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Publié le 14 Juin 2021

Interviewé pour Horreur.com, je diffuse cet entretien fleuve avec le réalisateur Rodolphe Bonnet sur mon blog, avec l'autorisation du site et du réalisateur. C'est donc parti pour une plongée en profondeur dans les entrailles de "French Blood", la saga 100% française de films à sketches horrifiques ! 

Rodolphe Bonnet

Rodolphe Bonnet

1/Bonjour Rodolphe, pour commencer peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

Par où commencer ? J’ai 44 ans. Je suis fan de films d’horreur depuis tout petit. Tout le monde y compris mes parents trouve ça bizarre ou inquiétant mais comme je suis bon élève personne n’a rien dit jusqu’à la fin de ma scolarité ! Au début, je fais ça avec mon grand frère, il a sept ans de plus que moi donc à défaut d’arriver à lui piquer la télécommande, je suis bien obligé de regarder ce qu’il regarde… Et puis à douze ans je fais une rencontre déterminante… Christophe Brunet qui deviendra mon meilleur ami et avec qui je partage cette même passion de geek… Comme on connaît déjà bien nos classiques, on passe notre temps à louer en vidéoclub les pires films d’horreur possibles et inimaginables… A tel point qu’on se faisait des marathons… 15 à 16 daubes par weekend ! C’est avec lui que j’ai passé mes « meilleurs moments de films d’horreur », il me manque, je lui ai dédicacé le premier French Blood. 

J’entre dans la vie active en 2000 en tant qu’ingénieur en maintenance nucléaire. Je voyage dans toute la France. En 2004, j’arrête les déplacements, j’ai 26 ans et du jour au lendemain, sans réfléchir, je m’achète une caméra semi professionnelle et un PC de montage - le numérique s’étant déjà un peu démocratisé – et j’apprends à m’en servir. Durant l’été, j’appelle des potes et on tourne un long-métrage qui s’appelle « Ne te retourne pas ». Comme tous les débutants, j’ai l’impression d’avoir accouché d’un chef d’œuvre alors que le film est objectivement nul à chier. Mais on s’est bien marrés en le faisant ! Ça m’a excité et calmé à la fois ! Je revois alors mes ambitions à la baisse en me jurant de ne pas refaire de long métrage tant que je n’aurais pas pondu avant un court métrage potable.

Je fais alors plusieurs petits films d’horreur, dont des parodies de vendredi 13 avec Christophe, puis aussi des comédies à la con, avec mon chien… Mon kif à l’époque c’est d’être sélectionné dans les festivals pour aller y passer des week-ends à mater des films et rencontrer des gens, amateurs ou pros, comme Laurent Gonel ou David Scherer que j’ai rencontrés à Gérardmer. Ensuite, j’ai eu envie de faire des trucs un peu plus sérieux techniquement. Pour ça, il fallait trouver des producteurs, monter des dossiers à présenter à la Région, au CNC, et pour convaincre tous ces gens, tu commences du coup à retravailler ton scénario, à l’édulcorer, tu t’autocensures toi-même sans t’en rendre compte ou sans te l’avouer, tu enlèves une scène de nichons par-ci, une décapitation par-là, histoire de rentrer un peu plus dans le moule...

En 2007, j’en ai eu marre d’arriver à rien en me prostituant intellectuellement alors je me suis dit que j’allais faire un dernier court-métrage avant de tirer ma révérence pour de bon. Du coup, j’ai fait un film bien bourrin bien violent et bien sadique qui s’appelle « Roches Rouges » (un survival qui est devenu le troisième sketch de « French Blood 1») et je me suis jamais autant éclaté à faire un film. Tout le monde avait moins de trente ans, on faisait ce qu’on voulait sans s’imposer de règles, pas de censure, pas de « ça se fait pas », et le film a si bien marché en festival et ça m’a tellement fait du bien que j’ai décidé de m’ « accrocher au cinéma »… Je me suis donc mis naturellement à travailler sur la version longue de ce court-métrage. Ça aussi c’est un truc de débutant… Quand tu crois que ça buzze pour toi, que ton film « cartonne », que tout le monde l’a vu, tu penses que les portes vont s’ouvrir en grand devant toi et que tout le monde va te contacter alors que dans l’absolu tout le monde s’en fout de ton film… Et de toi par la même occasion… Donc plutôt que de me faire harakiri dans l’indifférence générale,  je change mon fusil d’épaule et je me dis :  arrête ton délire de version longue de « Roches Rouges », fais plutôt un film à sketches (en plus t’adores ça) en incluant « Roches Rouges » dedans ! D’une part car t’en es fier et d’autre part parce qu’il est déjà tourné donc t’as déjà 26 minutes de films gratos ! Du coup, il me manquait des sketches et une histoire principale. J’ai écrit à peu près 37 versions d’un long métrage à sketches qui s’appelait « Histoires de Sang » et qui comportait deux autres sketches que j’ai tournés par la suite…  « La page manquante » (un whodunit qui est devenu le deuxième sketch de « French Blood 1 »), et enfin « Zombie nightmare of the dead » (une parodie de Scream et des films Z de zombies qui est devenu le premier sketch de « French Blood 1 »). Une semaine avant de de tourner les liants d’« Histoires de sang » je me prends la tête pour des conneries avec une personne ou deux, j’annule le tournage et mon projet de long métrage sombre dans les abymes… Et moi avec…

En parallèle de toute cette débâcle, je parle avec des amis réalisateurs… On se dit que c’est dommage de se démener comme des diables chacun de son côté, sans arriver à faire des longs métrages. C’est ce constat-là, associé à toutes ces années d’errance, qui m’a donné l’idée de monter un collectif pour essayer de faire ensemble des longs métrages à partir de nos courts métrages ! C’est précisément en 2012, qu’est née l’idée de « French Blood ». Je crée le collectif et contacte plein de réals jusqu’en 2015… Et puis on tourne pendant l’été les intermèdes qui seront intégrés dans les trois premiers « French Blood » … Ca y est, on est une franchise !

INTERVIEW - RODOLPHE BONNET pour FRENCH BLOOD

2/ Quelles ont été les difficultés pour créer cette franchise ?

Le pognon. Quand t’as du pognon, tu fais ce que tu veux ! Quand tu veux !

Mis à part ça, j’ai appelé sans doute la moitié des réalisateurs de court-métrages de genre en France. Au départ, tout le monde trouve ton idée super géniale, trop puissante, t’es un Dieu vivant, puis au fur et à mesure, chacun veut avoir son mot à dire sur le projet, le scénario, les films... Alors que pour moi, le principe même de faire partie d’un film à sketches revient à accepter que ton sketch puisse être dans le même film qu’un autre sketch que t’aimes pas… C’est ça qui compte et ça marche d’ailleurs aussi pour le spectateur… Si le mec, il sait pas qu’il va voir un film à sketches, s’il en a pas vu avant, au-delà même de la qualité technique ou artistique, il va trouver ton film tout pourri… C’est d’ailleurs l’avantage et l’inconvénient des films à sketches : le film dans sa globalité ne sera jamais un chef d’œuvre, c’est (souvent) pas les mêmes réals, les mêmes acteurs, les mêmes formats de tournage, les mêmes budgets, mais dans le tas tu trouves toujours avec un peu de chance au moins un sketch ou deux qui (pour toi, parce que c’est subjectif) sort du lot et évite à ton film d’être une bouse infâme. En tout cas c’est comme ça que je raisonne en tant que spectateur et je peux te dire que j’en ai bouffé des films à sketches ! Donc, au final, sur tous les réalisateurs et réalisatrices que je contacte, il y a ceux qui rigolent car ils n’y croient pas… Ceux qui acceptent, mais sous réserve de lire le scénario, de voir les films, parce qu’ils ont une carrière « tu comprends ? » sur le point de décoller et ils ne veulent pas se compromettre avec des œuvres impures ou mineures… Et puis y’a ceux qui disent « banco » sans se poser de questions... Des mecs qui te font confiance juste parce qu’ils trouvent que ton projet est cool…  C’est vers ces réalisateurs que je suis allé… On savait avant même de tourner les intermèdes qu’on allait se faire défoncer par les critiques et les spectateurs alors c’est important d’être entre réalisateurs/réalisatrices qui n’ont pas de problèmes avec ça ni de fierté mal placée.

Le postulat de départ des « French Blood » était de se différencier des films comme « V/H/S » ou « ABC’s of death » en essayant d’intégrer un liant narratif original qui unirait des court-métrages déjà réalisés ou en cours de montage, tout en développant un thème pour chaque film… La folie pour le premier « French Blood », la maternité et l’enfance pour le 2ème, le cinéma de genre comme reflet de la société pour le 3ème, etc. L’écriture, la préproduction, le tournage, la postproduction… Tout ça a pris du temps, d’autant plus qu’un réalisateur s’est rétracté au moment de signer alors que les montages des trois films étaient terminés ! (Voilà au passage ce qui peut arriver quand tu travailles à la confiance !) Pas de bol en plus, il avait un sketch dans le 2 et dans le 3… Du coup, il me manquait 2 sketches à intégrer dans les long-métrages. Donc, il a fallu que je trouve d’autres réalisateurs pour que leurs segments puissent s’intégrer dans les thématiques des « French Blood ». Et pour simplifier le schmilblick, c’est un projet bien complexe avec un imbroglio de co-productions, de droits, de visas, etc. Et puis, il a fallu faire la musique, l’étalonnage, le mixage son, les copies DCP, tout ça au fur et à mesure de la disponibilité des gens, des studios, de la thune… Bref un sacré bordel, ça m’a bien pris la tête, au sens propre comme au sens figuré… Et surtout beaucoup de temps… 5 ans pour les trois premiers « French Blood » !

 

3/ Y’aura-t-il des autres films « French Blood » car la saga ne semble pas être terminée à la fin du troisième volet ?

Quand on regarde les « French Blood », il y a un petit « rituel » à la fin des génériques : la bande annonce du film suivant (c’est un truc que j’avais trouvé absolument ultime à la fin de « Retour vers le Futur 2 » !). Du coup, comme pour l’instant chaque film porte le nom d’un des cinq méchants (Mr PIG, Mr RABBIT, Mr FROG, Mr SHEEP et Mr WOLF) et qu’il y a la BA du film 4 à la fin du 3, tout le monde pense qu’il y en aura cinq. C’est le but qu’on se fixe mais mon rêve le plus fou serait d’en faire 10 !  Il y a déjà des scènes des intermèdes tournées pour le 4 et le 5 , on a déjà des sketches pour les 4, 5, 6 et 7. On cherche encore des réalisateurs et/ou des courts métrages pour la suite donc si jamais il y a des personnes partantes parmi celles et ceux qui lisent cette interview, qu’elles n’hésitent pas à me contacter ! Finalement le truc fun ou très con c’est que…  Personne nous connaît, personne nous attend, on n’a pas de thunes pour le faire, aucune boite de production saine d’esprit (à part Contrepoint Production) se lancerait à perte dans une franchise dont le sous-genre abordé (à savoir le film à sketches) n’attire déjà pas les foules, mais on le fait quand même parce qu’on aime ça et qu’on est des déglinguos ! 

En me projetant dans une décennie ou deux, je visualise le jeune geek que j’étais, tomber par hasard sur la franchise finie pour de bon et je me plais à imaginer qu’il comprendra le concept et l’histoire des « French Blood ». Quand il y a des suites, les producteurs et réalisateurs vendent chaque film comme s’il était indépendant du précédent et que donc il n’y a pas besoin de l’avoir vu… C’est hypocrite en tant que réalisateur et personnellement en tant que spectateur je trouve ça con d’aller voir une suite si je suis convaincu de ne pas comprendre ou apprendre des trucs qui étaient déjà là dans le film d’avant… Je devrais sans doute pas dire ça mais… Même si chaque opus de « French Blood » aborde, avec un début et une fin, l’histoire d’un bourreau différent, la franchise est construite en puzzle, avec des flash-back et des flash-forward dans tous les sens… Si le spectateur n’a pas l’intention (peut être sadomasochiste) de regarder à terme tous les « French Blood », il ne va rien comprendre à la mythologie centrale de la franchise…

 

4/ Comment les films sont arrivés sur la plate-forme « Shadowz » ?

Avec « Shadowz », c’est un peu comme « Liaison fatale » mais sans le sexe. Nos films ne sont pas des créations  « Shadowz » comme on peut voir des créations originales « Netflix » ou « Amazon »… Non, ce serait trop cool… Surtout pour nous… On avait besoin de visibilité. Quand on était en train de terminer une postproduction interminable, on a vu que la plateforme se montait, alors on les a contactés. Et on s’est bien entendu. J’adore leur démarche. Au départ sur le papier ça semble voué à l’échec (comme les French Blood), mais on s’est dit (tout comme en se lançant dans « French Blood ») que « qui ne tente rien n’a rien ». On a eu un vrai feeling avec « Shadowz », ils avaient l’air cool, on s’est fait des bisous-bisous et on leur a donné l’exclusivité de nos films. Economiquement pour nous, c’est naze (même si pas grand-chose c’est toujours mieux que rien du tout et on ne va pas cracher pas dans la soupe), le plus important c’était de soutenir leur projet à notre façon et surtout que des gens voient les trois « French Blood », ce qui en période de pandémie était déjà inespéré. Donc les films sont visibles sur cette plateforme… Et bien entendu aussi on peut récupérer les French Blood sur tous les sites de téléchargements illégaux car nous avons aussi, nous autres les productions indépendantes sans le sou, le privilège de se faire pirater au même titre que les grosses majors américaines… Quel pied de se retrouver entre un De Palma et un Uwe Boll sur les sites frauduleux pourvoyeurs de pornographie et jeux d’argent… Enfin, plutôt que d’en pleurer, on en rigole ouvertement dans « French Blood 3 »… Qui est une réflexion sur le cinéma de genre en général, et le cinéma de genre français en particulier !

INTERVIEW - RODOLPHE BONNET pour FRENCH BLOOD

5/ Tu sembles avoir des fidèles compagnons de route, peux-tu me parler d’eux ?

Il y en a beaucoup, je risque d’en oublier et donc de me faire lyncher ! Le plus ancien, Emmanuel Bonami qui est mon « acteur fétiche »… Il joue d’ailleurs au passage « mon rôle » dans « French Blood 3 / Mr Frog » :  un artiste indépendant pervers et narcissique qui est convaincu d’être un bon réalisateur de films. Avec Emmanuel, on s’est rencontrés en 2005 à l’occasion d’un film qui s’appelle « Je sais qui tu es ». Il revenait d’Angleterre et il a été adorable en plus d’être au top. Je l’ai fait jouer ensuite dans « Libre échange ? », puis dans « Roches rouges » puis dans « La page manquante » et puis dans « French Blood ». Faire des films c’est tout bizarre… Tu sympathises à mort pendant un an ou deux avec un acteur ou un technicien, puis tu le perds de vue pendant trois ou quatre ans, mais si jamais tu dois le rappeler pour un apéro ou un film tu sais d’entrée de jeu qu’il sera partant ! Je ne peux pas envisager de faire un film sans lui. Tout comme avec « mon » directeur photo Thomas Walser, « mon » acolyte et producteur Cédric Bellut, « mon » musicien Stéphane Lam, « mon Tom Savini » à moi aka David Scherer… Ahhh, David, il me fait marrer ! Il me coûte à chaque fois une fortune en coca-cola mais il est trop cool ! On peut discuter des heures sur les effets spéciaux ou les films en général, c’est génial, même s’il fait une fixette indécente sur le cinéma italien, les Argento, Déodato, Romero, Fulci et tout ça ! 

D’une manière générale et comme je ne rentre pas dans le système de production standard, il se crée quelque chose de fort chaque fois avec toutes celles et ceux qui me rejoignent sur un tournage et je crois pouvoir les considérer presque comme « des amis » dans la mesure où je ne suis pas en capacité de les rémunérer à leur juste valeur. Les acteurs, les techniciens, même si on se brouille avant, pendant ou après, j’aime à penser que chaque personne qui a travaillé avec moi a aimé le faire… Même si… Comme dans la vraie vie… On se perd de vue.

 

6/ Où as-tu tourné les films ?

La quasi intégralité des intermèdes des trois premiers « French Blood » a été tourné chez moi. Les scènes en extérieur, la piscine, la cave, le garage, le patio, la cabane, le salon, la cuisine, la salle de bains, les combles, la cheminée, tout y est passé à part les chiottes ! La seule scène qui n’a pas été faite chez moi, c’est la scène dans la voiture dans « French Blood 2 / Mr Rabbit » qu’on a fait dans la rue devant chez moi ! C’est le système D quand t’as pas de thune. Pour les sketches, «Roches Rouges» a été tourné à huit kilomètres de chez moi. « La page manquante » à dix kilomètres. « Zombie nightmare of the dead » a été tourné dans la maison où j’habitais avant.

Quand j’écris, je laisse libre-court à mon imagination… Mais après, je travaille uniquement par soustraction, pour réduire les décors, les acteurs, les temps de tournage. Je suis mon propre producteur (dans le sens où c’est moi qui aligne l’argent) alors je dois faire attention. Je recycle à mort tout ce qui est possible. Les quatre et cinquième opus devraient encore être tournés en partie chez moi. Le six devrait avoir lieu dans un cabinet vétérinaire à 12 kilomètres de chez moi. Dans un premier temps, c’est le hasard de la vie et des rencontres qui te donnent les idées qui, dans un second temps, t’offrent des opportunités de décors. Par exemple, c’est en visitant l’ancienne pharmacie d’un EHPAD lors de la journée du patrimoine historique que j’ai visualisé le « sanctuaire » de l’un des personnages principaux de  « La page manquante ». Après il faut savoir faire preuve de conviction et laisser penser que t’es assuré pour persuader les proprios de te laisser débarquer à trente dans un endroit  accessible au public une seule fois par an et qui le reste du temps est fermé à clefs et surveillé comme Fort Knox ! Avantage pour toi, ça a de la gueule et t’as l’impression d’avoir dépensé une fortune en décor, chaque babiole présente dans la pièce valant une fortune… Inconvénient, ça peut te coûter cher au final, genre six-cent euros si tu fais la connerie de t’asseoir sur un siège Louis 16 !

 

7/ Il y a pas mal de court-métrages français de genre, mais c’est plus difficile pour accéder au long et garder sa patte en tant que réalisateur. As-tu un avis sur les raisons de cela ?

Non.

Plus sérieusement, tout le monde se plaint tout le temps que c’est dur de faire des films (de genre) en France… Dur de faire un court… Compliqué de faire un long et encore plus difficile de faire son deuxième long… Je suis parfois atterré de voir les films de genre qu’on arrive à faire avec 2 millions d’euros… Mes films, et par extension les « French Blood » se font défoncer par pléthore de critiques ou spectateurs mais ils ne coutent pas un seul centime d’euro au contribuable et à date je n’ai jamais touché un seul penny pour faire un film… Donc je pourrai en toute logique et légitimité me cataloguer dans la catégorie des réalisateurs qui se plaignent de ne pas arriver à gagner leur vie ou de pas avoir d’argent pour faire leur film mais je le fais pas…

Le cinéma est et reste une passion qui me coûte un bras mais à chaque fois c’est un bras que je peux me permettre d’amputer financièrement… Puis après je passe aux jambes… Je tourne au mieux une fois tous les cinq ans, dès que j’ai pu accumuler le minimum requis pour une semaine de tournage… C’est peu, c’est frustrant, mais au moins je tourne ce que j’ai écrit sans avoir à faire dans l’institutionnel ou la publicité. C’est ce qui me permet donc de ne pas me plier aux desiderata des autres et donc de garder « ma patte » de réalisateur (même si financièrement je suis un homme tronc).  

INTERVIEW - RODOLPHE BONNET pour FRENCH BLOOD

8/ Il y a des personnages complètement barrés dans les French Blood, comme ce photographe mystérieux qui prend des clichés de cadavres en n’arrêtant pas de faire coin-coin !

Pour l’anecdote, c’est « mon » vrai photographe de plateau, Fabrice Lang ! L’histoire remonte à plus quinze ans lors du dérushage de « Libre Echange ? » court métrage pour lequel j’ai travaillé avec lui pour la première fois. On entendait « coin-coin » en fond sonore sur un plan sur deux ! On ne comprenait pas d’où ça venait ni pourquoi, on se demandait qui était le blaireau qui faisait « coin-coin » ! On s’est rendu compte que c’était notre photographe de plateau. Alors, je l’ai appelé et il m’a dit « désolé mec, j’ai un toc, j’essaie de me soigner, mais je fais coin-coin » ! Après au bout de plusieurs années, il s’est soigné, mais dans les « French Blood », en plus de faire les photos de plateau, je lui ai donné le rôle du photographe canard et je lui ai demandé de refaire « coin-coin » ! Il m’a dit : « t’es vraiment un enfoiré, Je fais plus de coin-coin depuis trois ans et tu veux me faire rechuter ? ». Après évidemment, c’est pas juste une « private joke » entre nous… On comprendra plus tard dans la franchise pourquoi le photographe est comme ça et pour qui il travaille… Il y a plein d’autres persos destroys dans les films… A commencer par l’héroïne du film, la femme au masque, incarnée par Leslie Carles. Je pense franchement que c’est le personnage le plus barge de la franchise… Elle bute ses bourreaux toute nue en portant son masque… Pareil, le spectateur distant et indifférent qui attend juste les sketches va (se) dire que c’est gratuit et que le réal fout ses actrices à poil pour se rincer l’œil sur le tournage et satisfaire son public alors que le spectateur attentif et intéressé par les intermèdes et qui aura vu l’intégralité des films comprendra la logique du mode opératoire atypique de la femme au masque lors de ses rituels de vengeance.

C’est aussi ça qui me fait kiffer à mort… Demander des trucs improbables aux acteurs et même aux techniciens… C’est entre autres aussi je crois pourquoi les gens aiment bien venir sur mes films… Ils vivent des trucs qu’ils n’ont pas l’occasion de voir ou faire ailleurs… Tu as beau imaginer les scènes les plus dingues quand t’écris, il se passe quelque chose d’encore plus fou sur le plateau… Une alchimie divine… Et là tu comprends au dernier moment comment tu dois faire ce foutu plan pour lequel t’as pourtant réfléchi des semaines durant avant… Les scènes les plus décalées des intermèdes des « French Blood » ont été improvisées sur le tournage… Le dégueulasse Mr Pig qui gémit comme un porc en violant l’héroïne, le cuisinier russe mafieux Mr Sheep qui danse une polka avant de faire une césarienne, la femme à la cicatrice qui jouit en se scarifiant… D’ailleurs, encore une anecdote, ce personnage n’était pas prévu au départ. Morgane Housset m’a contacté car elle avait appris que je faisais un film et elle voulait absolument en être. Je l’ai donc prise (sans mauvais jeu de mots) et elle m’a tellement motivé et donné des idées qu’elle apparait à la fin du premier, au début du deux, au début du trois et j’ai trop envie d’en dire plus sur elle, sur sa démence… Très clairement la relation entre la femme au masque et la femme aux cicatrices va prendre de l’ampleur de film en film… La femme chien va aussi avoir un rôle majeur à jouer… Accessoirement je vais quand même essayer de proposer un personnage masculin qui soit pas un salaud !

 

9/ D’après ce que tu m’as dit plus haut, tu ne sembles pas chaud pour faire une campagne de financement participatif ?

J’aime pas réclamer ni demander de l’argent aux gens. Je fais des films parce que je peux me le permettre. Après, je comprends l’idée, ça t’aide financièrement, ça te permet de jauger avant de le faire si des gens s’intéressent à ton projet et ça peut même faire plaisir aux donateurs d’apparaître au générique ou de recevoir des goodies… Mais après faut pas se foutre non plus de la gueule des gens… Quand des mecs ont un ou deux millions pour faire un film et qu’ils demandent 50 ou 100 000 de plus sur les sites de financement participatif pour « parfaire » les SFX, défrayer les stagiaires ou payer indirectement leur alcool je trouve ça honteux.  Après, je devrais pas le dire non plus, puisque le spectateur se fout à juste titre de savoir si ton film coute cinq millions ou cinq cent mille euros, mais le budget d’un « French Blood », sketches y compris, se situe entre 25 et 50 000 euros. Donc difficile de faire des miracles même avec 5 ou 10 000 euros de plus récoltés sur ulule ou kisskissbankbank. Après ne me fais pas dire ce que j’ai pas dit… Si un producteur désespéré ou inconscient lit cet article et tient absolument à me payer pour faire son film ou produire mon prochain, je signe !

 

10/ Si on cumule l’intégralité des intermèdes des trois premiers « French Blood », on a un long-métrage. Pourquoi ne pas avoir fait un film basé sur cette histoire de vengeance plutôt que des films à sketches ?

Je t’ai déjà un peu répondu en te parlant de comment je voulais passer de « Roches Rouges » à un projet de long métrage. J’aurais pu réussir en étant un seul réalisateur à faire un long, mais j’ai tellement échangé avec d’autres réalisateurs et on a tous tellement les mêmes frustrations, les mêmes envies, les mêmes attentes que je voulais qu’on avance tous ensemble dans la même direction. On a tous chacun plusieurs longs métrages dans nos manches... On y croit tous. On rêve tous secrètement d’être le prochain Pascal Laugier ou le prochain Alexandre Aja, mais ça n’arrivera pas. Fort de ce postulat, j’ai donc préféré unir nos forces (et aussi parfois malheureusement aussi nos faiblesses) … Essayer de faire un truc à plusieurs qui soit cool et dont on puisse être fiers (déjà de l’avoir fait) …  Un truc qui pourrait même plaire à quelques-uns… Ca nous suffit.  

 

11/ Parlons des sketches de « French Blood » du coup… Comment tu les choisis ? Tu as une ligne éditoriale ?

Non. Il y a juste quatre conditions à remplir : que le film puisse être « catalogué » film de genre, qu’il me plaise, qu’il fasse moins de trente minutes et il faut aussi qu’il y ait un « feeling » avec le réalisateur… J’ai déjà refusé des films de réalisateurs que j’apprécie beaucoup parce qu’honnêtement je n’aimais pas leur film ou alors il me semblait qu’ils détonneraient par rapport à l’ensemble. Après, au contraire, j’essaye d’aller vers tous les genres et tous les styles… On a du huis clos, thriller, survival, slasher, torture porn, film de zombies, de fantômes, de monstres, de guerre, rape and revange, hooded horror, whodunit, post-apo, etc.

INTERVIEW - RODOLPHE BONNET pour FRENCH BLOOD

12/ Quel est ton sketch préféré ?

Tu tiens vraiment à mettre le brin dans le collectif ! Déjà je suis obligé, et c’est vrai, de te redire que je les aime tous vu que ça fait partie des critères de sélection ! Après évidemment il y en a que j’affectionne plus que d’autres mais c’est super subjectif… J’ai posé la même question aux autres membres, histoire de voir si un sketch sortait du lot… Et bein non !  C’est ça qu’est bien avec les films à sketches ! Un sketch va plaire à un spectateur et pas à l’autre… C’est comme ça et c’est très bien. En ce qui me concerne j’aime énormément BLOCK 66 de Patrice Gablin dans French Blood 2… Ça parle de tortures et d’expériences scientifiques sur des enfants dans un camp de concentration nazi et au final je trouve qu’il se dégage du film une vraie poésie, c’est assez déstabilisant… Et je kiffe aussi ONLY GOD KNOWS de Fabien Carrabin dans French Blood 3… C’est fait avec deux bouts de ficelles mais les acteurs sont bluffants et j’adore la façon de filmer de Fabien, ses gros plans, ses mouvements de caméra, on sent les influences du mec mais on voit surtout que c’est beau et qu’il se fait plaisir et donc nous avec… J’ai été à deux doigts de faire un film avec lui d’ailleurs. Après, vraiment, je le redis, je les aime tous…  Même les miens !

 

13/ Depuis la sortie sur Shadowz, as-tu essayé de contacter des réalisateurs renommés pour leur montrer votre travail ?

Non. Pour quoi faire ? Je suis pas certain d’ailleurs qu’il y ait un « cercle intime » du cinéma de genre en France ou que les réalisateurs renommés soient tous potes entre eux et se disent mutuellement que le film de l’autre est une tuerie. Sans doute se croisent-ils de temps à autres dans les festivals… Alors oui ça me ferait kiffer de boire une bière ou deux avec eux, mais je n’ai pas besoin de leur reconnaissance ou de leur aide pour faire ce qu’on fait. Au fond de moi, je suis même persuadé, à plus basse échelle, que nombre de réalisateurs se réjouissent de voir leurs pairs se planter ou ne pas arriver à faire un long métrage qu’eux-mêmes n’arrivent pas à faire non plus… Ca les rassure… En ce qui me concerne je suis déjà dans un collectif de réalisateurs, c’est sûr qu’on n’est peut-être pas aussi célèbres que celles et ceux qu’on connaît tous mais on se serre les coudes, on s’aide mutuellement, y compris pour des projets qui n’ont rien avoir avec French Blood et ça c’est plutôt cool.    

 

14/ Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je suis un fan absolu de toutes les grandes franchises du cinéma de genre, que ce soit les classiques comme Vendredi 13, Halloween, Freddy, Chucky, Alien, Hurlement, Massacre à la tronçonneuse ou les gogoleries du genre Ghoulies, Critters, Leprechaun j’en passe et des meilleurs (enfin façon de parler… Et d’ailleurs au passage je serais ravi que les French Blood deviennent une gogolerie de cet acabit ! ) Quand j’étais étudiant en mathématiques supérieures et spéciales, je ne faisais que bosser. Mon seul plaisir c’était de regarder un film d’horreur chaque soir. J’ai écrit des articles et des classeurs entiers sur ces franchises. Sur la saga « Vendredi 13 », j’avais détaillé le nombre exact de personnes que Jason avait tuées, son mode opératoire, les armes qu’il utilise. Sur Halloween, pareil. Freddy, idem.

J’ai également un penchant pour les masques et ça se voit dans « French Blood ». Rien que dans le premier, six personnages en portent ! Les gens pensent que les tueurs mettent un masque pour se cacher, mais en réalité le masque dévoile qui tu es vraiment. Quand tu regardes les « French Blood », tu comprends presque instinctivement ce que vont faire les personnages avant même qu’ils bougent, rien qu’en regardant leur masque. On avait d’ailleurs beaucoup discuté avec David Scherer sur la symbolique des masques, en particulier celui de l’héroïne.  

 

15/ Peux-tu me parler de Contrepoint Production ?

En 2004, l’institut du court-métrage Rhone-Alpes naît et je les contacte (déjà) avec le scénario de « La page manquante ». C’est là que je rencontre Cédric Bellut, mon acolyte et partenaire, qui par la suite fonde Contrepoint Production avec Guillaume Dorson et Jean-Marc Laire, boite de prod à laquelle je me suis associé en tant qu’actionnaire en 2010. Ils font pas mal de documentaires et de courts métrages. Pour moi qui n’ai « que deux » associations (le collectif French Blood et Gerbilles productions), cette structure permet au collectif de contractualiser quand il y a besoin, comme avec Shadowz. Ça a aussi été long pour comprendre comment on allait réussir à légaliser « French Blood » par rapport aux visas d’exploitation des court-métrages. Si Cédric n’était pas là, je ne serais plus là. Tu peux pas être réalisateur et survivre à tout ça, tout seul, tout le temps. Il te faut un mec fiable avec qui tu t’entends bien pour te sortir de la galère et continuer à faire vivre tes films quand il t’arrive de sombrer dans un gouffre sans fond. C’est mon Grégory Levasseur à moi !

 

16/ Un dernier mot à ajouter ?

Juste redire qu’on est un collectif français de réalisateurs français. C’est ce qui fait la spécificité de cette franchise qui porte d’ailleurs le nom du collectif. Notre but c’est de (se) faire plaisir tout en essayant de construire méthodiquement et humblement une franchise de films de genre à sketches. Si c’est moi le chef de meute, j’aime à rappeler qu’on est un groupe et je me permets donc en conclusion de citer tous les membres du Collectif FRENCH BLOOD en les remerciant et en remerciant également à travers eux les équipes techniques et artistiques de tous les sketches…

Par ordre d’apparition dans les French Blood : Patrice Gablin, Steven Pravong, Jean-Christophe Savelli, Ludovic De Gaillande, Fabien Carrabin, Guillaume Fournat, Fabio Soares, Mathieu Buffler, Aurélien Antezac, Gregoire Pascual-Martin, JP Bouix, Morgan Le Gallic, Gabriel Kaluszynski, Stéphane Kot et Honorine Poisson !       

On est toujours à la recherche de sang (français) neuf !!! A bon entendeur…

Merci Rodolphe pour cette interview !

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 18 Juillet 2019

Pour le grand retour des interviews sur ce blog, après une longue période de disette, il ne fallait pas faire les choses à moitié. Il fallait, au minimum, un des plus grands représentants du cinéma de genre français. C'est chose faite avec l'entretien de Xavier Gens pour la sortie, en Blu-ray et DVD, de son excellent film "Cold Skin".  Le réalisateur de "Frontières", "Hitman" et "The Divide" revient donc sur la création de "Cold Skin" mais nous parle aussi de "Papicha", dont il est le producteur et de "Budapest", la comédie avec Monsieur Poulpe et Jonathan Cohen. Cette interview a été réalisée pour le site Horreur.com. Merci à Blanche-Aurore Duault (MIAM) pour la connexion. 

INTERVIEW - XAVIER GENS

1/ Bonjour Xavier, concernant « Cold Skin », comment avez-vous découvert le roman ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en faire un film ?

Bonjour !! J’ai découvert le roman en 2009 en cherchant un livre au rayon littérature fantastique de la Fnac des Halles. Je me suis ensuite renseigné sur les droits et la production qui voulait faire le film. Le processus fut assez simple.

2/ Le film a été tourné en 2017.Comment se fait-il que le film ait été distribué aussi tardivement ?

Le film a été tourné en 2016, il a nécessité une année de post-production en Espagne entre Madrid et Barcelone. Ensuite, le film a fait sa première au festival de Sitges en octobre 2017 avant de commencer sa vie dans différents pays comme la Russie, les Etats-Unis chez Samuel Goldwyn et l’Asie. Heureusement, le film trouve enfin un distributeur en France, je ne remercierai jamais assez Condor Film qui ont fait cette magnifique édition en Blu-ray et DVD.

3/ Vous êtes un réalisateur dont aucun des films ne ressemblent à un autre. Est-ce le goût du challenge de changer de style ou des opportunités qui se présentent ?

C’est un peu des deux. Je n’ai pas envie d’être mis dans une case. J’ai envie de cinéma, c’est tout. Je viens de produire un film qui était à Canne, à « un certain regard ». ça s’appelle « Papicha », premier long-métrage de Mounia Meddour. Et c’est un drame sur la liberté féminine dans l’Algérie des années 90. Pour moi, le plus important c’est de faire les films qu’on aime et surtout, être créativement libre.

 

INTERVIEW - XAVIER GENS

4/ Récemment, vous avez réalisé « Budapest », un film qui détonne encore plus avec votre filmographie. Etais-ce naturel pour vous de tourner une comédie ? Ou cela vous-a-t-il demandé un travail particulier par rapport au cinéma de genre ?

C’était un challenge et j’avais envie de m’essayer à la comédie. Et j’adore mon casting sur ce film. J’ai aimé tourner en français et ce fut un plaisir d’être distribué par Warner France qui ont fait un travail formidable.

5/ Pour en revenir à  « Cold Skin », bien que le film soit l’adaptation d’un roman, il m’a semblé être un film plus personnel que les autres. Est-ce le cas ?

C’est très personnel par rapport à mon engagement propre sur l’écologie et le message politique qu’il y a derrière. Ce sont deux thématiques qui me sont chères et que j’ai trouvé en faisant « Cold Skin ». Quelque chose de très personnel résonne dans le roman et dans le film.

6/ Par rapport au roman, y’a-t-il des parties ou des passages que vous avez dû éluder ? Si oui, pourquoi ?

Par rapport au roman, nous avons surtout accéléré le récit sur la dernière partie. Mais j’invite vos lecteurs à lire le livre pour y déceler les différences. Notamment sur les créatures…

INTERVIEW - XAVIER GENS

7/ Le film propose une histoire universelle. N’avez-vous pas songé à déplacer l’histoire à une époque plus contemporaine ? Qu’est-ce qui vous intéressait dans le fait que l’histoire se déroule au début du XXème siècle ?

Très bonne question. Je n’y avais pas pensé, par rapport au roman que je voulais respecter au maximum. Et l’époque, 1914, donne la possibilité d’avoir encore des terres inexplorées et donc de fantasmer l’aventure comme à l’époque de Shoedsack et Cooper quand ils ont fait King Kong. 

8/ Le film est porté par deux comédiens exceptionnels, Ray Stevenson et David Oakes. Comment s’est déroulé le casting ? Ces acteurs étaient-ils une évidence ?

Au départ, cela devait être Stellan Skarsgard qui devait jouer Gruner, mais il y a eu un problème de planning. J’avais travaillé avec Ray sur une série, quelques années plus tôt et il était pour moi une évidence. David avait passé le casting pour « The crucifixion » mais je ne l’avais pas retenu pour le rôle. Par contre, je l’avais en tête pour « Cold Skin », et il est parfait pour le rôle. C’est une personne extraordinaire.

9/  En voyant « Cold Skin », on ne peut s’empêcher de penser à « La forme de l’eau » de Guillermo Del Toro. Bien que différents, les films ont des similitudes. Saviez-vous que Del Toro travaillait sur ce film lorsque vous avez commencé à travailler sur « Cold Skin » ? Cela vous a-t-il gêné ?

J’ai découvert que Guillermo travaillait sur « La forme de l’eau » au moment de la sortie du film. Je n’étais pas au courant pendant que nous étions en production. Les deux films furent à Sitges la même année. C’était drôle.

INTERVIEW - XAVIER GENS

10/ Ou le film a-t-il été tourné ? Comment se sont déroulé les repérages ?

Le film a été tourné à Lanzarote dans les Iles Canaries. Il y a des background tournés en Islande. Les réparages se sont déroulés sur plusieurs continents pour finalement se faire dans un pays chaud pour que ce soit plus pratique pour Aura Garrido qui passe la plupart du film presque nue.

11/ On a tendance à citer les influences littéraires du film, mais je trouve aussi qu’il a des influences vidéoludiques notamment dans les scènes d’attaques nocturnes. Est-ce volontaire ou juste une vision de mon esprit de gamer ?

On peut penser à « Bioshock » et je pense à la scène sous-marine. Mais on s’est surtout inspiré de références de l’époque. On voulait éviter toutes références modernes pour ne pas trop moderniser le récit et dénaturer le feeling de l’époque.

12/ Aviez-vous une idée précise en tête du design des créatures ou cela est-il apparu au fur et à mesure du travail de préparation ?

Le design de Aneris a forcément évolué dans la préparation. On s’est servit de photos de batraciens et aussi des créatures bleues de la planète sauvage de René Laloux.

13/ Qu’est ce qui a été le plus compliqué sur « Cold Skin » ? Réussir à  établir une relation entre un acteur humain et un personnage fantastique ?

Ce n’est pas forcément ce qu’il y a eu de plus compliqué. Le challenge était plutôt technique parce qu’il fallait être très précis pour connecter ensemble les scènes tournées à Lanzarote et celles tournées à Madrid qui souvent étaient la même séquence d’un plan à l’autre tourné avec six semaines d’intervalle dans deux pays différents.

14/ J’ai vu sur les réseaux sociaux que vous êtes actuellement sur un projet intitulé « Gangs of London », pouvez-vous en dire quelques mots ?

J’ai tourné « Gangs of London” pour HBO et Sky. C’est Gareth Evans qui m’a demandé de tourner trois épisodes. C’était vraiment super à faire. On a eu une liberté artistique et une confiance de la production et de la chaine totale. Corin Hardy a aussi tourné quatre épisodes. Ça risque de secouer pas mal !

Merci Xavier.

INTERVIEW - XAVIER GENS

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 7 Avril 2016

Après avoir co-réalisé le cultissime "Atomik Circus" avec son frère Didier et la seconde partie de l'excellent "Goal of the Dead", Thierry Poiraud nous revient avec son nouveau film "Alone" qu'il a réalisé en solo. Fini la rigolade, place au premier degré avec toujours autant de réussite. Laissez vous emporter par le film (en VOD depuis le 1er avril 2016 et en DVD/Bluray le 8 avril 2016) et par cet entretien. (Retrouvez ma chonique du film sur horreur.com).

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

1/ C’est aujourd’hui que sort « Alone » en VOD, comment-vous sentez-vous ?

Je me sens plutôt bien et serein. Par rapport à une sortie au cinéma, une sortie en VOD c’est sur la longueur. C’est moins violent qu’une sortie du mercredi en salles ou tu sais au bout de deux heures que ton film ne sera plus à l’affiche le weekend suivant. Là, on verra aujourd’hui, puis dans une semaine, puis dans quelques mois. C’est plus doux.

2/ Vous avez quand même fait des projections publics…

Oui, à Hallucinations Collectives, au PIFFF… La première a été projeté au BFI en Angleterre, à Londres. Même si je dis que c’est plus doux, c’est quand même un film que j’ai fait pour le cinéma, en grand, en large, en scope avec des grands décors. Comme c’est un film d’atmosphère, tu le découvres mieux au cinéma. Entre le cinéma et la VOD, pour certains films, c’est beaucoup moins évident de voir la différence. Là, le son, les paysages énormes, c’est un grand film mais qui sort sur le petit écran. Y’a des plans larges, des décors, ces enfants au milieu de nulle part. C’était vraiment fait pour le cinéma.

3/ Vous n’étiez pas trop déçu de ne pas le sortir sur grand écran ?

Si, forcément, t’es toujours un peu déçu. Je me suis battu pour mettre le film au point, je me suis battu pour avoir l’argent, on s’est battu avec mon producteur Jérôme, pour le faire et au final, tu te bats à nouveau à la fin pour le distribuer. On était content que le distributeur le prenne, en VOD, pour que le film puisse sortir du bois et qu’on arrive à en parler.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

4/ Le film a eu le prix du public au PIFFF et semble avoir été bien accueilli lors des projections en salle. Quel a été votre ressenti ?

On a eu de très bons retours en festival, les gens posent plein de questions… C’est marrant car il y a beaucoup de retours du public féminin, ce qui est plus rare pour les films de genre ou d’horreur. Elles ont peut être appréciées car le héros est plutôt mignon ! Puis, le sujet lui-même…

5/ C’est peut être aussi car les personnages sont bien caractérisés, attachants…

C’est ça, il y a une sensibilité, des personnages développés… On a eu vraiment de bons retours du public. Beaucoup de questions, les gens posent beaucoup de questions… Peut être pas résolues mais y’a plein de questions.

6/ C’est vrai que c’est un film assez intriguant et il reste assez ouvert sur les questions qu’il pose notamment sur les raisons qui font qu’on passe à l’âge adulte.

Oui, ça, c’est une vraie volonté du scénario. On n’avait pas la prétention, Marie, ma scénariste et moi, de résoudre cette question philosophique : « qu’est ce que l’âge adulte ? ». Le système a décidé que l’on devenait adulte à tel âge, pour telle ou telle raison mais le passage est très flou alors on a décidé qu’il y avait une barrière. On a pris une décision par rapport au scénario mais après c’était marrant d’en jouer et de se poser des questions. On avait notre point de vue sur ce passage à l’adulte mais chacun doit se faire sa propre réponse.

7/ Ce passage à l’âge à l’adulte c’est plutôt une maturité qu’on trouve…

Oui, une maturité qu’on trouve, qu’on cherche et qui va d’autant plus vite car les personnages sont eux-mêmes dans une situation qui les poussent à prendre des décisions, à faire des choix et qui les poussent à devenir responsables. Il faut qu’ils partent avant de devenir adultes, ils ont trois jours mais tout est fait pour qu’ils deviennent adultes, ils sont entourés d’horreur.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

8/ Au niveau du scénario, vous avez collaboré à l’écriture ?

Oui. C’est Marie qui est ma scénariste. Elle travaille avec moi depuis quinze ans maintenant. Elle était déjà intervenue sur « Atomik Circus ». J’ai écrit d’autres scénarios avec elle. Elle est revenue sur « Goal of the dead » pour réécrire la version finale et tous les dialogues. On avait aussi écrit « Don’t grow up ». On a vraiment un partenariat. Moi, je suis réalisateur donc j’aime bien raconter des histoires, je lui dis ce que j’aimerai raconter et elle écrit ensuite.

9/ L’idée de base, c’est vous qui l’aviez trouvé ?

On l’a trouvé ensemble. J’avais vraiment envie de travailler sur un film d’ados mais il n’y avait pas vraiment de thème fantastique, c’est venu petit à petit. Le thème de l’infection est venu car on ne voulait travailler qu’avec des ados, on voulait se débarrasser des adultes. On se disait : ils sont tous disparus ou ils sont tous morts et on en est arrivé à cette infection qui ne toucherait que les adultes. Une fois qu’on a trouvé cette idée, le fil de l’histoire est arrivé. On avait notre histoire à raconter.

10/ Dans le film, on ne sait pas quels ados vont être infectés, cela a été difficile pour vous de trouver les situations justes pour faire basculer tel ou tel héros du côté adulte ?

En fait, on avait écrit tous les personnages au début et on a traité leurs cas dans l’ordre. On s’est dit, si untel s’occupe d’untel, s’il y a des sentiments, s’il est amoureux alors il va se transformer plus vite. C’était parfois dur car, des personnages qu’on aimait bien y passaient finalement vite, de par leur caractère, mais l’histoire voulait ça. On a mis le contexte, on a pris nos personnages et après l’histoire nous disait que c’était tel personnage qui allait y passer. On ne voulait peut être pas spécialement mais il fallait tenir la rigueur de notre histoire et de notre concept.

11/ Ce qui est difficile pour le spectateur est que faire le bien peut aussi entrainer à des choix qui font grandir plus vite les personnages et donc qui les transforment.

Oui mais on n’a pas fait ça dans le but d’une punition, ou d’une sanction judéo-chrétienne ! Pour moi, c’était juste que le passage à l’âge adulte est comme une petite mort, comme la fin de l’enfance donc ils mourraient. C’est une fable donc on la pousse à fond et c’est violent mais ce n’est pas une mort pour une mort, ça ne veut pas dire que quand on devient adulte, on ne devient plus rien. Mais comme on est du point de vue de ces enfants et bien quand tu deviens adulte, tu disparais.

12/ Certains vont devenir plus violents, d’autres vont en tirer quelque chose de bénéfique mais tous peuvent se transformer, c’est ça qui est intéressant…

Oui, on a ouvert une boite de pandore, on a encore beaucoup de choses à dire sur le sujet. On a beaucoup de sous-thèmes que l’on n’a pas traités.

13/ Il y aura donc une suite en série ou en film ?

En film, non mais en série oui. L’idée se serait vraiment de repartir de zéro, d’aborder plusieurs personnages, ce sera une déclinaison du film.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

14/ Et l’idée de situer l’action dans un pensionnat, sur une île, c’était vraiment pour isoler les personnages ?

Déjà, c’était plus simple de les isoler par rapport au thème du film et j’avais l’idée de l’île pour le côté pur de l’eau. La fin du film, je l’avais déjà quasiment dès le début de l’écriture donc on en est venu assez rapidement à contenir l’action dans une île et au fait que l’eau était un élément salvateur.

15/ J’ai lu que vous avez tourné aux Canaries mais on ne dirait pas !

Au départ, je voulais tourner au Canada, ça devait se passer sous la neige et on avait fait toute une imagerie dans le genre. Pour des raisons de budget, on s’est rabattu sur les Canaries. L’Espagne nous a donné de l’argent pour faire le film et nous ont dit : « ok on le fait mais on le fait aux Canaries ». Le défi pour moi, c’était de trouver comment j’allais transformer les Canaries comme je voulais. J’ai tout fait pour que ça ne ressemble ni au Canada, ni aux Canaries. Ça ressemble à une image de fable.

16/ Vous avez tourné dans beaucoup d’endroits différents pour trouver tous ces lieux et pour créer la cohérence ?

80% de l’île, c’est la même. Il y avait le volcan au milieu qui était très désertique, ensuite, tu descends et il y a les forêts, puis tu as les villages et la mer. Je me suis servi de ça. Le désert m’intéressait beaucoup comme une image de vide, de désolation. La forêt, je l’aimais pour son côté conte, un peu maternel. Donc, les ados sortent de la forêt et arrivent dans le désert, c’est le passage à l’âge adulte, c’est vide, il faut qu’ils le remplissent. Après, ils arrivent en ville, un milieu plus citadin, plus crade qui représente l’âge adulte.

17/ Au niveau technique, de passer de l’ombre à la lumière, ça a été un défi au niveau de la photographie, de la post-production ?

J’ai mixé plein d’images. Les images au début sont tournées en Norvège… On a mélangé plein de petits plans pour fabriquer un truc rêvé. La première ville que l’on voit, on a rajouté des immeubles, des petits immeubles anglais qu’on a remis dans le fond pour brouiller les pistes… Les effets sont très ponctuels. Même si tu regardes, tu ne verras pas ce que j’ai ajouté. On a changé les couleurs, ajouté des trucs en 3D, changer le look de choses qui étaient trop espagnols.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

18/ Comment avez-vous vécu le fait de réaliser votre premier film en solo après avoir travaillé en duo ou en collaboration sur vos deux précédents films ?

Le thème que je portais, ce n’était pas un thème que je partageais avec Didier (NDLR : son frère avec qui il a réalisé « Atomik Circus »). Faire un film seul, ce n’est pas une envie d’être là et de tout dominer. Au niveau de la réalisation, j’avais déjà réalisé beaucoup de pubs tout seul donc être seul, je connaissais déjà. Seul, tu gagnes des choses car tu es libre de tes éléments. Tu perds des choses car tu ne partages pas avec l’autre. Après, j’ai beaucoup partagé avec la scénariste qui était pas loin, avec mon chef op’. Tu crées des liens, d’autres liens avec d’autres personnes. Je garde toujours un esprit famille durant les tournages, je ne suis pas un despote. On crée une famille et on parle beaucoup du sujet. Là, j’ai fait entrer les acteurs dans le sujet. J’ai besoin de m’entourer et qu’on fabrique les choses ensemble.

19/ D’ailleurs les acteurs sont très bons. Comment s’est passé le casting ? Y’a-t-il eu beaucoup de répétitions ?

Ce qui était intéressant, c’est que je les ai réuni quinze jours avant. Mon idée, c’était de les souder. Ils sont arrivés, ils ne se connaissaient pas mais c’est un peu comme une colonie de vacances. On les a laissé seuls, puis je suis venu les voir, on les a interviewés, on est allé jouer au foot avec eux au bord de la mer. Ils ne savaient pas trop, au début, ce qu’on faisait mais on commençait à les filmer avec Matthias, le chef opérateur. Marie réécrivait quelques scènes quand ils mangeaient, quand ils étaient sur la plage, quand ils vivaient. Je les observais, ils le savaient mais sans trop le savoir. C’est vraiment de cette observation qu’on a réécrit beaucoup de choses et qu’on a adapté les personnages entièrement à leurs personnalités. Eux, ils s’entrainaient à jouer le rôle. Madeleine était quelqu’un de beaucoup plus dure, donc elle essayait de jouer la dure mais entre les scènes, elle rigolait, elle était plus évanescente, plus impertinente donc on réécrivait la scène et elle découvrait la nouvelle scène. On reprenait ses mots. Pareil pour Fergus qui était un peu plus secret donc on a poussé dans ce sens là.

20/ N’étais-ce pas plus dur de travailler avec des adolescents qu’avec des adultes ?

C’est différent. Les adolescents ont une énergie folle. Je m’en suis beaucoup servi car ils sont intarissables. Ils n’ont pas peur de jouer, ils s’amusent beaucoup à le faire, ils sont en demande. Même les scènes difficiles, pour eux c’était génial. Ils ne se couchent pas, ils veulent jouer, s’amuser. Pour eux, ça reste très ludique de jouer même s’ils le prennent très sérieusement. Ils adoraient ça, ils étaient dans la découverte de leur métier. Ils avaient envie de cinéma donc on pouvait tourner jour et nuit. Ils ont une énergie qui se transmet même aux équipes. On était tous fédérés autour d’eux pour les protéger, pour les diriger, pour les entourer donc ça donne une très bonne énergie. Très ludique et très enfantine.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

21/ Est-ce que vous avez réussi à mettre toutes les idées que vous aviez, dans le film ?

Non. On avait développé le deuxième pendant avec les enfants qui se retournent contre les adultes et qui a été traité plus simplement. Y’avais plus de personnages à l’origine. Je ne regrette pas les choix qu’on a fait car on a resserré l’histoire. C’était un peu plus choral à la base.

22/ Ce sont des choix pour garder une ligne directrice ou des choix budgétaires ?

Les deux mais c’est souvent la même chose. Même pour les plus gros films, on t’impose souvent de réduire ce que tu veux faire et ça t’oblige à resserrer l’histoire et tu trouves l’essence même de ce que tu veux raconter. Pour « Alone », c’était très sec. C’était du « tourné/monté », je n’ai même pas une scène, pas une parole qui n’est pas montée. Je n’ai pas tourné plus et je n’ai pas tourné moins. C’est très dangereux car je n’avais pas le droit à une minute de ratée.

23/ J’ai beaucoup aimé le film mais, à la fin, je me suis dit que ça aurait peut être mérité un quart d’heure de plus, quelques péripéties supplémentaires…

Le film était scénarisé avec un bon quart d’heure de plus. On avait quinze-vingt pages de plus qu’on a du enlever. Cinq, six scènes, surtout à la fin, avec le retournement avec les enfants qui torturent les adultes. Ça finissait un peu en western. A l’intérieur de la maison, il y avait une attaque… J’ai du simplifier des choses, retirer de l’action. C’est mon seul regret. L’enfant que tu suis sur la zone rouge, on le voyait comment il s’armait, comment il revenait… Ce ne sont pas des scènes que j’ai loupé mais ce sont des scènes que je n’ai pas pu tourner.

24/ Dans le film, il y a quelques passages très difficiles, en aviez-vous prévu d’autres et vous êtes vous autocensuré, du fait que vous tourniez avec des adolescents ?

Non, on ne s’est jamais censuré. Juste à la fin, les adolescents se retournaient contre les adultes. Il y avait une violence gratuite des enfants qu’on n’a pas pu tourner mais ce n’était pas pour une question de censure. Il fallait retranscrire l’horreur dans certaines scènes et on ne s’est pas censuré.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

25/ Le film parle du passage à l’âge adulte. Pour vous, est-ce important de garder son âme d’enfant ?

Bien sûr ! C’est le message du film mais en inversé. Je ne refuse pas de devenir adulte, bien au contraire, il faut assumer de devenir adulte mais en gardant un regard frais sur le monde, un regard émerveillé. Ça manque et ça enlèverait un peu de violence. Je ne veux pas faire le « béni oui-oui » mais ce qui m’aide personnellement, c’est de voir des choses merveilleuses un peu partout. J’essai aussi de transmettre ça à mes enfants même si la vie est difficile. L’argent, la civilisation, la religion, rien n’est fait pour qu’on puisse dire à nos enfants : vas-y grandit et amuse toi. On devrait pouvoir s’amuser jusqu’au bout, même en travaillant.

26/ Questions classiques : Pourquoi avoir changé le titre ? Et pourquoi avoir tourné en anglais ?

Pour le changement de titre, ce n’était pas moi. Je revendique, je n’ai rien contre mais le film s’appelait « Don’t grow up ». Dans les autres pays, il s’appelle aussi « Don’t grow up » mais le distributeur français avait un problème d’anglicisme. « Don’t grow up » soit on le traduisait en français mais ça n’évoquait pas grand-chose donc il avait peur qu’on passe à côté du sujet, soit on changeait le titre. Donc il a proposé « Alone », qui est en un seul mot et qui pour la plupart des gens, même qui ne parlent pas anglais, évoque déjà le solitude… J’ai accepté car ils avaient des arguments très convaincants. C’est le genre de films qui n’est pas facile à faire exister, on a des moyens mais ils ne sont pas colossaux donc faut donner tout de suite envie de le voir au public.

Pour l’anglais, il y avait deux raisons. Une, purement pour les ventes à l’international. Deux, ça se passait sur une île et je voulais que ce soit une île internationale. Pour une fable, la langue anglaise me plaisait plus et ça a fini de me conforter quand j’ai vu mes acteurs anglais. J’aurai très bien pu le faire en français, sans aucun problème, mais la langue anglaise me plaisait beaucoup.

27/ Vous pensez que la langue anglaise est plus cinématographique que le français ?

Ce n’est pas que je le pense, c’est vrai. Quand tu parles à des mecs qui mixent des films, ils te le disent : le français est très monolithique, linéaire. C’est comme une espèce de son sourd. La langue anglaise est très syncopée. Les accents montent et descendent sans arrêt. C’est une langue sur-dynamique, qui est très « cut », tu as moins de mots pour dire la même chose qu’en français. La langue claque en anglais, très vite. C’est un fait, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas le faire en français mais c’est plus dur. Quand tu injures en français, ça parait vite vulgaire, en anglais, ça parait cool. L’anglais n’est pas une langue très informative. Quand tu donnes une information en français, ça se barre un peu dans tous les sens. C’est très drôle pour la comédie car tu pars dans tous les sens, tu peux évoquer plein de choses en même temps, c’est très digressif.

28/ Parfois, quand on regarde des films français et des films américains doublés en français, on a l’impression que ce n’est pas le même jeu, que c’est plus dynamique quand c’est doublé…

Je suis d’accord, c’est parce qu’ils mettent peu de mots, ils sont obligés de réduire un peu les choses. Je me suis fait la même réflexion. Quand tu regardes « Star Wars », ça ne choque pas même quand tu le regardes en français car les mots sont plus simples. Après, faut peut-être, qu’en France, on écrive beaucoup plus simplement. C’est un fait, après c’est une fainéantise de ne pas le faire. Moi-même, je vais essayer de m’y pencher. J’ai fait un film en anglais, c’est bien beau mais j’aimerai bien le faire en langue française surtout que j’admire ça chez les nordiques, les espagnols qui savent bien le faire. Pourquoi pas en français mais après faut réussir à le vendre.

INTERVIEW - THIERRY POIRAUD pour "ALONE"

29/ Au niveau du changement de titre pour des raisons marketing, n’avez-vous pas eu peur de revivre la même chose que pour « Atomik Circus » qui avait eu une promo un peu difficile ?

J’y ai pensé. Je leur ai dit que j’avais déjà vécu cela une première fois mais « Atomik Circus » était vraiment une comédie barrée à la « 1941 » et l’affiche qu’ils ont faite n’était pas cohérente avec le film. C’était vraiment une faute de goût d’avoir mis les acteurs sur le fond blanc alors que l’affiche avec les jambes étaient magnifiques. Ils ont été à l’encontre des fans de films de genre. Ils voulaient faire du gros marketing, je leur ai dit « allez-y » mais ils pouvaient faire du concept dans ce gros marketing. Besson le fait, on pouvait le faire. C’était quand même moins difficile pour « Alone » car les distributeurs ont pris le film sans le toucher, ils l’ont apprécié. Du moment qu’on ne touchait pas à l’œuvre globale, que ce n’était que de l’habillage, ça me dérangeait moins. Je viens du milieu des beaux-arts, l’habillage c’est très important mais on ne peut pas toujours faire ce qu’on veut.

30/ Entre 2004 et 2014, vous n’avez pas tourné de films. Ça vous a manqué le cinéma ?

Oui, oui. Après « Atomik Circus », j’ai travaillé aux Etats-Unis sur une adaptation d’un scénario de Caroline Thomson, qui avait écrit « Edward aux mains d’argent » pendant deux ans. James Franco devait jouer le rôle principal. C’était sur le milieu des freaks, ça se passait dans les années 1930. On avait été loin, on avait fait des tests… Le film parlait d’handicapés, c’était tourné en noir&blanc, on était allé au bout du délire et le film ne s’est pas fait… Après, on est retourné en France, j’ai refait de la pub, ensuite il fallait écrire quelque chose qui me plaisait. « Alone », ça fait déjà deux ans, deux ans et demi que je travaillais dessus.

31/ C’est d’ailleurs en essayant de monter « Alone » que vous avez rencontré Benjamin Rocher qui vous a proposé de réaliser la partie deux de « Goal of the Dead »…

Exactement. Le frère de Benjamin, Raphaël, était co-producteur avec Jérôme et m’a demandé si je voulais faire « Goal of the dead » le temps que le budget pour « Alone » soit monté. J’ai accepté tout de suite, c’était marrant et ça me permettait de faire celui là après.

32/ Les deux sont des films d’infectés mais complètement différents. Lequel vous donne le plus de satisfaction ?

Les deux restent de très bons souvenirs. « Alone » est plus personnel, y’a la rencontre avec les adolescents, j’en garde un souvenir impérissable. C’est vraiment une aventure loin de ma ville. « Goal of the dead », c’était très drôle mais on l’a tourné à côté de Paris, c’était une plus petite aventure mais j’en garde de très bons souvenirs.

33/ Vous avez fait trois films de genre. Êtes-vous tenté par un autre genre, peut-être plus grand public ?

Je ne réfléchis pas en terme de public. Je suis entrain de travailler sur « Toxic », une série qui est une comédie un peu trash sur le milieu des toxicos. Je ne pense pas à me tourner vers des films grand public mais plutôt vers des films que j’aimerai beaucoup voir. Après, j’aime aller voir des films fantastiques, je suis allé voir « Midnight special » hier soir car c’est ce qui me plait le plus. J’aime beaucoup les comédies, les drames et les films d’aventure. J’aimerai faire un grand film d’aventure.

34/ Pour conclure, on en a déjà plus ou moins parlé, mais quels sont vos prochains projets ?

En plus de « Toxic » et la série dérivée de « Don’t grow up », j’écris aussi un film d’anticipation, « Rare ». On m’a proposé aussi d’autres sujets de film, en France et en langue anglaise aussi.

Merci Thierry.

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 1 Janvier 2016

INTERVIEW : JOHN MCNAUGHTON

Pour fêter cette nouvelle année, quel plus beau cadeau que l'interview d'un des plus grands réalisateurs américains de notre époque ? Avec ses films, John McNaughton a révolutionné différents genres. Le film de tueurs en série avec le cultissime "Henry : Portrait d'un tueur en série", le thriller avec "Sexcrimes", le film de gangsters avec "Mad Dog and Glory"... Dans cet entretien, M. McNaughton revient sur tout cela et parle aussi de son dernier film, encore inédit en France : "The Harvest". En attendant son nouveau film actuellement en tournage : "Carny Kill".

To celebrate this new year, what better gift than an interview with one of the greatest American filmmakers of our time? With his movies, John McNaughton revolutionized many genres. The serial killers movies with the cult film "Henry: Portrait of a Serial Killer," the thriller with "Wild Things," the gangster movies with "Mad Dog and Glory" ... In this interview, Mr. McNaughton returns on this and also talks about his latest film, still unpublished in France: "The Harvest". Meanwhile his new film currently shooting "Carny Kill".

1/ Quel était votre état d’esprit quand vous avez realisé “Henry : Portrait d’un tueur en série” ?

Je voulais montrer de quoi l’être humain est capable. C’est la direction que je voulais prendre avec "Henry". Le fantastique, c’est bien mais d’autres le font mieux que moi. Je voulais m’approcher et toucher la noirceur humaine. C’est plus horrible… hum… Si vous regardez Jason, si vous regardez Freddy, quand vous allez dans le surnaturel, vous savez que quand vous quittez le cinéma, Freddy ne sera pas là à vous attendre. Il n’existe pas. Henry pourrait être dans la vie réelle, il pourrait exister. Quand vous quittez le cinéma, il pourrait vous attendre sur le parking. C’était ça l’idée. C’est un film d’horreur et qu'est ce qui est le plus effrayant ? Les choses de la vie quotidienne ! Utiliser la normalité.

1/ What was your state of mind when you have shot “Henry : Portrait of a serial killer”?

I wanted to show what human people are capable. That the direction we wanted with Henry. Fantastic is fine but other people do it better like me. I wanted to approach and touch human darkness. It’s more horrific…hum… if you do Jason, if you do Freddy, when you go in the supernatural, you know when you leave the theater, Freddy is not there waiting for you. He doesn’t exist. Henry could be in real life, he could be existing. When you leave the theater, he can wait for you on the parking. That was the idea. It’s an horror movie so what is the most horrific thing? It’s the normal tricks. Use the normal.

2/ Comment êtes vous arrivé sur le projet de “Henry” ?

Je travaillais pour une compagnie, MPI, qui existe toujours. Ils ont travaillé très tôt dans le business de la vidéo. Ils ont acheté les droits pour dupliquer des films d’horreur en cassettes VHS et les revendre. Ils faisaient ça très bien puis ils ont décidé d’investir 100 000$ pour faire un film d’horreur donc ils m’ont donné l’argent et je leur ai donné un film d’horreur !

2/ How did you get the project of “Henry”?

I was working for a company, MPI, they still exist, they worked very early into the video business. They buy rights for horror film to duplicate on VHS tapes and selling them. Doing very well. They decided to invest 100 000 $ to make an horror film so they gave 100 000 $ and I gave them an horror film !

3/ Le film a été longtemps censuré. Comment avez-vous vécu cela alors que c’était votre premier long métrage ?

« Henry » a hérité d’une classification X aux Etats-Unis mais n’a pas été censuré, interdit. Les gens du studio voulaient faire des coupes pour avoir une meilleure classification et pour mieux vendre le film mais la MPAA, qui classe les films, a décidé qu’on ne pouvait rien faire pour le rendre acceptable pour eux. C’est un film classé X et ce le sera toujours, intrinsèquement. Mais dans d’autres pays, par exemple, en Angleterre, en Suède, le film a eu des coupes et je n’ai rien eu à voir avec ça. Je pense que maintenant, depuis plusieurs années, tous les pays peuvent voir le film dans sa version non censurée.

3/ the movie has long been censored, how did you feel knowing that it was your first feature film?

"Henry" had a X rated on United States but not a censure. People wanted to make cuts, to have a better rating and sell more but the MPAA, who rate movies, decide that we can’t do nothing to make it acceptable to us. It’s an X rated film and it’s always be an X rated film. But in other countries, for exemple, in UK, in Sweden, they got cut and I have nothing to do with that. I think now, since every years, every country can see the original film uncensored cut.

 

Image tirée du film "Henry : Portrait d'un tueur en série".

Image tirée du film "Henry : Portrait d'un tueur en série".

4/ Je pense que la raison pour laquelle “Henry” est le plus important et le meilleur film de tueur en série est parce qu’il est très réaliste…

Je n’avais jamais vu de film de tueur en série comme cela auparavant… Peut-être « Peeping Tom ». Michael Powell a fait ce film dans les années 60, à la même époque que « Psychose » mais je pense que nous avons lancé la mode des films de tueurs en série et d’ailleurs, je n’en ai jamais fait un autre, personnellement, mais c’est intéressant de voir que d’autres personnes ont fait des films de tueurs en série et ont copié « Henry ». Mais mon dernier film « The Harvest », disponible uniquement en Angleterre et aux USA pour le moment, parle de la « moisson » d’organes humains. Quelques temps après, Jerry Bruckheimer et Spike TV ont développé une série télé appelée « Harvest » (rires). J’ai essayé de faire quelque chose que je n’ai jamais fait avant, quelque chose de nouveau et personne n’a jamais montré le transfert d’organes humains à d’autres ou pour les vendre mais c’est quelque chose qui a lieu couramment dans le monde ! J’ai trouvé ça impressionnant à quel point Bruckheimer a été rapide pour faire sa série. Je sentais que le film allait lancer une tendance et que ça pourrait aller vite mais je ne pensais pas que ce serait si rapide. Aussi, avec « Mad Dog and Glory » avec Robert De Niro, Bill Murray et Uma Thurman, nous avons fait le premier film à propos de scènes de crimes policières et après cela Bruckheimer a fait « Les Experts ». Alors, vous faites des films précurseurs et d’autres arrivent et imitent.

4/ I think the reason why “Henry” is still the most important and better serial killer movie is it’s the more realistic…

I haven’t seen serial killer movie like that before… Maybe “Peeping Tom”. Michael Powell made that film in the 60’s in the same time of “Psycho” but I think we started the trend of serial killer movies and I never made another one. But it’s interesting that many others people done serial killer movies and many copy that. But my new film “The Harvest” available only in Uk and US for the moment is about harvesting human organs… Jerry Bruckeimer and Spike TV are developing a TV show called “Harvest” (laugh). So I tried to do something I have never seen before, something new and no one really done to show up about harvesting people organs to others or to sell but it’s something is going on in the world very much. I find interesting this quickly that Bruckeimer and Spike doing a show. I felt a new movie will launch a trend and it will be very soon but I didn’t expected that happen so fast. In “Mad dog and glory” with Robert De Niro, Bill Murray and Uma Thurman, but it was the very first movie about crime scene cops and after Bruckheimer made CSI. So you do movies before and others coming and imitate.

5/ Vous tournez la plupart de vos films en 35mm. Votre dernier film dont vous venez de parler, "The Harvest" est lui aussi tourné en 35mm. Pourquoi avoir choisi ce format ?

Pour “The Harvest”, nous avions une reunion d’équipe prévue à New York juste après le passage de l’ouragan Sandy et, du coup, on ne pouvait pas voyager. C’était difficile pour la production car nous étions obligés de rester à l’hôtel. Nous avions des iphone et nous avons communiqué par iphone depuis l’hôtel et avec d’autres personnes par Skype. Rachel Morrison, la directrice de la photographie, était en Espagne et nous discutions sur Skype. Rachel voulait que l’on tourne en 35mm alors nous l’avons fait. C’était une victoire. C’est la raison pour laquelle je suis content d’avoir réalisé ce film. Parfois, c’était difficile, il se passe ce qu’il se passe, il n’y a pas de process en labo supplémentaire mais le film est magnifique, le film est superbe. Pour moi, c’est un film sur les personnages, leur performance et la connexion qui a lieu entre eux et le public. Je suis content d’avoir tourné dans ce format et je pense que c’est mon « au revoir » au 35mm. Il n’y a plus beaucoup de processus comme cela aux Etats-Unis. J’ai travaillé avec ce format depuis longtemps, j’ai fait un documentaire avec George Condo que j’ai tourné avec des vieilles caméras digitales. L’homme qui finançait « The Harvest », Gerald Kessler, a insisté pour tourner en 35mm. J’étais heureux. C’est mieux mais cela coute plus cher, c’est plus long… Plusieurs personnes me disait «que fais-tu ? Tu gaspilles de l’argent ! blablabla”. J’ai dit “hey, ce n’est pas votre argent ! Si je veux le gaspiller, ce n’est pas vos affaires !”.

5/ you shot most of your movies in 35mm. Your last movie "The Harvest" is on 35mm. Why did you choose this format ?

For “The Harvest”, with the cinematographer, Rachel Morrison, because we had a meeting crew in New York, just after the hurricane Sandy in NY, we couldn’t travel. It was really difficult for the production because we stayed at the hotel, the town had no power. So we had an iphone and we communicated by iphone on the hostel and with many crew members on skype. Rachel Morrison was in spain and we talked on skype. Rachel wanted to shot the movie in 35mm and we did it. It was a victory. It’s why I’m really happy to shot this film. Sometimes it’s difficult, it is what it is, there is no process in labs anymore, but film is gorgeous, film is beautiful. To me it’s about the characters and the performance and the audience connect to them. I’m happy to have shot in this format and I think this film is my “good bye” on this format. There is no more process like that in United States. One of the reason, I did make a film so I was really working with the old digital. I made a documentary I shot with very old digital cameras with George Condo and I like that. The man who give money for “The Harvest”, Gerald Kessler, insist that we shoot in 35mm. I was happy. It’s better but it’s cost more, it’s slower… Many people told me “what are you doing? You wasting money, blablablabla !”. I said “hey, it’s not you money! If I want to waste it, it’s not your business!”. I remember,

 

Image tirée du film "The Harvest"

Image tirée du film "The Harvest"

6/ Votre dernier film “The Harvest” est toujours non distribué en France. Pouvez-vous nous dire quand il sera distribué ?

C’est complètement indépendant de ma volonté. Un homme finance le film donc il n’y a pas de compagnie de distribution. Donc, nous avons fini le film et nous devions le vendre. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait avant. Avant, je faisais des films pour une compagnie et elle le vendait. Un homme a apporté l’argent, un homme génial, son nom est Gérald Kessler. J’ai vu le film à minuit en Amérique, il était diffusé dans deux cinémas et la compagnie « Shock Factory » a vendu les droits vidéo à quelqu’un en Angleterre. Alors je ne sais pas quand le film sera distribué en dehors des US et de l’Angleterre. Eventuellement, comme Jerry Bruckheimer et Spike TV ont fait une série sur le même sujet, je suppose que mon film sera disponible en vidéo quand la série télé arrivera en France. Je ne sais pas quand…

6/  Your last film "The Harvest". This movie is still unpublished in France. Do you know when it will be available in France?

It’s made completely independent of me. One man finance the movie so there was no company for distribution. So, we finished the movie and we had to sell it which it’s something I never had to do before. Before, I made movies for company and they sell it. A man pull up the money, a wonderful man, his name is Gérald Kessler like guide two weeks before the movie was release. I have seen midnight in America for they released in two theaters and the company “Shock Factory” selling the video to somebody in the UK to have the rights. So I don’t know when the movie passes the US and the UK. Eventually, because Jerry Bruckeimer and Spike TV are making a picture about the same subject, I guess my movie will be available on video when the TV show will arrive. I have no idea when…

7/ Pouvez-vous me dire un mot sur le tournage de ce film ?

C’était un tournage difficile car nous avions des enfants. Deux enfants. Une fille de douze ans et un garçon de treize ans. Ce n’était pas difficile de travailler avec eux, ils étaient géniaux mais quand vous travaillez avec des enfants aux USA, vous devez faire moins d’heures. Un jour de travail normal est de douze heures mais les enfants ne peuvent pas travailler douze heures. Nous avions Michael Shannon, Samantha Morton, Peter Fonda et deux enfants, Natasha Calis et Charlie Tahan et c’était difficile car nous avions un grand nombre de scènes à tourner et assez d’argent pour le faire le film mais c’était très rapide et nous ne pouvions pas travailler tout le temps car les enfants ne peuvent travailler que 8 ou 9 heures par jour et Michael Shannon travaillait sur Broadway donc tous les jours, il quittait le tournage à 18 heures. Alors, nous n’avions pas le temps pour faire des erreurs ou pour aller essayer autre chose. Alors c’était très difficile, c’était intense. Ce film a un concept très intéressant, très sombre. Mais ce n’est pas gore, ce n’est pas sanglant !

7/ Can you tell me a word about the shooting of this movie ?

It was a very difficult shooting because we had children. Two children, twelve years old girl and thirteen years old boy. There was not difficult to work with them, they were great but when you work with children in the US, you have to reduce your hours. A normal day is twelve hours but children can’t work twelve hours. We had Michael Shannon, Samantha Morton and Peter Fonda and two kids, Natasha Calis and Charlie Tahan and it was difficult because we had a lot of scenes to shoot and enough money to make the picture but it was very quick and we can’t work all of the time because kids can work only 8 or 9 hours a day and Michael Shannon was working on Broadway so every day at 6pm he left the shooting. So we had no time for error or going over. So it was very difficult for the characters, it was intense. This movie has a very interesting concept, very dark. But It’s not gory, it’s not bloody !

 

Affiche du film "The Harvest".

Affiche du film "The Harvest".

8/ Avec “Sexcrimes”, vous aviez un casting incroyable. Comment était l’atmosphère sur le tournage ? Quel souvenir gardez-vous ?

Mon souvenir est que nous avions beaucoup d’argent ! (rires). Nous avions 63 jours de tournage, nous avions assez d’argent et assez de temps. Nous étions en Floride et il fait très chaud en Floride. Toujours. C’était une bonne expérience, nous avions un bon casting et une belle photographie grâce à Jeffrey Kimball. Nous n’avions pas à nous presser, nous prenions le temps qu’il fallait prendre. C’est un film que j’ai plaisir à regarder.

8/ In “Wild Things”, you had an incredible casting. How was the atmosphere on the set? What memories do you have of this film?

My memory is we had a lot of money ! (laugh). We had 63 days of shooting, we had enough money, we had enough time. We were in Florida and it’s hot ! always hot ! It was a good experience, we had a good cast and a good photo by Jeffrey Kimball. We didn’t have to rush, we had time to take the time. It’s a movie I’ll really enjoy seeing.

9/ Ce n’était pas trop difficile de diriger toutes ces stars (Bill Murray, Neve Campbell, Kevin Bacon, Denise Richards, Matt Dillon…) ?

Oui, ce sont des personnes avec beaucoup de talents et ils sont souvent très puissants dans l’industrie du cinéma. Ils ont ce qu’ils veulent et ils font ce qu’ils veulent. Vous devez savoir la direction dans laquelle vous voulez aller pour votre film car ils peuvent prendre la place du réalisateur si vous hésitez et quand vous voyez le film plus tard, c’est mauvais, ce n’est pas ce que vous vouliez. Vous avez besoin de faire attention à ce que vous leur laissez, à ce que vous leur donnez à faire mais je travaille assez avec des grands acteurs et cela se passe généralement très bien. Mais c’est toujours difficile car cela dépend de l’humeur du jour d’un acteur donc chaque jour est une aventure quand vous travaillez avec des grandes stars mais c’est pour cela qu’on vous paie donc c’est que vous devez faire !

9/ It was not too difficult to manage all of these stars (Bill Murray, Neve Campbell, Kevin Bacon, Denise Richards, Matt Dillon…)?

Yes, they are people with very big talent and they are very powerful in the industry often. They get what they want and they do what they want. But You have just to know what the direction you want for the movie because they can take directions on place of director, you will see the movie six months later and it’s look really bad ! You need to be careful what you let, you get on to do but I work enough with great actors and they are came looking very good so, generally, it’s pretty well with actors. So it’s always difficult, depending of the mood of an actor on a day. So every day is an adventure when you working with big movie stars but that what you get paid for so that what you do !

10/ Sur facebook, vous parliez d’une série TV “Sexcrimes”. Allez-vous être impliqué sur le projet ?

Nous essayons de trouver des gens intéressés pour une série télé mais Sony ne semble pas intéressé par l’idée. Ils ne voient pas l’intérêt d’une série « Sexcrimes ». J’ai parlé de cela sur facebook pour voir si les gens avaient un intérêt pour cela. J’adorerais tourner le pilote de la série télé « Sexcrimes » et être impliqué sur cette série car la sujet parle des comportements horribles des êtres humains. Ils mentent tous, trichent et je pense que l’on peut faire quelque chose d’amusant sur ce thème.

10/ On facebook, you talk about a TV series “Wild Things”. Will you be involved in the project?

We trying to get people interested for a TV show but Sony don’t seem interested by the idea. They don’t see the value of a Wild Things TV show. I talk about on facebook to see if people have an interest for that. I would love to do the pilot of Wild things TV show and be involved on that show because it’s about people just behaving terribly. They all lying, cheating each other and I think we can have a lot of fun with that.

 

Image tirée du film "Sexcrimes".

Image tirée du film "Sexcrimes".

11/ Vous avez tourné plusieurs fois avec Bill Murray. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ? On entend tellement de légendes à propos de lui.

Bill m’a appelé hier (l’interview a eu lieu le 16 aout 2015) ! Un musicien génial est à Chicago, son nom est John Prine et c’est un ami de Bill Murray et donc Bill m’a appelé hier et il m’a dit « J, Je suis avec John Prine et nous parlons à propos d’un documentaire, vous pourriez discuter et travailler avec moi là-dessus ». Bill est vraiment un mec intéressant. Je pense qu’il est à Chicago aujourd’hui car il y a deux équipes de baseball, les white sox et les Cubs. Je sais qu’il vient pour cela car il adore le sport. Je travaille sur un nouveau film avec Bill appelé « The king of Counterfeit ». J’ai travaillé avec Bill plusieurs fois car il est unique, autonome et c’est peut-être la personne la plus intelligente que j’ai pu rencontrer. Il est très intelligent et très intéressant. Et il est drôle, bien sûr !

11/ you turned with Bill Murray many times. What can you say about him? So many legends we hear about it!

Bill called me yesterday (this interview was done on 16 august 2015) ! A wonderful musician is in Chicago, his name is John Prine and is a friend of Bill Murray and Bill called me yesterday and he said “J, I’m with John Prine and we talk about a documentary, you should talk and work with me on it”. So, Bill is an interesting guy. I think is in Chicago today because of two baseball teams, the white sox and the Chicago cubs and I know he come for that because he love sports. I’m working on a new movie with Bill called “the king of counterfeit”. I work with Bill many times because is unique, individual, perhaps the smartest person I ever met. He’s really really smart and he’s a very interesting man. And funny, of course !

12/ Quel genre de scènes préférez-vous tourner ? Scènes violentes, de sexe, de suspense ?

Les scènes de sexe sont difficile. Les gens disent « hey, regarde, cette fille magnifique sans ses vêtements » (rires). Je pense qu’il n’y a rien de plus difficile pour un acteur ou une actrice que d’être nu(e) devant toute une équipe en faisant semblant d’avoir une relation sexuelle. Pour tout le monde, c’est difficile. Je pense que le meilleur est quand vous avez des scènes émotionnellement dramatiques entre deux personnes, avec un vrai jeu d’acteur. C’est le travail que j’aime faire.

12/ What do you prefer to shoot? Violent scene, sex scene, thriller scene?

Sex scene are hard and difficult. People says “oh look this beautiful girl without her clothes” (laugh). I think it nothing more difficult for an actor or an actress to be naked in front of the crew pretending they have sex. For everybody, it’s difficult. I think the best is when you have emotional dramatic scenes between two people, with really acting. That’s the work I enjoy.

 

Image tirée du film "Mad dog and glory".

Image tirée du film "Mad dog and glory".

13/ Quel est votre meilleur et votre pire souvenir sur un tournage ?

Mes meilleurs souvenirs sont sur “Mad Dog and Glory”. Quand vous êtes sur le plateau, que la caméra regarde Bill Murray et Robert De Niro, les personnes les plus talentueuses encore vivantes sur terre, que vous voyez de quoi ils sont capables et que vous êtes payé pour ça, c’est incroyable ! Je me rappelle de deux choses. La première est avec Bill Murray. Sur « Mad Dog and Glory », il joue un gangster. Bill adore faire de la comédie, du stand up et être drôle fait parti de lui mais l’idée était qu’il ne fallait pas qu’il fasse rire car c’est un gangster, c’est le boss. Vous avez Bill Murray et il doit venir sur le plateau et ne pas être drôle ! Mais c’est Bill Murray ! C’est comme si vous aviez le plus grand violoniste au monde sur scène et que vous lui demandiez de jouer du piano. C’est un combat contre toutes les fibres de son corps pour réussir à ne pas faire rire. Bill était vraiment nerveux pour tourner cette scène. Bill resistait pour ne pas être drôle et c’était un effort pour lui. Il est arrivé et il n’était vraiment pas drôle. Il était exceptionnel, c’était incroyable.

Le second souvenir est à propos de Robert De Niro. Une scène dans laquelle il est assis dans une salle de bain, juste en sous-vêtements, avec de l’argent car il est supposé acheter le personnage d’Uma Thurman. Bref, je me souviens, il était dans la salle de bain avec l’argent et nous coupons la prise. Je tente de lui parler pour lui expliquer quelque chose mais il ne me regardait pas car il était encore dans le personnage. Il voulait me parler et je parlais à Bob De Niro mais son personnage restait assis ici. La caméra continuait à tourner. Je me suis assis dans la pièce et je l’ai regardé. Je pouvais le voir, je pouvais m’entendre lui parler mais il ne me regardait pas car il était assis sur les toilettes devant son argent, il était toujours dans le personnage. C’est incroyable de voir quelqu’un qui possède ce don.

Mon pire souvenir est sur mon deuxième film “The Borrower”. Je travaillais avec une compagnie qui était entrain d’être en liquidation. Un jour, tard en soirée, j’avais besoin d’argent pour le tournage et j’avais besoin d’aller à la compagnie pour discuter et savoir ou nous allions. Donc, je prends ma voiture, je conduis sur Hollywood, sur Sunset et j’arrive sur le parking. Et il n’y avait aucune voiture dans le parking. Normalement, il y avait toujours 40 ou 50 voitures. Donc, je me gare, je marche jusqu’à l’immeuble mais il n’y avait personne. Ils avaient quitté les lieux en plein milieu de la nuit ! Il n’y avait plus de compagnie. C’était comme une ville fantôme !

13/ what is your best and your worst memory on a shoot?

My best memory is on “Mad dog and glory”. When you are on the set, when the camera watch Bill Murray or Robert De Niro, the most talented people alive on the earth and see what they are capable of doing and get paid for it, it’s pretty amazing! Two things I remember, first is with Bill Murray. In “Mad dog and glory”, he played a gangster. Bill liked to do stand up comedy and it’s the part of the fun of his character but the idea was is not funny because he’s a gangster, he’s the boss. You got Bill Murray and he has to get up on stage and be not funny. But it’s Bill Murray! It’s like you have the world greatest violinist to get on the stage and play of keys. It’s a fight against all fibers of his body. So, Bill was really nervous to shoot this scene. Bill resists to not being funny and it’s a work for him. So he get on and he’s really not funny. He’s gonna be great, it was amazing.

The second memory is about Bob De Niro. A scene who is sitting on a bathroom just in underwear with money because he’s supposed to buy Uma Thurman’s character. Anyway, I just remember, he was on the bathroom with the money and we cut and I had a talk to him to explain something but he wouldn’t look up to me because he’s still in the character. He would talk to me and I was talking to Bob De Niro but the character need to sitting there. The camera continues to turn. I’m sitting on the room and I’m watching him. I could see him, I can hear me talking to and I talking to Bob but he can’t look up to me, because is sitting on the toilet next to the money, he’s always on the character. It’s amazing to see somebody who’s got that gift.

My worst memory that I can’t remember is on my second movie “The Borrower”. I worked with a company is going to banqueroute. One day, lately afternoon, I needed money to shoot and I needed to go to the company to discuss and know where’s going on. So, I take my car, I drive on Hollywood, on Sunset and I arrived on the parking lot… And no car on the parking lot. Normally, you have 40-50 cars on the parking lot. So, I parked, I walked to the building but no one here ! They had left on the middle on the night. There is no more company. It was like a ghost town.

Merci beaucoup M. McNaughton.

Thank you very much M. McNaughton.

 

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 24 Août 2015

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Laurent Dallias est le héros musclé de quatre films de Julien Richard-Thomson : Roboflash Warrior (1994) Time Demon (1996) Jurassic Trash (1998) Time Demon 2 (2002). Des comédies fantastique ou d'action, réalisées avec de tout petits budgets en totale indépendance mais qui pour certains d'entre eux sont devenus "cultes". Dans son livre de souvenirs "Mon Cinéma de A à Z" le cinéaste présente Laurent Dallias comme l'un de ses fidèles, comédien de talent et collaborateur précieux multi-casquettes (coproducteur sur Time Demon 2 par exemple). Depuis, Dallias a enchaîné les tournages sans pour autant accéder à la notoriété : des rôles de gendarmes dans des séries comme Plus belle la vie, ou Section de recherche , sans oublier des petits rôles dans des films comme Taxi 4... Rencontre avec un outsider de l'action !

Comment es-tu devenu comédien ?

A l'origine j'ai suivi des cours au Conservatoire d'Avignon, mon rêve était de faire l'acteur au cinéma. A la fin de la formation, avec les autres élèves du cours j'ai réalisé un film d'action intitulé "Rêve d'Héros", j'interprêtais aussi le rôle principal. Nous étions au milieu des années 90... J'ai aussi commencé à jouer dans des pièces de théâtre.

Comment a eu lieu ta rencontre avec Julien Richard-Thomson ?

A peu près à cette période, un ami comédien m'a signalé qu'un réalisateur et son équipe cherchaient des acteurs dans la région pour un projet de film intitulé "Roboflash Warrior" qu'il présentait comme une sorte de parodie. Il recherchait un héros brun et costaud, à cette époque je faisais aussi de la musculation.Je l'ai rencontré à Avignon avec son frère Blaise. Ses références étaient Terminator, Mad Max, mais il avait un budget dérisoire et donc il souhaitait tourner un genre de pastiche. Quand je lui ai demandé s'il avait des véhicules, des engins, il m'a répondu qu'il avait seulement deux motos ! (rires) Mais le courant est bien passé entre nous et j'ai accepté de joeur le rôle de Bruce, un mercenaire amnésique qui voyage dans le temps.

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Comment s'est passé le tournage de ce long-métrage ?

Très bien mais il n'y avait vraiment aucun moyens. L'équipe était très réduite, une demi-douzaine de techniciens, les acteurs avaient été recrutés dans la région. Bien sur il tournait en vidéo et non pas en pellicule cinéma. Le premier jour nous avons tourné une scène à Orange, mon personnage retrouvait un cadavre au volant d'un camion incendié. Julien avait déniché un vieux camion au bord d'une route, tous les décors étaient des décors naturels, dont une magnifique carrière où mon personnage se battait contre des guerrières amazones du futur.

Etais-tu fan de cinéma fantastique ?

De fantastique pas vraiment, je préférais la SF comme Blade Runner, 2001 ou New York 1997... J'aimais aussi beaucoup les films d'action. Comme j'étais costaud j'avais envie de jouer dans des films ou téléfilms des rôles plutôt physiques, des gardes du corps, des flics... Ma collaboration avec Julien m'a permis d'assouvir certaines envies comme jouer des scènes de bagarres ou de poursuites.

Parmi les quatre films que tu as fait avec Julien, quel est ton préféré ?

Time Demon 2 est celui dans lequel je me suis le plus investi, puisque outre le rôle principal j'avais d'autres casquettes, comme coproducteur. J'ai beaucoup travaillé sur ce projet, j'ai réuni une grande partie du casting par exemple. Mais le film que je préfère est sûrement Jurassic Trash car en tant qu'acteur, jouer un double-rôle est très intéressant. Je jouais à la fois le garde-champêtre et un clown tueur, en fait deux frères à l'opposé. Je me suis bien éclaté.

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

T'attendais tu à ce que ces films aient une carrière et deviennent "cultes" aux yeux de certains ?

Je pensais que Time Demon allait être assez populaire car il y avait des stars du X au casting, c'était à la mode à l'époque et d'ailleurs nous avions eu plusieurs reportages à la télé, sur Canal Plus et dans la presse... La diffusion du film a été plutôt modeste. Je pensais aussi que Time Demon 2 allait fonctionner car le casting était de bonne qualité, il y avait des acteurs qui tenaient bien la route et aussi pas mal de décors et de scènes d'action. Je misais moins sur Jurassic Trash mais en fait, aujourd'hui c'est mon préféré, c'est le plus abouti. Je l'ai vu en salle de cinéma et le public était plié de rire, c'est une comédie qui fonctionne très bien.

Julien Richard-Thomson est il un metteur en scène très directif ?

Je ne dirais pas ça, bien sûr il sait ce qu'il veut, mais il écoute aussi beaucoup ses techniciens ou ses acteurs. On peut proposer des idées, faire des suggestions et quand ça lui plaît il accepte sans aucun problème. C'est quelqu'un de très pragmatique.

Est-ce plus difficile de jouer dans un film fauché que dans une grosse production ?

D'un côté c'est plus facile car avec une petite équipe on tourne plus vite, on reste dans le personnage. Mais c'est aussi moins confortable, on se sent moins protégé, le stress est plus important. Bref c'est plus précaire, disons qu'il faut aimer l'aventure. En tous cas participer à ce genre de tournages a été formateur pour moi.

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Quelques anecdotes ?

La plus mémorable a été l'irruption de vrais policiers sur le plateau de Time Demon 2 pendant la scène de braquage d'un supermarché. Les comédiens qui jouaient les malfrats ont failli mourir ce jour là ! (rires) Dans ce film il y a eu pas mal de scènes d'action, assez physiques, j'ai terminé le tournage épuisé. Sur Jurassic Trash j'ai souffert le martyr avec les chaussures de clowns qui m'écorchaient les pieds, une torture ! Sur tous ces films il y a eu de nombreuses pannes et incidents, dûs au manque de moyens. Je me souviens que sur Time Demon, Julien avait une caméra défectueuse il devait la démarrer en la dirigeant vers le ciel sinon elle refusait de filmer.

As-tu d'autres projets avec Julien Richard-Thomson ?

Oui il a écrit un film que je trouve très réussi, où je joue un petit mafieux, un gars au bas de l'échelle du crime. Ses collègues malfrats le considèrent comme moins que zéro mais un jour il se rebelle et décide de prendre sa retraite en réclamant les acquis sociaux qui lui sont dûs. Mais dans le monde du crime demander à bénéficier de congés payés ou d'une retraite, ça ne se fait pas... Cela se déroule à Marseille mais c'est un peu à la manière des comédies noires des frères Coen, le rôle est très intéressant. Le soucis c'est que Julien a le plus grand mal à trouver les moyens pour produire ses films, malgré son talent et son obstination. Et le cinéma ça coûte cher !

Merci beaucoup à Laurent Dallias pour cet entretien et à Julien-Richard Thomson pour son aide plus que précieuse.

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 3 Mars 2015

INTERVIEW : JESSICA CAMERON

Actrice, réalisatrice, productrice, Jessica Cameron est une autodidacte qui, devant le manque de prise de risque de l'industrie du cinéma, a décidé de monter sa propre maison de production afin de réaliser les films qu'elle rêvait de voir. Retour sur un parcours atypique et sur des projets passionnants.

Actress, director, producer, Jessica Cameron is a self-taught, with the lack of risk taking in the film industry, decided to start his own production company to achieve the movies she dreamed of seeing. Return on an unusual career and exciting projects.

1/ Votre premier travail était designer dans la mode, quand et pourquoi avez-vous décidé de lancer votre carrière dans le cinéma ?

Je n’ai pas decidé, ça c’est imposé à moi d’une certaine manière. Lorsque je travaillais dans la mode, on m’a dit que je parlais trop vite et comme je ne pouvais pas trouver de classe pour améliorer cela, un de mes supérieurs m’a suggéré d’aller dans un cours de comédie et ensuite « de parler plus lentement autour de gens stupides ». Je suis tombé amoureuse de l’art de l’acting dans ces classes et j’ai rapidement commencé à passer tout mon temps libre à prendre des cours, aller à des répétitions, etc.. Après quelques années, j’ai terminé toutes les classes et j’ai commencé à réfléchir afin de lancer ma carrière à temps plein.

1/ Your first job was fashion designer, when and why did you decide to launch your career in cinema?

I didn't decide, it was forced upon me in a way. While working at the fashion company they decided that I spoke too fast and when I could not find a speech class that would help one of my superiors suggested I take an acting class and then "talk slower around the stupid people". I fell in love with the art of acting in those classes and pretty quickly started spending all of my spare time doing anything I could, taking classes, rehearsing, etc. After a few years I had completed every class and started plotting to make it my full time career.

2/ Pourquoi avez-vous décidé de jouer dans des films d'horreur ? Qu'aimez-vous dans ce genre de films ?

Le genre horrifique m’a trouvé. Quand j’ai commencé à être actrice à plein temps, je voulais juste auditionner pour des films que je trouvais intéressant et avec des personnes que je respectais, peu importe le genre. J’habitais dans le Midwest à cette époque et la majorité des films qui étaient realisés étaient des films d’horreur, vous n’avez pas besoin d’avoir un gros budget pour faire ces films. Alors je me suis rapidement retrouvé à beaucoup travailler sur des films d’horreur. Ce qui est genial car c’est le genre que je préfère regarder et aussi dans lequel je préfère jouer. Pour moi, c’est plus fun de jouer dans un film d’horreur, c’est l’ultime challenge d’un acteur, faire croire au public que l’impensable est entrain de se produire à l’écran est difficile.

2/ Why did you decide to play in horror movies? What do you like in this kind of films?

The horror genre found me, when I started doing acting full time I just wanted to audition for any role that I found interesting with people that I respected. I was based in the midwest at the time and the majority of the films that were being made were horror films, you don't have to have a huge budget to make them which is why. So I quickly found myself working a lot in the horror genre. Which is great because its my favorite genre to watch and work in. For me its more fun to act in a horror film since its the ultimate acting challenge, to make the audience believe that the unthinkable is happening on screen is hard.

INTERVIEW : JESSICA CAMERON

3/ Vous êtes souvent qualifiée de Scream Queen. Aimez-vous ce qualificatif ? Y'a t'il des actrices qui vous ont inspiré ou que vous aimez ?

Je pense qu’obtenir du credit dans cette industrie est incroyable. J’aime le terme de « Scream queen » mais je ne crois pas que l’on devrait s’auto-étiquetter. Je pense que c’est un qualificatif qui doit être donné par ses pairs ou par la presse. Il y a trop de filles qui font un seul film et qui s’étiquettent elle-même de ce terme. De mon point de vue, cela devrait être réservé à celles qui excellent dans le genre horrifique, ce que je fais. Une de mes principales inspirations est Jamie Lee Curtis qui est la « Scream Queen » originale. Je respecte son travail et son cheminement de carrière qui l’a fait traverser plusieurs décennies dans tous les genres.

3/ People say that you are a scream queen. Do you like it? Is there other actresses’ horror that inspired you or that you like?

I think to get any credit in this industry is amazing. I love the term scream queen, though I don't believe that one should self label themselves it. I think it should be a term that is determined by peers and press. There's just far too many girls who do one movie and then self label themselves the term. In my opinion it should be reserved for those who excel in the horror genre, which is what I do. One of my main inspirations is Jamie Lee Curtis who is the original Scream Queen, I respect her work and her career path which has spanned over many decades and across all genres.

4/ Vous avez créé votre propre maison de production. Est-ce pour développer plus de rôle pour vous-même ?

J’ai créé ma propre société mais ce n’est pas pour me créer plus de rôles. C’est pour réaliser plus de films d’horreur originaux. J’étais, comme une fan d’horreur, malade de voir tous ces remakes et reboots. Je voulais de nouvelles histoires, de nouveaux personnages, de nouveaux films à regarder. Alors j’ai créé ma propre société pour créer ces films que je voulais voir mais qui n’était fait nulle part ailleurs.

4/ you have created your own producing company. Is it to develop more of role for you?
I do have my own company but its not about making more roles for me. Its about making more original horror films. I, as a horror fan, was sick of seeing remakes and reboots. I wanted NEW stories, NEW characters, NEW movies to watch. So I created my own company to make those films that I wanted to see that were not getting made elsewhere.

5/ Que pensez-vous de la place des femmes dans les films d'horreur ?

Je pense que les femmes sont cruciales dans le genre horrifique, derrière la camera autant que devant. Nous voyons de plus en plus de femmes arriver derrière la caméra et cela a amené des films étonnants. Les sœurs Soska, Jennifer Kent, Jovanka Vuckovic et la liste est longue. Ces femmes ainsi que tant d’autres apportent un nouveau souffle dans le genre horrifique et dans le cinéma au général. Cela permet aussi de mettre des femmes fortes à l’écran et apporter de la fraicheur à des histoires classiques.

5/ what do you think about the place of women in horror movies?
I think that women are crucial to the horror genre, behind the camera as well as in front. As of late we have seen more women getting behind the camera which has lead to some amazing films. The Soska sisters, Jennifer Kent, Jovanka Vuckovic, and the list continues. These women along with so many others are breathing new life into the horror genre and cinema in general. This is also enabling us to get stronger women characters on screen and fresh takes on classic tales.

INTERVIEW : JESSICA CAMERON

6/ Vous êtes très indépendante et vous n'attendez personne pour faire les choses. Cela doit être parfois difficile. Qu'est ce qui est le plus compliqué avec cette façon de faire ?

Faire un film c’est littéralement gagner des centaines de combats. Tous les jours vous vous battez. Vous vous battez pour avoir le casting que vous voulez, vous vous battez pour avoir le scénario que vous voulez, pour avoir les performances que vous voulez, pour avoir l’équipement que vous voulez, le son que vous voulez, etc… Le processus entier est difficile et étonnement, il ne devient jamais plus facile, jamais. Vous devez continuer de vous battre. Mais si c’était plus facile alors tout le monde le ferait !

6/ you are very independent and you don’t wait to another people to do things. I think, sometimes, it’s difficult. What is the most difficult in this method?

Making a film is winning LITERALLY thousands of fights. Every day you fight, you fight to get the cast that you want, you fight to get the script how you want, you fight to get the performances that you want, you fight to get the equipment that you want, you fight to get the sound that you want, etc. The whole process is difficult, and surprisingly it does not get any easier, ever. You just have to keep fighting. But if it was easier then everyone would do it!

7/ Avec "Truth or Dare", vous avez réalisé votre premier film. Désiriez-vous réaliser un film depuis longtemps ?

J’ai toujours sur qu’en tant que fan d’horreur, je voudrais voir cette histoire à l’écran. Je n’avais jamais rêvé pouvoir le diriger meme si je l’avais co-écrit. Mais lorsque nous avons approcher des réalisateurs, nous avons eu des problemes pour trouver un réalisateur qui ne ferait pas baisser le ton du film. J’aimais le scénario, toutes ces choses graphiques qu’il y a dedans et je ne voulais pas que cela soit réduit à l’image. Alors, j’ai decidé d’intervenir et de réaliser le film moi-même pour en préserver l’histoire. Je suis fier de l’avoir fait. En fin de compte, cela a permis de maintenir ma vision.

7/ with “truth or dare”, you have done your first movie. Did you want to make a movie since long time?

I always knew that as a horror fan I wanted to see this story on screen. I never dreamed that I would direct it, even as I co-wrote it. But when we were approaching directors to take it over, we had trouble finding one that would not tone it down. I loved the script it all its graphic glory and did not want to tone it down, at all. So I had to step up and direct it myself to preserve the story. I am glad that I did. In the end it helped maintain my vision.

8/ Que préférez-vous, jouer ou réaliser ?

Je préfère largement jouer que réaliser. C’est plus drôle et honnêtement, c’est moins de travail. En tant que réalisateur, vous devez vivre avec le film pendant des années. En tant qu’actrice, vous jouez dedans et ensuite vous n’avez plus à vous en occuper une fois la promotion terminée. J’ai dit que j’étais une fan d’horreur alors lorsque je tombe amoureuse d’une histoire, je vais tout faire pour voir le film arriver au bout, même si je dois le réaliser.

8/ What do you prefer, play or be a director?

I drastically prefer acting over directing. Its more fun and quite honestly is less work. As a director you have to live with the film for years, as an actor you film it and then don't worry about it till after for promotion. That said I am a horror fan first so when I fall in love with a tale I will do whatever it takes to see the film completed, even if that means directing.

INTERVIEW : JESSICA CAMERON

9/ Quel est votre souvenir préféré sur un tournage ? Et le pire moment ?

Mon souvenir préféré… C’est une question difficile. Il y a tellement de moments géniaux sur un tournage. Plus tôt cette année, j’ai eu la chance de travailler sur un film en Angleterre, “The Tour”. J’adorais le casting et l’équipe sur le tournage. Ils étaient tellement passionnés et intelligents. C’était la première fois que je tournais en Angleterre et j’espère que ce n'était pas la dernière. Les réalisateurs étaient les les personnes plus agréables qui soient et c’était excitant de travailler avec eux (Damon Rickard et Alex Matheison). Le DP, Richard Bell, m’a coupé le souffle. « The Tour » est actuellement en tournée dans les festivals dans le monde entier (NDLR : l'interview a été réalisé en décembre 2014), allez le voir si vous en avez l’opportunité !

Maintenant mon pire souvenir… Hmmmm, c’était recemment, j’ai eu une actrice qui a refusé de tourner la scène finale car elle ne voulait pas travailler ce jour là. C’est l’un de ces moment ou, en tant que réalisateur, vous êtes coincé car la majorité du film a été tourné donc vous ne pouvez pas virer l’actrice et refaire le casting, vous n’avez juste qu’à essayer de préserver l’histoire et sauver le film du mieux possible.

9/ what is your best and worst memory on a set?

My best memory, well this is a tough one. There are so many great moments on most sets.
Earlier this year I got the chance to work on a film in England, The Tour. I loved the cast and crew on this set. They were so passionate and intelligent. It was my first time filming in England, and hopefully not my last. The directors were the nicest people, and so amazing to work with (Damon Rickard and Alex Matheison). The DP (Richard Bell) took my breath away. The Tour is currently (NDLR : interview was done on december 2014) making its rounds at film festivals around the world, please go and see it if you get a chance!

Now the worst moment…. Hmmmmm. It was recent, I had an actress who refused to film her final scene of the film because she didn't want to work that day. It was one of those moments as a film maker where you get backed into a corner since the film was majority shot so you can't fire the actress and recast, you just have to try and preserve the story and salvage the film as much as possible.

10/ Vous allez réaliser un autre film "Mania". Pouvez-vous en parler ?

Nous venons juste de finir celui-ci. C’est le second film que je réalise et c’est une histoire que j’aime. C’est une foutue histoire d’amour lesbienne, comme l’a écrit un critique, c’est « Thelma et Louise » qui rencontre « Harry : Portrait of a serial killer ». Nous l’avons réalisé en voyageant à travers les Etats-Unis dans le cadre d’une aventure qui s’étalera sur trois films. Nous avons tourné deux films, "Mania" et "Désolation", lorsque nous avons voyagé durant 3 semaines dans tous les Etats-Unis et documenté le processus avec un long documentaire appellé « Kill the production Assistant ». C’était un vrai challenge et je n’en peux plus d’attendre de montrer au monde ce que l’on a fait !

10/ you will make another movie: “Mania”, can you talk about it?
We just wrapped filming on this one. It was my second directing gig, and a story that I love. Its a fucked up lesbian love story, as one reviewer wrote its "Thelma and Louise" meets "Henry: Portrait of a Serial Killer". We shot it while traveling across the United States as part of our 3 film adventure. We shot two feature films, Mania and Desolation while traveling across the United states over 3 weeks, and documented the process for a feature length documentary called Kill The Production Assistant. It was very challenging but I can not wait to show the world what we did!

Merci beaucoup, Jessica.

Thank you very much, Jessica.

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 8 Février 2015

INTERVIEW : CORTNEY PALM

Pour fêter la sortie de la très fun comédie horrifique "Zombeavers" dans nos contrées, le 17 février prochain, je me suis entretenu avec l'actrice principale du film : Cortney Palm à propos de son rôle dans le film ainsi que des conditions du tournage amusantes mais difficiles. Retour aussi sur ses précédents films : "Sushi Girl" et "Silent Night".

To celebrate the release of the funny horrific comedy "Zombeavers" in France, on february 17th, I spoke with the main actress of the movie : Cortney Palm about her role in the movie and about funny but difficult shooting conditions. Return also on her previous movies : "Sushi Girl" and "Silent Night".

1/ Le premier film dans lequel je t’ai vu est “Sushi Girl”, comment as-tu eu ce rôle ?

Je n’avais pas d’agent ou de manager à l’époque et je naviguais sur « La Casting », un site de casting pour acteurs, et j’ai soumis ma candidature pour le rôle. L’étape suivante a été de me rendre à une audition. J’étais tellement en colère contre moi-même après l’audition, pensant que j’avais tout gâché, que j’ai mangé une grande quantité de frites, pour compenser le stress, sur le trajet du retour. Ensuite, j’ai entendu que j’étais rappelé pour un second rendez-vous et j’étais tellement excitée, je pensais vraiment avoir échoué. Mon troisième rappel était pour voir si je pouvais me mettre nue, alors avec le réalisateur et les producteurs dans la pièce, je leur ai montré que je pouvais le faire.

1/ the first movie I saw with you was "Sushi Girl", how did you get this role?

I did not have an agent or manager at the time and I was browsing La Casting, a casting site for actors, and I submitted for the role. The next thing I did was go in for an audition. I was so mad at myself after the audition, thinking I blew it, and was stress-eating chips on my drive home. I heard I had a callback and was so excited and I really felt like I nailed it. My third call-back was to see if I would get naked, so with the director and producers in the room I showed them that I could.

2/ Tu devais être excitée de jouer dans un film avec des legendes telles que Tony Todd, Mark Hamill et Michael Biehn ?

Au départ, c’était un petit film et le seul vrai nom attaché au projet était celui de Tony (Todd), puis j’ai entendu que de nouveaux castings auraient lieu après que nous ayons eu une terrible répétition et que deux acteurs aient été virés. Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Mark Hamill ou Noah Hathaway avant que nous ne soyons sur le plateau de tournage ! Mais j’étais très fier d’avoir travaillé avec chacun d’eux. Sony Chiba est incroyable, c’est un acteur expérimenté. C’était un honneur. J’ai meme eu le plaisir de travailler à nouveau avec Jimmy Duval et Andy Mackenzie.

2/ you had to be excited to play with movie legends like Tony Todd, Mark Hamill and Michael Biehn?

The movie was small at first and the only real name attached was Tony's, then I heard some re-casting went on after we had a terrible table read and two actors were fired. I didn't get to meet Mark Hamill or Noah Hathaway until we were on set shooting! But I was so glad to have worked with everyone. Sony Chiba is incredible, and everybody is a very seasoned actor. It was an honor. I even had the pleasure to work with Jimmy Duval and Andy Mackenzie again!

INTERVIEW : CORTNEY PALM

J’adore interpréter des rôles physiques, tourner des scènes d'actions. C’est le type de rôle que j’ai envie de jouer comme Kate Beckinsale dans « Underworld » et Angelina Jolie dans « Tomb Raider ».

Cortney Palm

3/ Quels souvenirs gardes-tu du tournage de “Sushi Girl” ?

Mon souvenir préféré est quand j’ai retiré ma robe pour la scène d’ouverture et que j'avais une longue chaussette en nylon de plus d’un mètre collé au niveau de mon estomac pour faire rire tout le monde. Vous pouvez voir les images sur le bêtisier du DVD.

3/ what memories do you keep from the shooting of “Sushi Girl”?

My favorite memory is when I de-robed in the opening scene and had a 4-foot long stuffed nylon sock taped to my stomach in order to make everyone laugh. You can see the footage on the outtakes in the DVD.

4/ Tu as fait beaucoup de theatre classique avant de faire du cinema. Pourquoi as-tu décidé de jouer dans des films d’horreur ? Aimes-tu ce genre en tant que spectatrice ?

J’adore regarder des films d’horreur. Je suis effectivement, en quelque sorte, tombée dans ce genre dans le monde du cinéma. Mais je suis capable de beaucoup plus, pas seulement dans l’horreur.

4/ You made a lot of classical theater before. Why did you decide to play in horror movies? Do you like scary movie?

I absolutely love watching horror films. I actually just sort of fell into the genre in the film world. I am capable of much more as well, not just horror.

5/ Dans le très bon slasher “Silent Night”, tu as une scène très physique, stressante, fun et gore. Comment te sentais-tu après avoir été étouffée, éjectée d’une fenêtre, t’être fait couper une jambe pour finir dans un broyeur ?! As-tu réalisé les cascades toi-même ?

J’ai fait toutes les cascades dans « Silent Night ». C’était très amusant et je me sentais en sécurité car le père Noël tueur était aussi le coordinateur des cascades. L’équipe des effets spéciaux a mis une grande quantité de sang sur mon corps dans le broyeur à bois et quand Steven C. Miller a crié « Action », je ne pouvais pas bouger. Ma poitrine était collée sur le métal à cause du sang ! J’ai du me verser de l’eau dessus pour réussir à bouger. J’adore interpréter des rôles physiques, tourner des scènes d'actions. C’est le type de rôle que j’ai envie de jouer comme Kate Beckinsale dans « Underworld » et Angelina Jolie dans « Tomb Raider ». J’aime utiliser mon corps, faire des cascades et être très physique.

5/ In the very good slasher « Silent Night », you have a very physical, stressful, fun & gory scene. What was your feeling after being muffled, jump through a window, have a cut leg and finished in a crusher? Have you realized the stunts yourself ?

I did all of my own stunts in Silent Night. It was very fun, and I felt safe because the killer santa was actually the stunt coordinator. The FX team had put a lot of blood on my body and on the wood chipper and when Steven C Miller yelled "ACTION" I couldn't move. My bare chest was stuck to the metal because of the blood! I had to get water poured on me in order for me to move! I love performing roles that require alot of action, that is the type of role I am meant to do. Much like Kate Beckinsdale in Underworld and Angelina Jolie in Tomb Raider. I love to use my body, do stunts, and be very physical.

INTERVIEW : CORTNEY PALM

C’est un très bon divertissement fait pour s’assoir devant et rigoler. Au minimum, respectez ça. Hollywood ne nous a pas seulement « jeter de l’argent », nous avons eu à travailler pour que le film se fasse. (à propos de Zombeavers).

Cortney Palm

6/ Tu es une des actrices principales de “Zombeavers” qui sort actuellement en France. Peux-tu décrire ton personnage ?

Zoé est une fille à l’esprit libre qui fait vraiment attention à son amie, Mary. Elle aime passer du bon temps et ne pas récupérer la merde des autres. Je suis proche de Zoé mais elle est capable de se lâcher plus que moi et c’est très amusant.

6/ You are a main actress of « Zombeavers » which is currently broadcast in France. Can you describe your character ?

Zoe is a free-spirited girl who truly cares for her friend, Mary. She loves to have a good time and doesn't take any crap from anybody. I am very much like Zoe, but she was able to let loose more, and that made it fun.

7/ Votre personnage n’est pas l’amie parfaite pour les autres filles. Etais-ce amusant de jouer un personnage comme celui-ci?

Je pense que Zoé fait vraiment attention à Mary mais ne veut jamais le montrer à cause de son côté sauvage. Mary arrive à l’apprivoiser un peu mais Zoé marche sur les autres filles et elle aime ça. Mais enfoui profondément, elle a une grande amitié pour Mary et c’est la raison qui rend la perte de ses amies si difficile.

7/ Your character is not the perfect friend for the other girls! Is that funny to play a character like this?

I think Zoe really cared about Mary, but never wanted to show it because she has such a wild side. Mary tames her down a bit, but she gets to walk all over the other girls and she likes that. But deep down she has a profound friendship with Mary and that's what makes the loss of her friends so hard.

8/ L’histoire du film est complètement folle. Qu’avez-vous aimé dans le scénario pour accepter le rôle ?

Honnêtement, j’ai tellement aimé Zoé que je voulais jouer ce personnage. J’ai trouvé que le scénario était hilarant, bien écrit et je pouvais imaginer comment l’histoire allait être tourné lorsque j’ai lu le scénario. Je ne pouvais pas refuser.

8/ The story of the movie is completely crazy. What did you like in the scenario to accept the role ?

Honestly, I just loved Zoe so much that I wanted to play the character. I thought the script was hilarious and well-written and I could imagine the story being shot as I read the script and couldn't turn it down.

 

INTERVIEW : CORTNEY PALM

9/ En France, le concept original fait que “Zombeavers” est comparé, par des gens qui n’ont pas vu le film, avec des series Z comme “Sharknado” mais le film est meilleur que ça. Qu’aurais-tu envie de dire aux personnes qui ont ce genre d’opinions à propos de « Zombeavers » ?

“Zombeavers” est un film que vous ne pouvez pas prendre trop au sérieux. Enormément de personnes ont travaillé sur ce film et ils ont travaillé très dur. Ce que les gens ne voient pas est que les personnes qui s’occupaient des marionnettes se gelaient les fesses dans l’eau froide pour manipuler les marionnettes de castors zombies. Les gens ne savent pas à quel point l’eau était froide pour nous, les acteurs qui devaient nager dedans. Ils ne savent pas la diificulté que c'est quand vous tournez depuis 6 heures dans la nuit, le froid, à moitié nue, couverte de sang. L’équipe en charge des effets spéciaux qui ont fait ensemble toutes les prothèses, l’équipe technique, le département maquillage, c’était un travail très dur pour tous avec à peine quelques effets spéciaux numériques. Le public devrait, au minimum, s’assoir, se taire et juste rigoler. Nous avons passé un bon moment à tourner le film, j’ai aimé tous les gens impliqués, nous avons travaillé dur que cela se voit ou non. C’est un très bon divertissement fait pour s’assoir devant et rigoler. Au minimum, respectez ça. Hollywood ne nous a pas seulement « jeter de l’argent », nous avons eu à travailler pour que le film se fasse.

9/ In France, the funny concept do that « Zombeavers » is compared (by people who haven’t seen the movie) with Z-movies like “Sharknado” but the film is better than that. What would you like to say to people who have this kind of opinions about “Zombeavers”?

Zombeavers is a movie that you can't take too seriously. So many people worked on this film and they worked very hard. What people don't see is, the puppet masters freezing their butts off in the cold water holding up the Zombeaver puppets. The audience doesn't know how cold the water was for us actors to swim in, how cold it got at night when we are up until 6am shooting, freezing, half-naked, covered in blood. The special effects make-up team that put together all the prosthetics, the camera crew, the make-up department, it is all very hard work and barely any CGI. The audience should, at the very least, sit back, shut up and just laugh. We had a great time shooting the film, I loved everyone involved, and we literally worked our asses off whether it shows or not. It's a great film to just sit back and laugh at. The very least, respect it. Hollywood didn't just "throw us money" we had to work to get the film made.

10/ “Zombeavers” est fun, gore, sexy et a de bons dialogues ainsi que plusieurs trouvailles et idées. Quelle était la scène la plus agréable à tourner, pour toi ?

J’ai aimé tourner toutes les scènes. Mais du fait que j’aime pleurer, ma scène favorite est lorsque je crie après Sam car il a tué mon chien. Tous les autres membres du casting avaient une blague qui a duré à propos de cette scène car sur quelques prises mon accent était trop prononcé, alors ils rigolaient et disaient « Mah Dawg » (ndlr : « Mon chien ») avec un fort accent du sud. Nous avons eu de bons moments à se moquer un peu du jeu de tout le monde.

10/ « Zombeavers » is fun, gory, sexy and have good dialogues and many finds & ideas. What was the most enjoyable scene to shoot, for you?

I liked shooting everything. But for some reason I love crying, so my favorite scene was when I was yelling at Sam because he killed my dog. All the cast members had an ongoing joke about that scene because in a few takes my accent was so strong they kept laughing and saying "Mah Dawg" with a strong southern drawl. We had good times poking fun at some bit of everyone's acting!

INTERVIEW : CORTNEY PALM

11/ Quels sont tes prochains projets ? J’espère plusieurs autres films d’horreur pour te retrouver à nouveau sur ce blog !

Je travaille actuellement sur un projet intitulé « Bond : Kizuna » dans lequel je joue un détective qui devient un assassin ! J’ai aussi tourné dans un film qui sortira cette année et qui s’appelle « Hellevator Man » qui est un segment d’une anthologie horrifique réalisé par Vincent Guastini, la personne qui a fait les effets spéciaux sur Sushi Girl et produit par Jennifer Blanc-Beihn et Michael Biehn avec Jimmy Duval et Andy Mackenzie. C’est comme une petite réunion « Sushi Girl » !

11/ What are your next projects? I hope many other horror movies to find you again on this blog!

I am currently working on a project called Bond: Kizuna where I play a lead detective turned assassin! I also have a film coming out this year called Hellevator Man, which is a part of a horror anthology directed by the Sushi Girl SFX make-up guy Vincent Guastini and produced by Jennifer Blanc-Beihn and Michael Biehn with Jimmy Duval and Andy Mackenzie. Its like a little Sushi Girl reunion!"

Merci beaucoup, Cortney !

Merci ! Merci pour votre temps !

Thank you very much, Cortney !

Merci! Thank you for your time!

 

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 13 Janvier 2015

Ce blog étant spécialisé dans les interviews et les rencontres avec les artistes qui vous font trembler, voici le sommaire des entretiens pour une recherche plus rapide !

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 12 Janvier 2015

INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

Il y a déjà plusieurs semaines qu'était prévu mon entretien (le troisième !) avec Jean-Marc Vincent afin de parler de son nouveau film : "Jeu de rôle" que j'ai eu la chance de voir en avant première.

Quelques jours avant l'interview, l'attentat à Charlie Hebdo a lieu mais pas question de reculer ni d'occulter l'évènement. Connaissant l'humanité du réalisateur, il fallait donc, en préambule, aborder le sujet avant d'en venir à des sujets infiniment plus agréables et pourtant sérieux : le cinéma, l'écriture du scénario et le tournage de "Jeu de rôle". Une interview ludique, drôle et grave à la fois.

Photo : © Sylvie Noisette

1/ Cette interview a lieu quelques jours après les évènements qui ont lieu à Charlie Hebdo (et ailleurs par la suite). En tant qu'artiste, quel a été ton sentiment lorsque tu as appris la nouvelle ?

Tout d’abord en tant que Citoyen : une énorme envie de vomir. Parce que même si j’ai toujours été conscient que notre société n’a jamais été totalement oubliée par les menaces terroristes diverses, je ne pensais pas qu’elles frapperaient aussi durement notre sol, en touchant un symbole aussi fort de notre Liberté d’Expression. Bien sûr, les terroristes portent bien leur nom. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, les martyres que nous garderons en mémoire n’ont pas eu envie de faire la prière Musulmane avant de passer dans l’au-delà. Nos morts à nous sont Laïcs et Républicains. En cela, les salopards ont totalement échoué. Ils n’ont pas bouleversé nos valeurs. Ils les ont renforcées. En tout cas pour l’instant.

Ensuite, en tant que parent : je me suis dit "Est-ce là le monde que je voudrais pour mes enfants ? " Et n’en déplaise à certains, j’ai envie qu’elles s’épanouissent dans une société où elles pourront sortir sans craindre pour leur vie ou leurs idées.

Enfin la tristesse : une sorte de grand malaise que je pourrais traduire par "tout ça pour ça", en songeant à ceux, qui, de Voltaire à Desproges, de Rushdie à Diderot (pour ne citer que ceux-là) ont travaillé durement, parfois au péril de leurs vies, pour nous éclairer vers des routes menacées par l’obscurantisme de tous poils.

Tu vois, c’est l’homme qui s’est pris ça dans la gueule, bien avant que l’artiste n’ait envie de se manifester...

2/ Penses-tu que cela peut amener à une auto-censure, volontaire ou non, de la part des artistes ?

Jamais. En tout cas en ce qui me concerne. Ce métier, car c’en est un, et je n’hésites jamais à le rappeler, car beaucoup s’imaginent à tort que ce n’est qu’un hobby, est tellement difficile (pour des raisons de concurrence, des raisons économiques par exemple...) que je ne vais pas m’auto-censurer ! Et puis probablement par orgueil aussi, car si c’est pour faire dans le tiède, le simpliste, céder à la complaisance et au vide de sens, j’avoue que je ne perdrai autant d’énergie, sans compter que ça risquerait de me lasser. J’ai besoin d’être fier de ce que je fais, sinon je ne peux pas le "vendre" aux autres. Bien entendu, "un film n’a jamais guéri le cancer... ", comme le dit un jour un de mes "mentors". Mais la Culture est un excellent remède à beaucoup de maux.

Certes, il y a des sujets dans la société qui me touchent tellement que je ne vois pas, aujourd’hui, pas comment les traiter dans mes projets de manière mature et responsable. La pédophilie, l’inceste, l’intégrisme religieux (de quelque confession que ce soit) sont autant de sujets absents de mes désirs artistiques. Mais lorsque je serai prêt, qui sait, j’aborderai peut-être cela... ou pas !

Les martyres que nous garderons en mémoire n’ont pas eu envie de faire la prière Musulmane avant de passer dans l’au-delà. Nos morts à nous sont Laïcs et Républicains. En cela, les salopards ont totalement échoué. Ils n’ont pas bouleversé nos valeurs. Ils les ont renforcées. En tout cas pour l’instant.

Jean-Marc Vincent

© Jean-Marc Vincent

© Jean-Marc Vincent

3/ Parlons de tes projets, Après deux long métrages, tu es de retour avec un court métrage "Jeu de rôle". Pourquoi ce choix de format?

Un réalisateur qui ne tourne pas c’est comme un jockey sans cheval. Il se sent nul, inutile et frustré. A part des films d’entreprises ou des clips institutionnels, je n’ai rien tourné depuis Eject en 2010. Et j’étais en manque de raconter une histoire. Bien entendu, j’ai écrit pas mal de scénarios depuis 2010, des longs, des courts et des projets de séries TV, mais rien de réalisé. Donc avec un ami réalisateur, Bertrand Boutillier (qui est le monteur de tous mes courts métrages et d’Eject aussi), nous nous sommes lancés une sorte de pari : "Et si on faisait chacun un film avec les mêmes contraintes... Une journée de tournage, deux acteurs, le même matériel (lumière et caméra), le même nombre de collaborateurs (6 personnes, en incluant les acteurs) et surtout un budget de moins de 500 €..." Comme dans mes archives je n’avais rien de concrètement écrit qui rentre dans ce cahier des charges minimaliste, je me suis mis deriière mon ordi. Et c’est ainsi que deux heures plus tard j’avais la première version de Jeu de Rôle. C’est Hubert Chardot, mon vieux complice d’écriture (80% de tout ce que j’ai écrit, co scénariste de Wolfpack, Faux Départ, Lady Blood – et le scénario original c’était de la bombe) qui m’a glissé à l’oreille (facile pour lui, on était au téléphone) avant que je commence à écrire Jeu de Rôle "Un jeu d’échecs... la mort... bla bla bla... " Donc pour ça, et parce que je l’aime bien, outre le fait que je suis honnête, il a 10% de droits d’auteurs sur l’idée originale du scénario.

La version 2 est arrivée quelques jours plus tard, car comme d’habitude j’ai fait lire la version 1 et certains trucs n’étaient pas clairs. Donc zou !!! Au boulot pour préciser, couper, alléger, fluidifier le récit. Une balade avec un ami producteur dans les environs de chez moi m’a emmenée dans un lieu historique où les pierres de taille sont parsemées de graffitis, certains remontant à la 2e Guerre mondiale. Et hop ! J’en ai trouvé un que j’ai intégré au récit. D’ailleurs, j’ai même remodelé mon histoire pour raconter l’histoire de ce graffiti, et de celui qui l’avait fait. A ce moment-là, j’ai même failli appeler le film "Mémoire de nos pierres", en pensant au film d’Eastwood "Mémoire de nos pères", mais fort heureusement, faire un jeu de mots débile sur un sujet pareil ne m’a pas plu très longtemps !

La version 3 (la dernière, je dis ça à l’intention des lecteurs impatients) a été rédigée à 3 jours du tournage, pour des raisons essentiellement "pratiques", puisqu’à ce moment là je savais qui allaient interpréter mes personnages, quel serait mon (mes) décors(s) et de quelles ressources (humaines et matérielles) je disposerais...

4/ Comment t'es venue l'idée du scénario de "Jeu de rôle" ?

Je me suis rendu compte de deux choses qui me paraissent importantes. Et ce sont deux personnes très précises qui m’ont dit ça...

Il y a un an environ, j’ai déjeuné avec Jean-Hughes Anglade, un acteur que j’ai envie de qualifier de "sensible", et nous parlions de la difficulté de mettre en chantier des projets ambitieux. Il m’a dit : "Je sens l’ambition dans tous tes projets. Maintenant il faut que tu aies les moyens de tes ambitions."

Ensuite, j’ai rencontré il y a quelques mois une femme extraordinaire, elle aussi "sensible", qui m’a ramené à des pensées moins futiles que celles qui me préoccupaient jusque là. De ces belles personnes que l’on ne rencontre, finalement, que quand on est prêt à les recevoir avec sincérité, simplicité et évidence pour le coeur. Et bien ces deux-là m’ont permis de comprendre que pour avancer, il faut trouver son rythme, le tenir, surmonter les obstacles, corriger ses erreurs, et continuer.

Enfin, je suis tombé brutalement malade, et j’ai pour la première fois de ma vie eu peur de mourir. Bon, maintenant ça va mieux, j’ai été pris en charge par une équipe géniale et je suis sorti d’affaire. Mais pendant quelques semaines j’ai quand même bien flippé ma race !

Donc en appliquant tout ça dans mon métier, j’ai eu envie de raconter une histoire simple, facilement réalisable car faisable sans beaucoup de moyens, tout en restant très personnelle, et dont la portée serait universelle. Or, si la vie peut prendre chez chacun une tournure particulière, la mort est un principe qui met tout le monde sur le même plan d’égalité. J’ai donc très simplement eu l’idée d’un homme condamné qui va rencontrer une femme lui servant de "passeur" vers l’au delà. Le reste, le jeu d’échecs au centre du scénario, le graffiti qui ouvre et clôt le film, ce sont des trucs de scénariste pour placer des repères visuels au drame qui se joue entre mes deux personnages.

J’ai même failli appeler le film "Mémoire de nos pierres", en pensant au film d’Eastwood "Mémoire de nos pères", mais fort heureusement, faire un jeu de mots débile sur un sujet pareil ne m’a pas plu très longtemps !

Jean-Marc Vincent

© Jean-Marc Vincent

© Jean-Marc Vincent

5/ Pourquoi était-il important pour toi que cette histoire d’homme face à la mort ait lieu et soit causée pendant et par la guerre ?

La guerre est un évènement provoqué par les hommes. Elle cristalise les peurs, les doutes, les espoirs aussi de l’espèce humaine. La guerre est un formidable accelérateur des pulsions humaines. Je ne porte jamais de jugement moral sur les causes ou les conséquences de la guerre, dans mes histoires. J’utilise la guerre comme un contexte. Et dans ce contexte, mes personnages se débattent, autant qu’ils se combattent, pour atteindre leur destinée. Alors peut être par habitude (c’est pas nouveau, chez Hubert Chardot moi-même, de raconter des histoires situées dans ce contexte particulier), mais le fait d’ouvrir le film par des bruitages de guerre et de le clore par un graffiti réalisé en 1944, ça s’est imposé tout de suite.

6/ Ce film mélange fantastique et histoire. C‘est une sorte de mix de tes deux genres préférés, finalement ?

Oui, totalement. Après le tournage, j’ai montré une version du montage à ma fille de 16 ans (qui a vu tous mes films) et elle m’a dit : "Ben toi qui voulait sortir du genre après Eject, tu viens de refaire encore un film de mort-vivant !" Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Elle a raison. C’est un film de mort vivant, mais ce n’est pas un film de zombie.

Jules César disait que l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Ce qui sous-entend que, par essence-même, on ne retient d’elle que ce qui favorise une partie de ceux qui la vivent, quand ça les arrange. On la réécrit de façon à plaire à une portion seulement de ses composantes. L’Histoire est par conséquent scénarisée. Donc en qualité de scénariste, je pioche dans l’Histoire parce qu’elle est un terreau dramaturgique formidable. Chacun son truc, mais ça c’est vrai, c’est le mien, et celui d’Hubert Chardot aussi.

Le fantastique, c’est lié à ma facination pour les "monstres", qu’ils soient réels – Hitler ou Staline sont appelés des monstres – ou imaginaires. Ensuite tu appliques simplement un des principes d’Alfred Hitchcock : tu places des gens ordinaires dans des situations extraordinaires et voili voilou...

7/ La photographie du film rend l'ambiance très intriguante et parfois onirique, avec quel matériel avez-vous tourné ?

L’histoire de Jeu de Rôle se situe sur 70 ans (1944 à maintenant) mais dans un lieu unique. Et comme j’ai tourné chez moi, je n’avais pas envie de foutre le bordel durablement dans mon salon. J’ai donc opté pour un plan-lumière très simple : un projo en hauteur pour donner l’impression d’une ouverture de type "fenêtre" et un feu de cheminée pour ramener de la lumière sur la face des acteurs. Au final, une mandarine de 800w, une feu de cheminée réél et une petite lampe torche pour maintenir un peu en diaph‘ quand le feu s’éteignait. C’est chiant les feux de cheminée. D’habitude on utilise de faux feux de cheminée alimentés au gaz, mais là on a fait dans le vrai de vrai.

J’ai utilisé une caméra BlackMagic 4K. Une machine très efficace dans des conditions de basse lumière. Et pour le coup, vu le peu de light que j’avais, ça tombait bien !

Comme tu le fais remarquer, je voulais en effet une lumière "onirique", c’est à dire non réaliste. Je souhaitais aussi que mon personnage masculin soit peu à peu touché par la lumière (le vieux cliché de la lumière quand on passe de vie à trépas). Tandis que la femme, qui incarne l’ange de la mort, est beaucoup plus dans la lumière, et cela dès le début du film.

Si la vie peut prendre chez chacun une tournure particulière, la mort est un principe qui met tout le monde sur le même plan d’égalité. J’ai donc très simplement eu l’idée d’un homme condamné qui va rencontrer une femme lui servant de "passeur" vers l’au delà.

Jean-Marc Vincent

© Jean-Marc Vincent

© Jean-Marc Vincent

8/ Etant donné qu'il n'y a que deux personnages, il fallait vraiment un acteur et une actrice qui soient complémentaires et avec une vraie présence à l'écran. Comment s'est passé le casting ? Comment en es-tu arrivé à penser à Laurent Zimmermann et Emilie Pommelet ?

La réussite d’un projet artistique consiste, bien souvent, comme disait Coluche "à arriver premier dans un concours de circonstances".

Pour Jeu de Rôle, je désirais découvrir de nouveaux acteurs, qui n’étaient pas dans ma bande habituelle. Et je voulais qu’ils soient, selon mes critères, différents mais complémentaires. Je voulais que l’homme soit "rugueux" (j’avais Scott Glenn" en tête en écrivant) et que la femme soit immédiatement "sublime".

J’avais croisé Laurent Zimmermann dans le courant de l’été, dans une soirée où des courts métrages étaient projetés. Quelques jours plus tard nous nous sommes revus et je lui avait dit qu’il avait une gueule qui m’intéressait. Bon, s’il avait été susceptible, il m’aurit foutu un pain dans la tronche. Donc il n’est pas susceptible ! Ha ha ! Et je sentais que peu ou prou, nous nous retrouverions sur un plateau. Mais je ne savais pas pour quoi et quand... Et Laurent est un comédien très demandé, mais il a accepté tout de suite le rôle quand je lui ai proposé le scénario de Jeu de Rôle. J’aime beaucoup Laurent. C’est un mec droit, très élégant, très cultivé et très précis dans ses questions quand elles concernent son personnage. Il faudrait lui demander son point de vue, mais je considère pour ma part que nous nous sommes plus tout de suite. Parce qu’il n’a jamais parlé de Jeu de Rôle comme d’un petit film ou d’un court métrage, mais juste d’un "film".

En ce qui concerne Emilie, je ne la connaissais pas du tout, mais Mickhael Ganouna, qui est un ami et mon producteur sur plusieurs projets de longs métrages à divers stades de développement, m’a montré sa photo en me disant : "Tu cherches quelqu’un de sublime, d’unique ? Qu’est-ce que tu penses d’elle ? "

Emilie, qui a une carrière très prenante de top-model, a elle aussi accepté tout de suite. On a fait une lecture du scénario, et puis on a calé la date de tournage. C’est aussi simple que ça.

Dès leur première rencontre, en voyant les yeux de Laurent briller quand il a aperçu Emilie, je me suis dit que c’était bien parti. Parce qu’il la regardait avec le mélange de surprise et de défi que je voulais pour son rôle. Et en écoutant Emilie parler avec mes mots, mes lignes de dialogues, je me suis dit que c’était gagné ! Parce qu’elle avait la tendresse mais aussi la fermeté que nécessitait son personnage.

Et voilà. Je n’ai pas cherché plus loin.

Au final, comme Mickhael Ganouna est venu me filer un coup de main sur le plateau (il a assuré pour la régie) et en échange de sa bonne volonté, le film sera exploité sous le nom de sa boîte de production "Amicalement Vôtre".

9/ Quand comptes-tu sortir "Jeu de rôle" et quelles sont tes ambitions pour ce film ?

Le montage image est terminé. Mickhael m’a dit en le voyant : "J’ai rien à dire ! C’est parfait !" Pourtant, c’est un producteur exigeant. Pareil pour Hubert, qui m’a confié avoir été ému par le film. Et d’autres rares spectateurs qui m’ont servi de tests m’ont confié avoir été surpris par le film, qui diffère de mes autres "bébés", mais tous ont été touchés par l’émotion qui s’en dégage. Il me reste deux étapes avant de considérer Jeu de Rôle terminé : le mixage de la bande son et de la musique (je vais revenir sur la musique) et l’étalonnage, pour harmoniser la lumière sur l’ensemble des 9 minutes et quelques de la durée. Ensuite, je vais l’envoyer en pré-sélection dans un maximum de festivals, en France et à l’étranger. Je vais aussi tenter de le vendre à une ou plusieurs chaînes de télévision. Ça serait top de le voir programmé à la télé ! Et puis on va organiser d’ici quelques semaines une projection dans une salle parisienne, mais je ne sais pas encore laquelle. Une chose est sûre, le film que Bertrand Boutillier a réalisé de son côté sera en double programme avec Jeu de Rôle.

Un petit point concernant la musique... François Bernaud, qui avait composée la musique d’Eject, faisait partie des personnes à qui j’avais envoyé le montage image de Jeu de Rôle. Et le film lui a tellement plu qu’il a décidé d’en écrire la musique, comme ça, spontanément. Un beau cadeau !

10/ Après cela, quels sont tes projets à venir ? Il y a quelques temps, tu avais un projet de long métrage qui s'appelait "C'est la vie", est-il en stand by ?

Jeu de Rôle m’a appris que rien ne pouvait m’empêcher de faire ce que je sais faire, c’est à dire écrire des histoires et les mettre en images. En ces temps où certains remettent en cause la Liberté d’Expression, je me pose en résistant. Et il ne s’agit ni d’intérêt personnel, ni d’argent. Mais Ecrire et Réaliser sont aussi mes métiers, et il faut bien que je gagne ma croûte. Donc je vais essayer de mettre en pratique ce que j’ai appris sur Jeu de Rôle (c’est à dire optimiser le manque de moyens financiers, par exemple) pour poursuivre ma carrière. J’ai très envie de faire du documentaire, en y mettant un "ton" un peu insolent (Desproges n’est jamais loin... Charlie Hebdo non plus...) même (et surtout) pour aborder des sujets sérieux. Et puis la fiction, bien entendu, mais à part pour un projet, qui est dans les starting-blocks, et qui était autrefois intitulé "C’est la Vie" (il se nomme désormais Mauvais Genre), je vais prendre le temps de me remettre à l’écriture. Le monde a changé en une semaine. Les enjeux ne sont plus les mêmes. Le discours, pour être compris, doit être compréhensible par son audience. Je ne vois pas l’intérêt, pour l’instant du moins, de faire des films qui feraient l’apologie de la violence, alors que l’heure est au rassemblement. Je ne me suis pas ramolli. Je ne me suis pas calmé. Bien au contraire ! Mais l’amour est toujours plus difficile à assumer et à défendre que la haine. Merci à toi, Sylvain.

© Bertrand Boutillier

© Bertrand Boutillier

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 4 Janvier 2015

INTERVIEW : RURIK SALLE

Pour fêter la nouvelle année, quoi de mieux qu'une interview de Rurik Sallé ! Après un premier tour de piste, il y a 3 ans de cela, il est de retour pour nous parler de Distorsion X, le nouvel objet littéraire sorti depuis Noël 2014 ainsi que de sa carrière cinématographique, de sa musique et de sa vision sur différents éléments et évènement culturels ! Bref, c'est complet, rythmé, drôle et fort intéressant !

1/ Commençons par un sujet pas très fun : l’arrêt de Métaluna Magasine. Peux-tu nous dire ce qu’il s’est passé ?

Ce qu’il s’est passé, c’est qu’on a finalement découvert que « magazine » s’écrivait avec un « Z », et ça nous a fait peur. Un « Z », tu imagines ? Merde alors ! Tu sais, je trouve ça plutôt drôle, au final. On est simplement allés au bout de l’aventure. Créer un magazine en 2013, comme nous l’avons fait, c’est un truc de fou, un truc de voyou, un truc d’inconscients. N’est-ce pas la base de beaucoup de belles choses ? Surtout en faisant ce qu’on a fait : quelque chose d’unique, de différent. On n’a copié personne, on a fait notre truc, ce qu’on avait envie de voir, de lire, de créer. Et c’est pour ça que ça a marché, parce que c’était unique. Tu as combien de magazines aujourd’hui qui se ressemblent ? Plein. Qui va remplacer Metaluna en kiosque ? Personne ! Et c’est comme ça que nous avons vu les choses : en creusant un sillon.

Pour ne pas donner dans la langue de bois, soyons clair : la presse se casse totalement la gueule aujourd’hui. Et nous, à Metaluna, on n’a rien fait pour faire du « facile ». Dès le premier numéro, on s’est efforcé d’avoir notre identité, d’être nous-mêmes. Il y avait assez de personnalités folles dans ce mag pour ne pas avoir à se forcer ! On a eu un lectorat très, très fidèle. Cependant, un magazine qui « marche » aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose.. Regarde, les Foo Fighters ont vendu 190.000 exemplaires de leur nouvel album en première semaine aux USA. Ils étaient numéro deux, Pink Floyd juste derrière, et c’est considéré un succès. Mais 190.000, comparé aux chiffres de vente d’il y a 15 ans, c’est rien. La presse, c’est pareil. Tu n’imaginerais pas les ventes des magazines « établis », aujourd’hui. On croit qu’ils atteignent des dimensions stratosphériques, mais ils ne vendent que quelques milliers. Sur 75 millions de personnes dans ce pays, tu te rends compte ? Même si tu enlève les chiens et les bébés, et les aveugles, ça te laisse un paquet de millions de personnes. Ils lisent quoi, ces gens ?

Comme toutes les œuvres, Metaluna a eu un début et une fin. Je trouve ça bien, moi. Neuf numéros et des dizaines de vidéos, deux soirées sur Paris, et plein de déconnades en un peu moins de deux ans, sans jamais céder au commerce minable, sans vendre son cul, en gardant son originalité et son inventivité, je trouve que c’est un très beau score pour un magazine indépendant comme le nôtre. C'est une belle œuvre, non ? Et puis, ce qui me fait bien plaisir, c’est que beaucoup de « concurrents » établis, qui essayaient de nous vanner au début, nous ont vite copié, d’après ce que nous rapportaient les lecteurs. C’est plutôt flatteur.

Les ventes seules suffisent rarement à faire vivre une publication en kiosque aujourd’hui. Il faut aussi de la pub. Voilà pourquoi certains se transforment en panneaux d’affichages quand tu crois acheter un magazine culturel. Nous avons évité ça, et du coup le mag est mort de sa belle mort. Avec un putain de panache : le dernier numéro, le 9, a été la meilleure vente depuis le début ! Et de très loin, le bond par rapport au numéro d’avant était vertigineux. Et c’était avant l’annonce de la fin du mag, hein. Alors on est partis avec le sourire, les cheveux aux vents, même moi. On a vécu notre aventure, on a fait un truc qui restera, c’est un très bel accomplissement pour nous tous. On l’a fait. Nous avons créé notre voie, et soudé une équipe qui continue de travailler ensemble sur plein de trucs. Et puis, à titre personnel, j’avais dit que je m’occuperais de Metaluna pendant un an ou deux, pour ensuite quitter le monde de la presse et me consacrer plus encore au cinéma et à la musique. Alors je prends ça comme le destin : si le mag n’avait pas cessé de paraître, sans doute que je serais encore dessus. Finalement, c’était écrit !

2/ Malgré ça, la version vidéo de Métaluna que tu animes et qui s’appelle « Distorsion » continue. Le modèle va t’il changer ou allez-vous garder le même style (vidéo persos et extraits) ? Y’aura-t-il des modifications ?

Distorsion, l’émission-fiction, n’est pas une version vidéo de Metaluna, le projet existait bien avant Metaluna. Et d’ailleurs, Distorsion l’émission continue ! Il se trouve que Metaluna a été une belle occasion de mettre Distorsion en ligne, mais Distorsion l’émission existe indépendamment. C’est une sorte de laboratoire, un univers où tout est possible. En général, l’émission ressemble à un court-métrage dans lequel des bandes-annonces seraient insérées.. Il n’y a pas de personnage récurrent, si ce n’est le fait que je joue dans tous les épisodes, mais ça n’est pas forcément « moi ». Souvent, c’est un autre personnage, comme dans l’épisode 666, qui reste mon préféré et certainement le plus fou de tous jusqu’à maintenant. Dans celui-là, mon personnage part en week-end avec des potes (joués par Julien Savès, Laurent Fénoglio et Xavier Legrand, des Distordus), et deviens possédé à la suite d’une étrange rencontre.. Il est aussi question de saucisse. Dans l’épisode VII, je joue un père de famille connard, qui méprise sa femme et bat sa fille le soir de Noël. Il va avoir les boules. C’est assez fou aussi, assez cruel. J’ai un pote réalisateur qui m’a dit quelque chose qui m’a fait très plaisir. Il m’a dit « Cet épisode m’a vraiment mis mal à l’aise.. et je peux te dire que ça n’est pas facile ». C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire ! Le dernier épisode en date, c’est le 8ème, qui est en deux parties. La deuxième partie, ça fait des mois qu’on l’attend ! Et le pire, c’est qu’elle est quasiment finie. On a pris un long break, et surtout on a peaufiné les effets spéciaux. Vous verrez… C’est l’histoire d’un type qui se rend compte qu’il peut faire tourner les gens en boucle. Dans la deuxième partie, il rencontre sa nemesis.. Au milieu de tout ça, on insère des bande-annonces au sein du récit, mais on n’est plus forcément dans le truc typique, face caméra, un mec qui présente quelque chose. Si tu veux du Norman, mec, tu sais où le trouver. J’ai présenté 300 fois des émissions face caméra sur le net, et une centaine de fois à la TV : c’est hyper marrant, mais là j’avais envie d’autre chose. Distorsion est davantage un objet créatif, à mi-chemin entre le cinéma et l’émission culturelle. C’est plus exigeant, d’un côté comme de l’autre de l’écran, mais on se marre bien et on est vraiment fiers de Distorsion, l‘émission-fiction. Et puis, le dernier truc que j’ai envie de faire, c’est me répéter. Je ne suis pas le AC/DC de l’image, même si j’adore AC/DC. Personnellement, je ne cherche pas la formule, je cherche à m’exprimer.

Mais j’ai tous les albums d’AC/DC, et le dernier est vraiment bon ! Tu as entendu «Rock or Bust», le single ? Incroyable. Brian Johnson a une voix dingue dessus, et il a presque 70 ans. C’est surréaliste. Et Angus est en feu. Je viens d’ailleurs de réécouter l’album il y a 30 minutes.

Metaluna a eu un début et une fin. Je trouve ça bien, moi. Neuf numéros et des dizaines de vidéos, deux soirées sur Paris, et plein de déconnades en un peu moins de deux ans, sans jamais céder au commerce minable, sans vendre son cul, en gardant son originalité et son inventivité, je trouve que c’est un très beau score pour un magazine indépendant comme le nôtre

Rurik Sallé

INTERVIEW : RURIK SALLE

Je ne connais pas les clés de la vie, hein, ne me rajoute pas la barbe du Père Fourras, mais je pense que la différence se fait aussi beaucoup, dans toute chose, entre ceux qui se battent et ceux qui abandonnent.

Rurik Sallé

3/ Yes, j'ai écouté le dernier AC/DC, il est clairement énorme ! Sinon, concernant les émissions, Comment se déroule leur préparation? Pour le scénario des passages de fiction, le choix des bandes annonces, la mise en scène… ? Est-ce toi qui prépare tout ça ?

Oui tout à fait, j’ai écrit et réalisé les neuf épisodes jusqu’à maintenant. J’aime jouer et réaliser, donc ici je conjugue les deux, c’est cool, c’est libre. Cependant, lors du tournage, la présence de l’équipe de Broken Prod (Julien Savès, Xavier Legrand, David Marques, pour les réguliers) est essentielle. Ce sont des vétérans des tournages, et c’est aussi grâce à eux qu’on va si vite. Broken Prod, c’est notamment eux qui avaient produit le clip « Je deale à mourir » de Francis Caïbrel ! Tu connais ? Énorme ce truc. Sur le tournage, on se marre beaucoup, mais on est vraiment efficaces. C’est vraiment un laboratoire parfait pour tester plein de choses, surmonter n’importe quelle épreuve et trouver toutes les solutions aux problèmes. Ce sont des tournages guerilla, il y a aussi une grande place accordée à la spontanéité, mais on ne bâcle jamais rien.

Au moment du montage, soit je m’en occupe seul, soit en partie, soit c’est carrément quelqu’un d’autre qui le fait entièrement. Julien en a monté, Kevin Favillier aussi notamment. Et puis il y a les effets spéciaux quand on en a besoin : ils sont souvent signés Jim Wild. De mon côté, je fais aussi la musique et le design sonore. C’est une équipe rêvée, un plaisir !

4/ Il y a aussi les soirées Métalunight sur Paris qui sont maintenant nommés les soirées Disto Inferno. Il y en a eu une le 07 novembre dernier. Comment cela s’est passé et que peut-on découvrir et faire lors de ces soirées ?

Pendant ces soirées, on apprend surtout à se toucher. C’est vrai, aujourd’hui, et surtout à Paris, on ne se touche plus. On ne se regarde même plus ! Alors pendant les soirées Distorsion (la première c’était Disto Inferno, mais peut-être que la suivante s’appellera différemment), on se touche, on se déshabille, on se caresse, on hurle ensemble, jusqu’à ce qu’un grand cri nous unisse (petit clin d’œil à Corine Blue, hello Corine !). Les soirées Distorsion, c’est l’occasion de rompre avec les conventions.

Quand on fait une de ces soirées, c’est aussi l’occasion de projeter un film, une curiosité ou une bisserie, ou une rareté, et souvent de faire jouer un groupe. Le tout avec une superbe affiche, pour l’instant toujours signée Arnus. On fait très attention au graphisme, au fait que l’exigence créatrice se voit jusque dans l’affiche. On passe aussi des courts-métrages, des bandes-annonces chelou, on déconne.. Le cinéma, c’est bien trop sérieux. On n’est pas obligé de porter un costard pour présenter une séance. On n’est pas obligé de jouer les porteurs de bougie du XVIIème siècle. On peut être libre, réactif, vivant. Pendant les soirées Distorsion, on fait réagir le public, on déconne, on pose des questions. On ne prend pas les gens de haut. Peu de séances de projo se permettent ça, souvent parce que les présentateurs sont très mal l’aise sur scène. Regarde le nombre de balais dans le cul, je suis sûr qu’ils n’en ont jamais autant vendu ! Présenter quelque chose, faire vivre un public, c’est pas facile, mais c’est justement pour ça que c’est intéressant : c’est une performance. C’est comme un one-man-show. Didier Super est incroyable. Desproges était monstrueux, Coluche, même Michael Youn a un vrai talent. Je ne connais pas bien sa carrière, mais je l’avais vu dans Morning Live, je ne connaissais pas ce mec, et j’ai éclaté de rire en voyant ses explosions absurdes. C’est aussi ça qui m’intéresse dans le fait de présenter des séances ou des émissions : c’est le one-man show. C’est le saut dans le vide. C’est un vrai travail d’acteur en fait. Moi, imiter les présentateurs-robots des 80’s, je m’en fous. Avoir le même ton que 90% des speakers fabriqués à la chaîne d’aujourd’hui, je m’en fous.

Bon, je te parle de tout autre chose que de ta question, là, mais j’espère que tu ne dors pas encore ! Parce que moi, si.

Je présente aussi des séances à l’Étrange Festival de Paris, qui est la quintessence du festoche de ciné. Et je me marre bien. Cette année, il y a un mec qui est venu me voir, un anglo-saxon. Il me dit, en anglais « J’aime beaucoup vos présentations, votre gestuelle, vous avez beaucoup de vie, de mouvement. ». On croise tellement de gens étranges à ce festival, que je ne me suis pas demandé qui il était, mais ça m’a fait très plaisir. Quelques minutes plus tard, je rentre voir une séance. Hé ben ce mec, c’était Godfrey Reggio, réalisateur de Koyaanisqatsi, Powaqqatsi et Naqoyqatsi, et qui venait présenter son dernier film, Visitors. J’ai été vraiment ému, et je le dis ici pour partager ce petit bonheur. Je suis allé le remercier après. Voilà un homme qui ne comprenait certainement pas ce que je disais en français sur scène, mais qui aimait la gestuelle et le mouvement, et qui a ressenti. Pour un acteur, c’est vraiment un grand compliment, ça m’a beaucoup touché. En fait, je ne devrais pas en parler, mais puisqu’on est tous les deux et que je sais que personne ne nous lit, je me permets de te le dire !

5/ Y’a t-il une « manière de faire » dans le monde du cinéma, à laquelle il faut se tenir sous peine de rater certains projets ?

Je ne sais pas, je pense qu’il faut être sincère avec ce qu’on fait, c’est déjà pas mal... Et s’accrocher. Je ne connais pas les clés de la vie, hein, ne me rajoute pas la barbe du Père Fourras, mais je pense que la différence se fait aussi beaucoup, dans toute chose, entre ceux qui se battent et ceux qui abandonnent.

Et puis on n’est pas à Hong Kong ici : les gens que je connais là-bas tournent trois films par an. Ou regarde Takashi Miike, il a 70 films à son actif, peut-être plus, et il n’est même pas vieux. Incroyable ! Mais je lisais il y a quelques temps une interview de Fabrice Du Welz, et qui parlait justement de la lenteur du système français, de la difficulté. Il disait que les réalisateurs de sa génération feraient dix films tout au plus, que ceux de la précédente en auront fait vingt. C’est comme ça ici , c’est un vieux système: c’est lourd, c’est lent, comme dans « Belle-île en mer » de Laurent « fuckin’ » Voulzy. Et ça, c’est fou. Cependant, il y a sans doute de nouvelles voies qui se créent, comme ces films indépendants qui apparaissent de plus en plus, comme Dead Shadows, Horsehead ou Dealer de l’amigo Dan Bronchinson. Ces productions montrent, je pense, une nouvelle voie, on va voir comment ça va évoluer.

Distorsion est davantage un objet créatif, à mi-chemin entre le cinéma et l’émission culturelle. C’est plus exigeant, d’un côté comme de l’autre de l’écran, mais on se marre bien et on est vraiment fiers de Distorsion, l‘émission-fiction.

Rurik Sallé

Crédit Photo : Anthony Rauchen

Crédit Photo : Anthony Rauchen

6/ Vous avez aussi lancé un nouveau magazine appelé « Distorsion X » qui a été financé grâce à la plateforme participative Ulule. L’expérience Métaluna ne t’a donc pas vacciné au sujet de la presse écrite ?

L’entreprise a été un succès ! Nous avons atteint 146% de réussite de l’objectif sur Ulule, Distorsion X est imprimé. C’est cool, il y a beaucoup de gens sensibles à la nouveauté, la liberté, notre état d’esprit.

Mais Distorsion X n’est PAS un magazine ! Justement pas ! Nous avons fait le tour de l’objet « magazine ». Pourquoi refaire Metaluna ? Ça n’a aucun intérêt. Et comme je te le disais plus haut, je suis trop investi dans l’image et le son pour me relancer dans la « presse », et je n’en ai aucune envie. Distorsion X est un livre fou, une publication, qui comporte des bds, des dessins, des interviews, des articles, des points de vue, des photos… Un objet distordu, qui se suffit à lui-même. Ça n’est pas un objet de presse, nous ne sommes pas journalistes, mais tous impliqués d’une façon ou d’une autre dans le monde artistique. J’ai d’ailleurs monté moi-même la bande-annonce de Distorsion X, comme je le faisais avec toutes les bande-annonces de Metaluna. Nous aimons l’odeur de l’encre, nous aimons la texture d’une page. Et une partie de nous se délecte certainement de l’idée d’abattre quelques arbres, aussi, mais je ne donnerai pas de noms.

Ce Distorsion X, c’est évidemment une partie de l’esprit de Metaluna, puisque nous composions 90% de son équipe, mais ça n’est pas un magazine. Distorsion, c’est un mutant. Un bouquin, un objet intemporel, culturel, artistique, qui parle de X (énooooorme dossier cul, avec Maria Ozawa, Erika Lust, Christophe Lemaire…), de bis, d’horreur, de metal, de graphisme, de bizarreries, avec des œuvres de Tomahawk, Dav Guedin, Geoffroy Monde.. C’est un bouquin pour Noël (et après), pour clôturer l’année en beauté, et commencer une autre plus dingue. Est-ce un one-shot ? Est-ce qu’il y en aura d’autres ? On n’en sait encore rien ! C’est un cri d’amour à l’objet livre, intemporel, totalement libre, une sorte d’objet collector rempli de plein de trucs qu’on aime bien, et dans lequel on s’exprime en écrivant, en dessinant, parfois les deux. C’est quelque chose qu’on avait envie de faire, et on voit qu’on n’est pas les seuls à être heureux que ça existe !

7/ Quelles sont les différences entre Métaluna et Distorsion X ? En termes de contenu mais aussi de modèle économique.

La différence, c’est qu’on est tous payés en écus. Dans Metaluna, c’était en macarons.

Pour ce qui est de la ligne éditoriale, Distorsion X traite de plein de sujets fous qui ne sont pas périssables. C’était déjà le cas dans Metaluna, mais ça l’est encore plus ici. Tu pourras ressortir Distorsion X dans 69 ans (tu seras encore en vie, je l’ai lu dans ton anus – vieille technique vaudou), il sera toujours appréciable et pas ringard. Faire de la news n’est pas le but de DistoX. D’ailleurs, il y a autant d’infos culturelles dedans, que de création pure. De plus, avec 144 pages, on peut s’étaler, et prendre le temps et la place. Et puis le format est différent, plus proche d’un beau livre que d’un magazine. Et y’a un poster !

Le modèle économique ? On est indépendants, totalement. On fait ce qu’on veut, et c’est beau. L’indépendance est aussi la mère de la liberté. Et nous, les mamans, on boit à leurs tétons.

8/ Retrouve t’on des membres de l’équipe Métaluna dans l’aventure Distorsion X ? Qui ?

Presque tous !

9/ Jean-Pierre Putters ?

Oui, tu as raison, JPP est une question a lui tout seul ! JPP, ça a été une grande rencontre. J’avais commencé dans la presse grâce à Alain Schlockoff, ma dernière aventure aura été avec JPP. Une boucle bouclée dont je n’aurais pas oser rêver, même nu et entouré de fruits. Nous avons conçu Metaluna magazine ensemble, Jean-Pierre et moi, et ça restera comme l’une des plus belles aventures de ma vie, et probablement pour beaucoup d’autres de l’équipe.

10/ Le premier volet de Distorsion X semble porter sur le porno (d’où le X !). Peux-tu nous dire sous quel angle vous comptez aborder le sujet ?

On va prendre le sujet à l’envers, bien sûr. C’est plus intense, plus surprenant, et si c’est bien fait, encore plus agréable. Je connais quelques techniques japonaises…

11/ Penses-tu déjà à d’autres numéros et si oui, quels thèmes voudrais-tu traiter ?

Distorsion version bouquin, c’est comme un film : quand tu sors d’un Insidious, tu attends un deuxième, sans savoir si et quand il va sortir. Distorsion, c’est pareil. Comme un album d’un artiste que tu aimes, aussi. Pas de périodicité, mais tu attends le suivant. On le prend comme ça aussi, on ne sait pas quand ni si. On fera peut-être même quelque chose de très différent juste après, qui sait ? Tout ça dépend des envies des lecteurs, de nos envies à nous, et aussi de nos emplois du temps respectifs..

Distorsion X est un livre fou, une publication, qui comporte des bds, des dessins, des interviews, des articles, des points de vue, des photos… Un objet distordu, qui se suffit à lui-même.

Rurik Sallé

12/ Tu es maintenant essentiellement acteur. Peux-tu nous dire quels sont les projets cinématographiques qui ont été concrétisés et ceux à venir ?

J’ai tourné dans pas mal de choses diverses cette année. Récemment, j’ai eu la joie de tourner avec une réalisatrice, Émilie Voinson-Jagintowicz. C’était la première fois, et j’avais envie depuis longtemps de travailler avec une femme derrière la caméra. C’est un rapport différent, forcément. D’autant que le rôle qu’elle me proposait était aux antipodes de ce qu’on me propose en général, ce qui me ravit : c’était celui d’un homme paralysé. Un court-métrage très sensuel, très intime, dans lequel j’ai sans doute été plus « mis à nu » que d’habitude. Voilà ce que c’est que de tourner pour une dame ! Ahah.. J’aime vraiment essayer des choses différentes, et c’était un vrai défi de jouer ce personnage, d’oser tout ça. Le court-métrage est en ligne, il s'appelle Je suis lundi.

J’ai aussi tourné récemment pour la première fois avec PH Debiès, qui a réalisé une adaptation très intéressante d’une nouvelle de Lovecraft, et qui s’appelle Escape From Midwich Valley, sur une musique de Carpenter Brut. Ça n’est pas un clip, ça n’est pas un court-métrage classique, c’est autre chose. Une sorte de clip-métrage ! Il a mis en image l’atmosphère de Lovecraft sans aucun dialogue, et je trouve qu’il a vraiment réussi son coup. J’ai également joué un commissaire des années 80 dans le Ninja Eliminator 4 : the french connexion de Mathieu Berthon, avec lequel j’avais déjà fait Le Réserviste. Mathieu est un réal qui fait des clins d’œil au cinéma fauché et bis qu’il aime, mais sans jamais être Z : il sait ce qu’il veut, ça marche, il saisit le truc et c’est très bien fait. C’est un équilibre difficile, et il arrive à le trouver. J’ai hâte qu’il fasse quelque chose dans un registre dans lequel on ne l’attend pas. Et tu verras !

Je travaille sur plusieurs choses, côté longs-métrages, mais « Celui qui parle trop agira difficilement », disait Confucius. Et comme disait Desproges, « Fucius, il avait oublié d’être con ! ».

13/ Y’a pas que dans le cinéma que le système administratif français est un peu lent…

Bref, tu es ouvert à toutes sortes de rôles mais y’en a-t-il un dont tu rêves ? Un personnage que tu adorerais jouer…

Hmmm… Une truite.

Sinon, un homme politique, tiens. Voilà un rôle intéressant ! Un truc bien écrit, un vrai rôle avec de beaux dialogues, ça serait superbe ça.

14/ Niveau musique, comment évolue le groupe dont tu fais partie « Fugu Dal Bronx » ? Tu as aussi composé une musique pour un générique de long métrage, peux-tu nous en parler ?

Avec Fugu Dal Bronx, on a vécu une période très intéressante : Vanina, notre violoniste adorée et flamboyante, est partie faire des études de musique à l’étranger, à Vienne. Vienne ! Qu’est-ce qu’elle est partie foutre à Vienne ? On a failli la battre à mort, mais finalement on l’a laissée partir. Alors depuis on rêve d’elle toutes les nuits : je suis sûr qu’elle a fait exprès. Du coup, nous avons une nouvelle violoniste incroyable, Angélina, et c’était l’occasion pour le groupe de réarranger des morceaux, et c’est un sacré coup de fouet. On devait faire un album en 2014, on a les morceaux mais on a pris un peu de retard, donc en 2015 ça devrait bastonner : un nouvel album et autant de shows que possible. On est d’ailleurs ravis parce que notre musique a été choisie pour être la b.o. d’un film au Canada, l’actioner Billy Trigger avec Fred « the Hammer » Williamson, légende de la blaxploitation !

Effectivement, j’ai également participé à la musique d’un autre long-métrage récemment au Canada, le premier réalisé par John Fallon, The Shelter, avec Michael Paré. Paré ! Qui joue dans Les Rues de feu et Philadelphia Experiment ! Et même Le Village des damnés de Carpenter... Enfin bref, ça m’a fait plaisir quoi. John m’a demandé « une pièce instrumentale sombre et triste » pour son film. Je lui ai proposé quelque chose, un morceau piano/violon, il a aimé et voilà. Ça devait être le générique de fin, mais au final c’est carrément la musique de la dernière scène du film.

Faire de la musique de film, c’est quelque chose qui m’a toujours plu, et même quand je fais de la musique « pas de film », comme avec Fugu Dal Bronx, elle garde quelque chose de cinématographique en fait. Mais bon, il m’arrive de faire aussi des chansons avec voix, plus rock, ou plus pop..

Il y a quelque chose que je tiens à préciser : on me lance parfois « mais tu fais plein de trucs ! ». Mais « plein de trucs », ça veut tout dire et rien dire. En fait, je ne fais pas « plein de trucs » : je fais surtout de la musique et de l’image, devant ou derrière la caméra. C’est déjà pas mal, mais par exemple, je ne sais pas ramoner une cheminée, faire un mille-feuilles, ou dessiner un loft !

15/ Tu as longtemps fait partie de l’équipe de Mad Movies. As-tu vu leur nouvelle version ? Qu’en penses-tu ?

Je ne lis plus mad movies.

Merci !

Mais de rien mon Sylvain ! Et si tu as la recette du mille-feuilles, hein.. Tu sais où me trouver !

 

www.Distorsion.tv

Distorsion X est dispo en librairie et sur le site de Distorsion : http://Distorsion.Tv

Tous les épisodes de Distorsion l’émission-fiction sont également sur Distorsion.Tv

Le site de Fugu Dal Bronx

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview