond est déjà fait donc les répliques que j’avais à dire, je les avais déjà digérés. Même si c’est complètement fou comme la réplique « ça sent le sapin »… Pour cette réplique d’ailleurs, en fait, normalement l’abbé avait une vision de ses parents, un jour de noël. Et sa mère tuait son père, qui était un salaud, devant le sapin de noël… Donc, quand l’abbé dit « ça sent le sapin », c’était la circonstance mais en même temps, c’était noël… Alors quand tu dis cette réplique là, si t’es pas un peu allumé, ça ne marche pas car ça déboule là tout d’un coup !

Interview : Dominique Bettenfeld

Au départ l’abbé, c’était juste un mec qui se déguise en homme de Dieu pour passer inaperçu et j’ai dit à Jan que, pour moi, ce type là est un fou de Dieu et qu’il y croit. Pour moi, l’abbé il flingue des gens car ce sont des incultes

Dominique Bettenfeld à propos de son personnage dans "Dobermann"

12/ Il y a aussi des échanges de dialogues excellents comme celui entre Moustique et l’abbé sur le golden boy. La différence de caractère entre l’abbé et Moustique, ça donne vraiment un bon équilibre…

Voilà, c’est le genre de choses qu’il fallait trouver. Comme Antoine (Basler) dedans, il est complètement disjoncté, je ne voulais pas faire le même style de jeu, comme dans "Vibroboy". Le binôme avec Moustique l’excité et l’abbé, le monolite qui intériorise tout mais qui est un malade mentale furieux… Là, ça existe, ça fonctionne. Et l’un ne bouffe pas l’autre, au contraire, l’un apporte à l’autre. C’est des petites alchimies comme ça qui marchent bien. Ça peut des fois ne pas l’être.

13/ Tous les personnages du film sont différents et se complètent bien…

C’était bien ciblé et au niveau du casting, c’était intelligent. Mettre des gens avec des grosses personnalités comme ça et qui se bouffent pas le nez, c’est super car ça peut vite partir en live sinon. Donc là, c’était bien senti, il n'y a pas eu d’histoires d’égo. C’était paisible à ce niveau là.

14/ Quand on tourne un film comme "Dobermann", sait-on d’avance que ça va faire du bruit à la sortie en salle et que certaines personnes ne vont pas comprendre le ton du film ?

J’étais déjà vacciné avec "Vibroboy"… Mais là, c’est vrai que c’est avec Cassel, Duris, Bellucci qui montent et Tcheky Karyo de l’autre côté qui a déjà sa place dans le paysage cinéma. Tu te dis que la jeune génération va aller voir ce film… Vincent avait déjà fait « La Haine », tu sais que ça va faire du bruit.

15/ Le film avait aussi bien marché à l’étranger ?

A l’étranger, ça avait cartonné ! En France, ce n’était pas loin d’un million d’entrées, ce qui est très bien pour un film de ce genre… et à l’étranger, gros succès aussi. Bon, bien sûr, il avait été descendu par nos gardiens du temple…

16/ Justement, dans le DVD collector, Jan Kounen a référencé toutes les critiques négatives qu’a reçu le film. Ça l’a plutôt amusé ces critiques ?

Non, pas du tout. Avec le DVD, je pense que c’est un dédouanement qu’il a fait. Mais ça ne l’a pas amusé… ça avait déjà commencé avec "Vibroboy" dont les critiques avaient dit que c’était navrant, beauf, aucun humour… Kounen aurait été John Woo, on aurait dit « encore un OVNI qui déboule du cinéma asiatique ultra-violent ». Sauf que là, le mec est français et tu ne fais pas ça en France !

17/ Malgré le risque, les producteurs ont investi sur "Dobermann" et sur Kounen.

Là, les producteurs, ils ont mouillé le maillot. Mais je pense que quand t’es producteur là-dessus, avec l’émulsion de ces années là, tu sens qu’il y a quelque chose à creuser. Après, ils pouvaient se planter. Quand "Dobermann" est sorti, les critiques ont tous bavé dessus en disant que c’était de la merde… Avec la scène du film ou Romain Duris hésite entre télérama et les cahiers du cinéma pour se torcher, c’était réglé, ça a été rédhibitoire vis-à-vis des critiques presses !

Interview : Dominique Bettenfeld

Ce n'est que du cinéma, après tout, et quand des mecs arrivent à comparer Jan à Mussolini, à dire que c’est un facho, là faut arrêter. Tu ne dis pas ça, assis à ton bureau, parce que le mec t’as un peu chatouillé.

Dominique Bettenfeld suite aux critiques de "Dobermann"

Interview : Dominique Bettenfeld

18/ Vous pensez que ces critiques ont eu un impact négatif sur le film ou plutôt que ça l’a aidé ?

Je pense que ça l’a aidé dans le sens ou ceux qu’on été voir ça en ont rien eu à battre de tout ce qui était dit ! Le bouche à oreilles a été bon. C’était neuf ,c’était frais, les gens sont allés le voir.

19/ Et vous, en tant que comédien, ça vous touche des critiques comme celle là ?

Oui. Moi, je n’ai pas été incriminé directement mais quand j’entends des trucs sur Jan qui est tout sauf ce qu’on est entrain d’en faire, ça m’a vraiment foutu les boules. Les critiques étaient pitoyables. Les gens étaient obligés d’être méchants parcequ’on remet un peu en question leur travail. Puis, tu peux dire ce que tu veux d’une œuvre mais t’attaques pas les gens personnellement si tu ne les connais pas. Et tous ces mecs, ils bossent dans des gros magazines, soit disant c’est des sommités et ils réagissent de façon méchante et pitoyable. Et tant qu’il y aura encore ces gardiens, on continuera à avoir du cinéma sans originalité et ensuite, les mêmes vont se demander ce qu’il se passe dans le cinéma français ! Ça m’a vraiment énervé par rapport à Jan et lui, ça l’a affecté. Qu’on dise qu’on ne l’aime pas, OK mais il ne faut pas passer une certaine limite. Je pense que la ligne rouge a été franchie. Ce n'est que du cinéma, après tout, et quand des mecs arrivent à comparer Jan à Mussolini, à dire que c’est un facho, là faut arrêter. Tu ne dis pas ça, assis à ton bureau, parce que le mec t’as un peu chatouillé. Ce n’est pas pro de leur part et on est passé à autre chose que du cinéma. Ca a déclenché des passions et une remise en question de tout leur édifice. Ils sont bien assis sur leur petite profession, ils sont bien ensemble, il ne faut pas les remuer. Bon, ils ne sont pas tous à mettre dans le même sac mais ce qui a été dit dans les gros magazines, c’était vraiment méchant.

20/ Il y a aussi Gaspard Noé avec "Irreversible" ou Dupontel avec "Bernie", par exemple, qui avaient reçu aussi ce genre de critiques…

"Irréversible", on en a fait un truc incroyable avec cette histoire de viol… Et pourtant ce film, c’est autre chose que juste cette scène. C’est une vraie recherche, le processus est monstrueux. Je ne comprends pas que des gens habitués à voir du cinéma soient aussi à cran sur un film comme ça. C’est un film qui n’est pas putassier du tout, c’est réel mais ils ont fait tous leurs articles sur la scène du tunnel, comme s’il n’y avait que cette scène. Le film ne se réduit pas à ça… Du coup, ça fait un scandale mais c’est parti dans l’autre sens aussi pour Noé car les gens sont allés le voir.

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21/ Ensuite, vous retrouvez Jeunet pour « Amélie Poulain », gros succès public et critique…

Oui surtout que Jeunet dit qu’il vient refaire un petit film en France après avoir tourné "Alien Resurrection"… UGC a vu que le film allait marché, qu’il ne manquait pas grand-chose pour qu’il atteigne des scores excellent alors ils ont relancé la promo en plein milieu de la distribution du film. Ça a fait un gros succès car ça a correspondu à une époque… C’est important pour la réussite d’un film. Par exemple, le film avec Omar Sy et Cluzet, "Intouchables", est venu à un moment ou les gens ont envie de voir ce film. Ça se trouve, il serait sorti six mois plus tôt ou plus tard, il n’y aurait pas eu cet engouement. Ça aussi, c’est très aléatoire. Suffit d’un rien… Une bonne histoire, une petite foule de gens qui y vont, un petit buzz et ton film décolle.

22/ Dans " Le fabuleux destin d'Amélie Poulain", vous jouez le voisin d’Amélie, rôle plus classique que ce que vous avez l’habitude de jouer. Ça vous a tout de même plu ?

L’enjeu du rôle c’est que tout était pratiquement en improvisation. J’étais devant la télé, y’avais un vrai match et j’y suis allé à fond. Bon, moi, j’aime plutôt le foot, j’y ai pas mal joué donc c’était une bonne après-midi ! (rires) Après, Jeunet a gardé ce qu’il voulait garder mais ça s’est barré en sucette, je faisais des sauts sur le canapé ! Bon, il a pas tout pris mais on est passé par là. Donc, quand même, tu pars ailleurs.

23/ Vous tournez beaucoup avec des réalisateurs qui ont une patte particulière, c’est ce que vous recherchez ou c’est car vous être le style d’acteur qu’ils recherchent ?

Oui, c’est plus car j’ai une tronche qui va bien pour ce genre de films mais je n’ai aucune église là dedans. A part si vraiment ça ne me branche pas, ça ne me parle pas du tout… Mais c’est vraiment rare car il y a toujours un truc à défendre dans un rôle.

24/ Et vous avez toujours des rôles un peu atypiques avec des maquillages…

J’adore ça. C’est pour ça que je fais ce métier. Quand les gens ne me reconnaissent pas, c’est le meilleur. Je me rappelle de « 99 Frs », Marc Caro s’est rendu compte que j’étais dans le film au générique de fin. Il a appelé Jan et lui a demandé le rôle que j’avais ! J’étais content car Marc, c’est quand même un mec qui me connait bien donc ça, ce sont mes petites fiertés. Quand tu rentres dans le personnage, que tu façonnes l’univers, ça, c’est super.

Il faut des bons acteurs et des bons personnages en tête d’affiche mais une bonne histoire prend en compte les seconds rôles et la figuration. Souvent, ce qui m’afflige, c’est qu’on fait attention à ce qui se passe en premier plan et derrière, ça ne se tient pas.

Dominique Bettenfeld

Interview : Dominique Bettenfeld

25/ Entre les prises, vous sortez du rôle ou vous restez dans la peau du personnage ?

Ça dépend des rôles que j’interprète. Je ne suis pas un grand malade de rester dans ma bulle mais ça dépend vraiment des séquences. Parfois, faut que je m’isole pour penser à ce que j’ai à faire et le cinéma, comme disait Mastroianni, c’est avant tout une bonne chaise. Quand tu arrives à 7 heures du matin et que ta première prise est à 15 heures et qu’ensuite tu arrêtes et tu reprends pour une autre scène qui n’est pas dans la continuité de la précédente, faut avoir les esprits clairs ! Mais j’aime bien justement cette réactivité. Tu ne fous rien et au bout d’un moment tout s’enchaîne, on t’appelle pour le maquillage, on te dit de balancer le texte, tu tournes. Donc, tu dois quand même toujours être prêt et concentré car quand ça démarre, faut savoir ce que t’as à faire sinon c’est désagréable comme sensation. J’anticipe donc toujours tout ça et je me mets dans le rôle bien avant que ça tourne.

26/ Vous êtes habitué aux seconds rôles, mais à des seconds rôles dont on se souvient et on dit que souvent, ce sont ces rôles qui font la différence dans un film. D’ailleurs les américains ont bien compris l’importance des seconds rôles…

Il faut des bons acteurs et des bons personnages en tête d’affiche mais une bonne histoire prend en compte les seconds rôles et la figuration. Souvent, ce qui m’afflige, c’est qu’on fait attention à ce qui se passe en premier plan et derrière, ça ne se tient pas. Et si les seconds rôles sont moins travaillés que les premiers rôles, ça fait sortir du film. Et c’est souvent le cas, ce qui est dommage car il y avait une culture en France des seconds rôles, à l’époque de Blier… Et d’un coup, ça a un peu disparu, je ne sais pas trop pourquoi. Peut être à cause de la nouvelle vague mais je ne vais pas toujours les accuser (rires). Mais il y en a encore qui s’applique sur ce travail là, des gens comme Jan quand il y a de la figuration, il vient leur raconter ce qui se passe. Il leur explique le contexte et les gens se sentent concernés. Si tu ne dis rien aux figurants, ils ne vont pas se donner à fond et ça va ne pas être crédible.

27/ Ce sont des choses qui sont souvent oubliés comme les préparatifs d’avant tournage dont vous parliez tout à l’heure…

Complètement. Et le relief du film est donné par ça. Si t’as des gens qui assurent et derrière encore des gens qui assurent, ça te donne une profondeur, du relief. Tout est dans les détails et des mecs comme Jean-Pierre Jeunet, ils sont fous des détails. C’est un vrai travail de réalisation que de soigner les seconds plans, les troisièmes plans, les quatrièmes. Alors que souvent, quand on a les deux premiers rôles, on a déjà plus d’argent pour payer le reste du casting et c’est ça aussi le problème. Mais bon, si tu prends des seconds rôles au rabais… Bon, ce n’est pas parce que t’es bien payé que t’es bon, je n’ai pas dit ça… mais si tu n’as plus de pognon pour payer tous ces acteurs qui vont créer l’univers alors tu vas prendre du tout venant, ça va être assez limité pour créer ton univers. Une histoire ça se construit pas juste avec un protagoniste ou deux. Les héros, pour s’exprimer, faut qu’à côté, ça soit crédible et précis. Si tu n’as pas ce soucis du détail, faut encore mieux aller filmer des gens dans la rue, ça sera toujours mieux que de prendre des figurants pour faire genre.

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Je ne suis pas du genre à dire qu’un rôle n’est pas pour moi. Je peux tout jouer. Peut-être pas bien mais je peux tout jouer ! (rires).

Dominique Bettenfeld

28/ Vous avez ensuite tourné dans « Dante O1 » qui a reçu des critiques presse assez mauvaises alors que je trouve que ce n’est pas un mauvais film. Pourquoi pensez-vous qu’il a été reçu de cette façon ?

Déjà, je pense qu’on a un problème avec la SF. En France, on aime les bonnes vieilles comédies et ça ce n’est pas pour nous. Après, l’univers est bien perché, c’est peut être ça aussi. La complexité du propos un peu christique… le grand public n’est pas sensibilisé, a pas l’habitude, de tous ces ingrédients là. Alors que la même chose chez les américains, tu vas jeter un œil. Là, c’est français, les gens sont sur la réserve… C’est comme si t’arrivais avec un western, les gens pensent que ce n’est pas pour nous. C’est un film qui aurait pu avoir un public mais c’est peut être que le manque de publicité et le fait que le film soit sorti un 02 janvier, ça a joué contre lui. Les gens ont tous la gueule de bois, on recommence une année, le public est peut être pas dans une optique d’aller voir un film de SF.

29/ Vous allez voir vos films au cinéma ?

Je les vois lors des avant première. C’est l’occasion de voir le film sur grand écran et de revoir les gens. Souvent c’est six mois ou un an après donc c’est rigolo de revoir l’équipe. Ça donne l’occasion de se voir, de discuter, de savoir ce que devient chacun. Mais sinon, je ne me regarde pas plus que ça ! Je ne mets pas en boucle des DVD chez moi et je ne guette pas les films qui passent à la télé dans lesquels je joue. La chose que je n’aime pas c’est regarder les rushs. Des fois, c’est un peu froid, y’a rien, ça fait bizarre, c’est trop rude. Et puis quand tu regardes les rushs, tu ne regardes que ta tête, rien d’autre ! J’aime bien regarder le cadre par contre, pour connaître la latitude que j’ai. Pour savoir ou je me situe dans la focale, pour pouvoir évoluer aisément.

30/ Vous avez beaucoup travaillé avec Dupontel et Jeunet mais vous n’êtes pas dans leurs derniers films, ils ne vous ont pas appelé ?

Avec Albert, ça fait longtemps qu’on n’a pas travaillé ensemble, depuis « Enfermé Dehors » mais peut être qu’on aura l’occasion de retravailler ensemble. On verra.

31/ Vous avez aussi fait des films grands public comme « La Môme » et « Les infidèles », c’était des bonnes expériences ?

« La môme », c’était super ! J’avais le costume, la perruque. C’est toujours bien de tourner un film sur cette époque là. Ça c’est très bien passé et j’avais un rôle à défendre donc, c’est parfait. "Les infidèles", Jan voulait que je sois dans son segment. C’était vraiment un rôle minime mais ça m’a bien fait marrer. J’étais dans une vieille bagnole, je prenais le temps pour la conduire, je ne passais même pas la seconde… Dans « 99 francs », c’était un rôle à contre courant, un espèce de petit trou du cul qui n’est pas très marrant, au contraire. Un espèce d’insignifiant qui pense que sa responsabilité est plus importante que ce qu’elle est vraiment. C’est un petit mec comme il y en a plein, qui se prend pour un autre.

32/ Justement, lors de mon entretien avec le réalisateur Jean-Marc Vincent il y a quelques temps, il me disait qu’il y a toujours quelque chose à défendre dans un rôle. Vous êtes d’accord avec ça ?

Etre acteur c’est un jeu et pour que le jeu soit bon, il faut des enjeux. Ceux du scénario et ceux que tu te crée en tant qu’acteur. Tu peux jouer n’importe quoi, tout. Enfin, moi, je me donne cette prétention. En France, on va souvent appeler les acteurs pour les mêmes rôles. Moi, on va m’appeler pour jouer un énième truand, un flic véreux… J’ai rien contre, c’est ma tasse de thé ! L’intérêt justement, c’est de les faire différemment. Chez les anglo-saxons, c’est un peu différent, ils prennent des risques. Ils n’hésitent pas à casseur leur image, à jouer à contre-courant, c’est le boulot d’acteur ! Je ne dis pas qu’il y a des rôles qui correspondent à un acteur, ça dépend de comment l’acteur rentre dans le personnage, quel enjeu il apporte. Tu peux jouer quelqu’un de très quotidien, tout dépend de comment tu vas le jouer, des enjeux que tu mets dans ce personnage. Je ne suis pas du genre à dire qu’un rôle n’est pas pour moi. Je peux tout jouer. Peut-être pas bien mais je peux tout jouer ! (rires).

Sur "Blueberry", je suis arrivé face à Juliette Lewis, je ne l’avais pas encore vu alors on s’est présenté «Bonjour, je viens pour te violer », elle a répondu : « Ok, on y va alors ! »... (rires).

Dominique Bettenfeld

Interview : Dominique Bettenfeld

33/ Vous avez tourné dans beaucoup de films, est-ce qu’il ya des tournages, des moments qui vous le plus marqué, en bien comme en mal ?

Des mauvaises expériences, non mais des trucs un peu plats, des tournages dont je n’ai plus trop de souvenirs exacts… Mais rien de mauvais juste des trucs moins funs. En bon souvenir, le plus éclatant, c’était "Blueberry", un western, car la, il n'y avait pas de moments sur le tournage et de moments en dehors, j’étais ailleurs tout le temps. En plus, j’avais un vrai challenge car j’ai peur des chevaux ! On a tourné le film au Mexique et à Almeria dans le sud de l’Espagne, le fameux village ou Sergio Léone a tourné beaucoup de ses films. Et puis, je jouais avec des personnes avec qui je n’avais pas l’habitude de tourner comme Michael Madsen. Je me suis un peu confronté à la méthode américaine et puis le film est un gros trip. C’est vraiment dépaysant, c’est un méga souvenir. Après, c’est difficile de ne choisir qu’un seul bon souvenir mais celui là, c’était vraiment bien. Il y avait Djimon Hounsou, Temuera Morrison, des acteurs que j’aime bien. Le seul truc qui m’embête c’est qu’il y aurait dû y avoir Willem Dafoe et ça ce n’est pas fait, c’est dommage car il fait parti des acteurs que j’apprécie beaucoup. Mais bon, il y avait d’autres acteurs biens comme Juliette Lewis ! Elle est habituée des trucs barjots et elle est super. Elle a un bon tempérament, elle est sympa, elle n’a pas la grosse tête, elle bosse. Ah tiens, justement, une anecdote avec Juliette ! Je ne l’avais pas encore vu sur le tournage et dans une scène, on attaque le camp des gentils dont Juliette fait parti. C’était une scène assez grande, on était assez éloigné et donc, je devais descendre le long de la dune et je devais la violer ! Donc, je suis arrivé face à elle, je ne l’avais pas encore vu alors on s’est présenté «Bonjour, je viens pour te violer », « Ok, on y va alors ! »... (rires). C’était drôle. Après, je me suis retrouvé à faire une simulation de viol, on se marrait plus qu’autre chose, c’est des bons moments.

34/ Pour cette scène de viol, ça c’est plutôt bien passé mais il n’y a pas des scènes de ce style qui sont parfois difficiles à interpréter, physiquement ou psychologiquement ?

Oui, il y a des moments c’est compliqué. Tu ne sais jamais exactement jusqu’ou tu peux aller par rapport à la personne qui est en face de toi sans que d’un côté, il n’y ait de coups, sans faire mal car ce n’est pas du tout le but, et de l’autre, de ne pas trop casser l’intimité de la personne en face. Des fois, c’est un peu délicat. Tu ne sais pas toujours comment la personne va réagir. A Priori, si tu fais ton métier, si t’es correct, c’est réglé. Tu sais que tu dois être réceptif à cette situation et l’autre personne aussi, normalement, t’es là pour jouer, c’est du jeu. Après, les zones sont parfois un peu floues. Si tu fais une scène un peu chaude, si t’as une trique qui monte, c’est toujours un peu délicat (rires). Même si ce n’est pas spécialement au moment ou tu fais la scène ou quoi… Mais je n’ai jamais eu trop de problèmes !

Interview : Dominique Bettenfeld

J’ai vu suffisamment de films trainer dans les festivals, les gens se font de l’argent dessus et moi, j’avais rien touché. Tu veux tel acteur alors tu dois mettre la main à la poche. Maintenant, si tu veux Bettenfeld, tu payes !

Dominique Bettenfeld

35/ Comment vous-êtes vous retrouvé sur « Eject », le film de Jean-Marc Vincent ?

Il m’a appelé, tout simplement. Il n’y avait pas de cachet donc je ne sais pas pourquoi je l’ai fait (rires). On a eu un feeling avec le réalisateur. Il m’a parlé du projet, c’était barré série Z, ça m’a plu. J’ai fait des tonnes de films, des courts métrages, pas payés mais c’est fini maintenant. J’ai cinquante balais, si on me veut dans un film, on paye ! Après, selon les budgets et si j’ai envie de le faire, ça se négocie. J’ai vu suffisamment de films trainer dans les festivals, les gens se font de l’argent dessus et moi, je n'avais rien touché. Tu veux tel acteur alors tu dois mettre la main à la poche. Maintenant, si tu veux Bettenfeld, tu payes ! Pour en revenir à « Eject », je l’ai fait gratuitement car Jean-Marc Vincent avait vraiment envie que je sois dans le film. Il m’a dit directement que lui non plus ne gagnait pas une thune dessus, du coup, j’ai accepté. Je suis venu une journée et voilà. Et puis, c’était un long métrage, y’avais un bon feeling avec Jean-Marc Vincent mais c’était une fois, et voilà, parce que ça se sait si tu fais des trucs gratos. Donc maintenant, j’ai un agent comme ça, je n’ai plus ce problème. Ça passe directement par mon agent et ça évite les films ou je fais la même chose qu’un autre acteur sauf que l’autre, il touche le double. Je ne m’occupe plus des négociations d’argent, je fais juste mon boulot.

36/ Vous avez vu « Eject » ?

Oui, c’est rigolo, y’a des bons délires même si j’ai trouvé que c’était un peu en dent de scie, faute de moyens. Y’a des choses qui se tiennent plutôt pas mal et des fois, ça s’essouffle. Je suis assez client de ce genre de cinéma et puis il y a de plus en plus de films qui se font sans moyens….

37/ Il y a « Super Z » justement. Un film à venir dans lequel vous jouez…

C’est un long métrage. Un film de zombies, du point de vue des zombies. J’interprète le nouveau professeur qui arrive à faire des mutations suite à la mort du précédent. Ils veulent faire une trilogie. Ça devrait être une sortie ciné à priori. Dedans, il y a Julien Courbey qui fait un travelo zombie. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que c’est une jeune génération qui déboule et c’est bien. Déjà, je me confronte à des gens jeunes qui sont de l’époque actuelle, ça veut dire que je ne suis pas tout à fait « has been » ! il y a un lien de générations avec des mecs qui ont grandit avec « Dobermann », « Vibroboy »… Et, c’est bien que les mecs arrivent à me brancher sur des trucs comme ça. C’est bien qu’il y ait une continuité, les gens de ma génération doivent faire le pont avec les plus jeunes, apporter l’expérience.

Interview : Dominique Bettenfeld

38/ Là, vous venez de jouer dans un film qui s’appelle « Les rencontres d’après minuit », vous jouer un flic…

Oui, je n’ai qu’une seule séquence dans le film. Je l’ai vu dans une projection de presse et c’est bien barré. C’est typiquement le genre de truc que j’aime bien faire. On ne me voit pas souvent dans ce genre. Après, c’est ton esthétique ou ça ne l’est pas mais le réalisateur a été à fond dans son délire, c’est un univers complètement curieux. Pour mon rôle, là, il n’y avait pas à réfléchir au background du personnage. J’ai un tout petit rôle donc je suis venu avec mon texte et puis en avant ! Je joue un flic qui arrive dans cette maison ou il y a une espèce de partouze, une ambiance bizarroïde…

39/ Vous n’avez pas le rôle le plus maquillé du film cette fois !

Ah non (rires). Là-dedans, y’a des loustics ! Au contraire, moi, dans le film, je suis le personnage du quotidien par rapport aux autres. La séquence est super, la lumière est très bien, c’est un gros délire, année 80 à fond la caisse ! C’est assez bien fichu, ce n’est pas hermétique, c’est drôle. Y’a des trucs fous. Cantona, il sort sa teub, elle fait un mètre cinquante de long ! Pourtant le réalisateur Yann Gonzalez, ce n’est pas un barré. C’est un mec simple qui a ses délires, comme tout le monde et ça sent dans le film, y’a du corps. J’ai lu le scénario et ça m’a bien branché, même si je n’ai qu’un rôle d’une minute. Je me suis dit que ça existe encore ce genre de délire. Après, ça sort dans cinq salles à Paris et quinze salles en province mais Yann est content car ce sont des bonnes salles, il fait son truc, il continue. Je lui souhaite d’en faire d’autres par la suite, que ce soit le début. Même si c’est chaud… 90% des réalisateurs qui font un premier film n’en font pas de deuxième. C’est un peu compliqué. Mais je conseille de voir ce film. Soit tu rentres dans le film, soit tu n’y rentres pas car il y a une esthétique forte. Moi, ça m’a bien plu.

40/ Que pensez-vous d’internet ? Par rapport au cinéma, au piratage… ?

Je ne sais pas si ça fait du bien ou du mal. C’est un peu une nouvelle culture quand même et moi, je ne viens pas de cette culture. C’est un peu flou au niveau déontologique. Je dirais qu’il faut faire l’effort de payer surtout quand tu tombes sur des films un peu artisanaux. il y a des mec qui ont mis cinq ans à monter leur film et ça, l’internaute s’en rends pas compte… Il prend, il jette… Internet, c’est un moyen monstrueux mais au lieu de rester un moyen, ça devient une fin.

41/ D’autres projets en cours ?

Oui, j’ai tourné un film en Algérie, « Lalla Fadhma N'Soumer ». Je joue le général Mac Mahon, encore avec des chevaux… Ma phobie ! (rires). C’est un film tiré d’un fait réel. Le tournage était assez épique, c’est encore plus dur qu’en France pour tourner un film. Ça a été tourné entièrement là-bas et c’est magnifique la Kabylie. Le film est en post-production et devrait sortir à Cannes. Le sujet, c’est sur une femme qui est une espèce de Jeanne D’arc kabyle, à l’époque du général Mac Mahon, quand les kabyles s’étaient réfugiés dans les montagnes, qu’ils continuaient à faire de l’opposition. Et donc, cette fille réussit à faire une coalition des chefs de guerre pour lutter contre l’invasion française. Ce qui est bien, d’une part, c’est de mettre une femme en avant surtout avec tout ce qu’on entend actuellement au niveau de l’Islam. Ça, ce n’est pas inventé ! Et aussi, de rappeler que la France a aussi fait la guerre d’Algérie, faut le montrer.

42/ Quels sont les derniers films qui vous ont plu au cinéma ?

« Django Unchained », je suis allé le voir trois fois au cinéma ! J’aime bien les westerns et Tarantino. C’était drôle, c’est du délire. Ça c’est du bon cinéma, au niveau du rythme, de la musique, la manière de filmer, des décors, des acteurs. C’est génial. Le film est assez profond, ça parle de l’esclavage.

Merci Dominique !

Interview : Dominique Bettenfeld

Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

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Obsom 04/01/2014 01:49

Encore un monsieur de qualité, et je partage son point de vue sur les seconds rôles, c'est très important, le premier rôle aussi évidement, mais ce qui rends un film bon, ce qui créer le lien affectif entre le spectateur et le film ne se fait pas sans les seconds rôles. Pour ma part Doberman est un exemple parfait, les acolytes décuplent la puissance du Doberman. :)