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Publié le 13 Mars 2013

INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

Pour fêter la sortie DVD de son nouveau film "Eject", une comédie horrifique et parodique du film "Rec" avec Pascal Sellem et Rani Bheemuck (entre autres), Jean-Marc Vincent revient sur ce tournage épique et sur sa collaboration avec le mythique producteur Julien Richard Thomson.

Et comme on n'allait pas le laisser partir si vite, le réalisateur nous parle aussi de sa vision de l'évolution du cinéma de genre, des critiques cinéma, de ses premiers films avec Thierry Fremont, Tom Novembre, Bruno Solo et ... Jean-Pierre Coffe ainsi que de ses futurs projets. Le tout avec franchise et humour. Elle est pas belle la vie?

1/ Bonjour Jean-Marc, pouvez-vous nous dire quelques mots pour vous présenter et introduire cette interview ?

Bonjour. Je m'appelle Jean-Marc Vincent. Je suis né au siècle dernier entre les plaines de Picardie et les sommets de la chaîne du Mont Blanc, l'année où le gros Demis Roussos chantait Rain and tears avec ses "Enfants d'Aphrodite". J'étais prédisposé à faire carrière dans l'équitation, jusqu'à ce qu'un accident assez grave ne ruine mes ambitions équestres. J'ai alors opté pour ma seconde passion, le cinéma, et je m'y suis lancé dès le bac en poche. Tour à tour dans la presse cinéma (magazine Starfix de 87 à 91), puis dans le jeu vidéo (où j'ai réalisé Urban Runner, le tout premier jeu 100¨% en vidéo), c'est en 1999 que je réalise mon premier court : NOEL ET LES GARCONS, une comédie avec Jean-Pierre Coffe en Père Noël revanchard face à Bruno Solo, Tom Novembre et Benoit Gourley. Un film de moins d'un quart d'heure qui a eu un chouette succès à chacune de ses diffusions sur Canal Plus.
Ensuite j'ai fait WOLFPACK, avec Thierry Frémont et Richard Sammel combattant des lycanthropes dans une base en ex Yougoslavie (gros succés chez les anglo-saxons avec ce film) et puis FAUX DEPART, un polar noir avec Bruno Solo et Elef Zack, qui a été sélectionné en 2006 au Festival du Film Policier de Cognac.
3 courts explorant trois genres différents. Ce qui va, par la suite, être un peu ma marque de fabrique : explorer des univers différents, mais à chaque fois en y apportant certaines de mes préoccupations de base (la notion d'individu face au groupe, l'irruption de l'élément fantastique dans la normalité, etc...). Ensuite j'ai réalisé LADY BLOOD (sorti en 2009) et EJECT (sorti il y a quelques jours en DVD !)


2/ Vos œuvres sont tournés vers l’horreur et plus généralement vers le genre, d’où vous vient cette passion pour ce cinéma ? Quels réalisateurs vous ont inspiré ?
Je pense que tout film est un film de genre en soi. Mais si l'on devait rester dans les genres qui nous intéressent, oui, bien entendu, parce que j'ai grandi avec Mad Movies, Starfix et l'Ecran Fantastique, je suis naturellement prédisposé à m'intéresser au ciné d'action, d'aventure, fantastique ou SF.
Les réals qui m'inspirent le plus aujourd'hui sont : Jean-Pierre Melville, Don Siegel, Sam Peckinpah, John Ford, Clint Eastwood, et donc naturellement John Carpenter, James Cameron, John Mc Tiernan et Michael Mann. Mais la liste est beaucoup plus longue. Julien Duvivier, Marcel Carné, François Truffaut, Steven Spielberg, Joe dante ou Gérard Oury ont autant d'importance que Kim Jee-woon, Neil Marshall, Xavier Gens ou Paul Verhoeven. C'est terrible cette question, car je suis certain d'en oublier plein !


3/ Comment vous êtes vous retrouvé sur le projet « Lady blood » ?
Je n'ai pas envie de parler de Lady Blood. Ce film appartient au passé, et ce qui m'importe plus que tout au monde, c'est de vivre le présent et de préparer l'avenir. D'autre part une procédure est en cours au Tribunal à propos de Lady Blood. Tu comprendras que je n'ai pas envie de m'arrêter sur le sujet...
INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

J'ai coutume de penser qu'un tournage, ça commence comme une bande, ça continue comme une colonie de vacances, et ça se termine comme un hopital psychiatrique. Ben là (sur Eject) on est passés tout de suite à l'HP !

Jean-Marc Vincent

INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

4/ Par la suite, vous êtes choisi comme réalisateur pour « Eject », écrit et produit par Julien Richard Thomson. Comment l’avez-vous rencontré ?
J'ai rencontré RJT par l'intermédiaire d'un ami commun. Je venais d'achever un scénario de long métrage assez ambitieux et j'étais vanné. On était fin Mai 2010 et je m'apprétais à passer des vacances bien méritées, quand j'apprends que RJT, que je connaissais de réputation, recherchais un réal pour un de ses futurs longs. On s'est causés, il m'a envoyé le scénario d'Eject, et je l'ai rappelé tout de suite pour lui dire OK ! D'une part on ne refuse pas un boulot (c'est dans ma philosophie... Sauf s'il s'agissait d'un porno ou d'un film trop déviant pour moi) et d'autre part c'est un peu comme me racontait un ami comédien à propos de Mocky : " On ne refuse pas un Mocky. On sait que ça va être le bordel, mais on le fait parce qu'il faut avoir fait ça au moins une fois dans sa vie !" Ben pour RJT c'est la même chose, mais dans un cinéma un peu différent, bien entendu. Et sincèrement j'adore ce mec ! Richard vit dans un monde à part : le sien ! Mais c'est un des types les plus sincères et honnêtes que je connaisse dans ce milieu. Donc j'ai dit oui sans sourciller !

5/ Etait-il difficile d’aborder un film avec un budget assez minime ?
Oui et non, car tu sais où tu mets les pieds, et tu sais que ça va être de la débrouille d'un bout à l'autre. L'avantage, c'est que Richard ne pouvait pas vraiment m'imposer quoi que ce soit, puisqu'il devait me faire confiance. Je crois que c'est ça qui lui a le plus fait peur : que son bébé passe entre d'autres mains. C'est par exemple très vrai à propos de l'humour du film. Ce qui fait rire Richard n'est pas nécessairement ce qui me fait marrer. Donc très vite je lui ai dit qu'on allait improviser beaucoup de dialogues sur le plateau. De même pour les décors, comme on ne pouvait rien construire puisqu'on n'avait pas de ronds, j'ai eu l'idée de découper un grand garage en plusieurs espaces séparés par des bâches. Depuis, je hais les bâches ! Ha ha ! Et enfin, question effets spéciaux, vu qu'on aurait pas de sous pour acheter beaucoup de matière première, comme du latex, j'ai dû penser à réutiliser les prothèses pour plusieurs séquences. Voire de sacrifier des pastèques pour toutes les têtes éclatées du film. En fait, j'ai repensé au film en le prenant comme une bande vintage des années 80 (Bad Taste, Evil Dead, Street Trash etc...) Systême D, efficacité et anticiper le montage (image, musique ET son !).

6/ Moi qui pensais voir un film gore avec des dialogues « médiocres » (comme beaucoup de films gores), j’ai été surpris de découvrir des vannes bien trouvés et des acteurs drôles et impliqués. Comment était l’ambiance sur le tournage et comment avez-vous dirigé les comédiens ?
C'est gentil de dire ça ! Tout le mérite revient à deux facteurs : les acteurs d'une part, qui se sont pliés aux contraintes de production sans discuter, et qui se sont investis avec la même générosité que sur un film normal (c'est à dire où ils auraient été payés !). Tous les matins, on se faisait un "Vannes-storming" où ils me balançaient tout ce qu'ils avaient envie de balancer dans le film, et je retenais celles qui me faisaient marrer ! Ensuite j'ai coutume de penser qu'un tournage, ça commence comme une bande, ça continue comme une colonie de vacances, et ça se termine comme un hopital psychiatrique. Ben là on est passés tout de suite à l'HP ! Faut être dingue pour faire un film comme celui là, mais dans la mesure où la dinguerie ressort à l'écran, c'est gagné ! Je connaissais quelques uns des comédiens (Benoit Gourley, Philippe Chaine ou Dominique Bettenfeld respectivement Joubert le flic, un des ambulanciers du film et le chef scout) mais pas les autres. Or, on s'est tous très bien entendus. Merci à tous les fans qui sont venus jouer un zombie ou un cadavre pour ce film ! Il y a des jours où c'était vraiment dingo ! Par exemple, on n'avait pas de point d'eau chaude sur le plateau de la boîte. Or, tu fais comment pour que ces demoiselles, maquillées des pieds à la tête en zombies et couvertes de sang, retrouvent figure humaine à la fin de la journée ? Ben c'est simple : tu contactes un loueur de douche de chantier et tu deales un prix mini avec lui. Tu aurais vu la tête du mec qui a apporté la cabine de douche quand il a vu les figurantes couvertes de croûtes et de sang faire la queue devant sa cabine ! Ha ha ! Ou encore quand on s'est aperçus qu'il manquait un acteur pour jouer le caméraman de l'équipe TV qui suit toute l'action... Ben RJT me regarde avec insistance et me dit sans rigoler : t'as qu'à le jouer !Moi qui ai horreur de me voir à l'écran, j'allais figurer dans toutes les séquences ou presque ! Et il avait raison, mon cher producteur ! Mais au début j'ai eu du mal. Alors je me suis vengé, et je l'ai placé dans deux séquences très humiliantes mais qui, pour un réalisateur, sont un vrai fantasme ! Je dois ajouter qu'aucun producteur n'a été blessé sur le tournage. Par contre, je ne peux pas en dire autant des pastèques !

On peut dire tout ce qu'on veut d'Eject, mais à condition de ne pas le traiter comme le dernier Horror-Flick made in USA. Merde, on avait moins de 20 000 Euros pour faire un long métrage. C'est même pas le budget PQ d'une production US !

Jean-Marc Vincent

INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

Je vais prendre un joli virage pour aller vers le drame intimiste, un beau sujet assez proche des "Chiens de Paille" de Peckinpah

Jean-Marc Vincent

7/ A travers le scénario, on retrouve vraiment la touche « JRT » avec des jeux de mots, des vannes et des situations cocasses comme il peut y avoir dans « Jurassic Trash ». Avez-vous tout de même pu apporter vos idées pour le scénario et avoir une liberté sur le film ?
Quand il n'y a pas d'argent, il n'y a pas de pression. Ma seule préoccupation était de faire le meilleur film en respectant 1/ ce que j'imaginais comme étant l'envie du public 2/l'esprit très RJT du projet 3/ mes propres envies en tant que réalisateur. Le scénario de base était très court. Une quarantaine de pages. En même temps, j'ai su dès le départ qu'il faudrait l'étoffer avec un certain nombre de rajouts. Et Richard était client de mes suggestions. Donc on peut dire que "oui" j'ai eu une liberté totale sur le film. De même pour la post-production, qui a été longue, car le monteur (qui a monté mes 3 courts, et qui est un ami) n'avait pas que ça à faire, donc on a fractionné le montage en plusieurs périodes. Ensuite, on a eu des galères (un plantage d'AVID avec perte de l'edit list au bout d'une période de plusieurs mois de montage, l'usure nerveuse de plusieurs ingénieurs du son - je ne les blâme pas ! - des soucis pour trouver des remplaçants etc...) qui sur un film zéro budget ne peuvent pas se solutionner en quelques coups de fils. Mais jamais Richard ne m'a lâché sur toute la fabrication du film. Et résultat, qu'il s'agisse de la première projection du film (en état de copie de travail) au Nouveau Latina ou d'une séance spéciale chez Canal Plus réservée au staff du cinéma de la chaîne cryptée, à chaque fois le film a été reçu super bien ! Mais pour revenir à ta question : je ne peux pas te dire si des vannes ou des situations sont à la fois dans Eject et dans un autre film de Richard, car j'avoue n'avoir jamais visionné aucun de ses films ! Il a un coffret pour moi chez lui, mais je ne l'ai pas encore récupéré ! Ha ha !

8/ Qu'est ce qui était le plus drôle sur le tournage ? Voir les acteurs jouer leurs dialogues ou réaliser les effets dégueulasses ?
Tout était drôle ! Dormir dans une caravane en face du décor principal, gérer les deux caméras (la mienne, mais aussi la caméra A, celle du point de vue "non subjectif"), construire les décors, diriger les comédiens (qui se dirigent assez bien touts seuls, il suffit d'être ferme et de les nourrir à heure fixe), les effets spéciaux... Dire à Dominique Bettenfeld : "Bon, ben là on va t'enterrer à moitié dans la forêt, et puis on va te faire un faux buste en carton, te recouvrir de fausses tripes, et tu vas voir, on va vraiment croire que tu as le bide coupé en deux !" sans éclater de rire devant son air dubitatif, c'était super marrant !

9/ Lorsqu’un réalisateur fait des films de genre, les critiques ont tendances à être très durs avec le film et le réalisateur, cela vous-affecte-t-il ?
Ca m'affecte quand c'est "injuste". Quand les critiques sortent les films de leurs contextes par exemple. On peut dire tout ce qu'on veut d'Eject, mais à condition de ne pas le traiter comme le dernier Horror-Flick made in USA. Merde, on avait moins de 20 000 Euros pour faire un long métrage. C'est même pas le budget PQ d'une production US, alors quand certains, qui de surcroit se disent les défenseurs du cinéma de genre, démolissent gratuitement le film, j'ai juste envie de les ignorer, mais uniquement parce que les mépriser me demanderait un effort supplémentaire que je n'ai pas envie de leur accorder. De toutes les façons, comme disait Montesquieu à propos du racisme, la plupart du temps ce sont des gens qui "se trompent de colère". J'ai presque envie de les plaindre, en fait. J'ai connu une époque, à Starfix, chez Mad, ou à l'Ecran, où les journalistes étaient à la fois des individus cultivés et des personnes intelligentes. Aujourd'hui, à part Alain Schlockoff et quelques (très) rares personnes... Mais d'une part j'ai une vie formidable en dehors du cinéma, avec de vraies et belles personnes, et d'autre part il y aura toujours ceux qui "disent" et ceux qui "font". Moi je fais !

10/ « Eject » vient de sortir en DVD. Qu’auriez-vous envie de dire au public pour qu’il achète le film ?
Achetez le ! EJECT est la meilleure parodie de REC produite par Richard J Thomson de tous les temps ! D'ailleurs achetez-en deux : un pour vous, et un pour une personne que vous n'aimez pas ! Dans le pire des cas il vous détestera, et dans le meilleur il vous adorera !

INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

Imagine un thriller dans Paris ou Londres avec le réalisateur de "J'ai rencontré le Diable" ? Moi je paierais pour voir ça ! Alors pourquoi ne pas le produire ?

Jean-Marc Vincent

11/ Quels sont vos futurs projets ? Souhaitez-vous retourner vers un film à plus gros budget ?
Je vais quitter momentanément le genre "Horreur ou Fantastique". Pas par dépit, mais parce que j'ai envie d'autre chose que de tuer ou mutiler mes semblables à la meuleuse ! Je vais prendre un joli virage pour aller vers le drame intimiste, un beau sujet assez proche des "Chiens de Paille" de Peckinpah. Ensuite j'enchaînerai sur un polar, mais uniquement avec des femmes. Enfin, j'epère pouvoir me lancer dans la fabrication de mon grand oeuvre, "PIERROT LE FOU" (oui, je sais, mais c'est pas un remake de l'autre) une bio du criminel Pierre Loutrel, le chef du Gang des Tractions, qui était l'ennemi public numéro un sous l'Occupation allemande. Tous ces projets sont selon la formule consacrée "en développement" chez des producteurs. Mais comme j'ai envie de prendre mon temps entre chaque film, si tout se passe bien je devrais être occupé jusqu'en 2016... en tenant compte de moments de vacances avec les miens, bien entendu !

12/ Quel regard portez-vous sur le cinéma de genre français et mondial ? Quel pays vous semble le plus inspiré pour ce genre de films ?
En France, je pense que c'est mort. Il y a quelques années on a été quelques uns à y croire mais les producteurs et les distributeurs eux-mêmes se sont tirés une balle dans le pied en ne sachant pas, au final, comment vendre nos films. Certains réals sont partis aux US, d'autres se reconvertissent dans des oeuvres moins axées sur le genre. D'autres enfin ont été obligés de renoncer. Et ça c'est terrible. J'en ai parlé avec certains et ils ont un peu l'impression qu'on les a tout simplement jetés en pâture pour servir d'exemples à ne pas reproduire ! C'est dû je pense à plusieurs facteurs, le premier étant notre éternel complexe face au cinéma américain, qui comme on le dit trop souvent, sait mieux faire ça que nous ! C'est des conneries, mais en attendant, il y a tant de beaux projets qu'on ne verra pas... D'autre part, la télé est très peu friande de cinéma de genre, or c'est elle qui finance le cinéma. Alors quoi d'intéressant de part le monde ? La Corée m'impressionne beaucoup par ses productions comme "J'ai rencontré le Diable", "The Man from Nowhere" ou "The Chaser". Il y a là-bas une énergie rare, et une vraie intelligence de mise en scène. J'aimerais bien produire les réals de ces films là ! "The Raid Redemption" m'a aussi fait l'effet d'une claque que je n'avais pas ressentie depuis "Hardboiled" de John Woo. Je pense que c'est à l'Est que se passent les choses les plus intéressantes. Imagine un thriller dans Paris ou Londres avec le réalisateur de "J'ai rencontré le Diable" ? Moi je paierais pour voir ça ! Alors pourquoi ne pas le produire ? Je me pose sérieusement la question !

13/ Si vous aviez un budget « illimité », quel film feriez-vous ? quel serait le synopsis ?
Je pense que j'adapterai "Voyage au bout de la Nuit" de LF Céline, en deux films de 3 heures au moins. Il faut bien ça pour parler de l'âme humaine !

Merci Jean-Marc !

INTERVIEW : JEAN-MARC VINCENT

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 2 Mars 2013

INTERVIEW : DREW BOLDUC

Le 12 mars prochain, la mythique firme TROMA, sortira "The Taint" en bluray, c'était l'occasion d'aller poser quelques questions au réalisateur, compositeur et acteur principal du film : DREW BOLDUC.

Le jeune réalisateur originaire de Richmond en Virginie est à l'image de son film : Cool, drôle, trash et généreux. Entretien avec un réalisateur pas comme les autres.

Next March 12th, mythical TROMA firm, will take out "The Taint" in bluray, it was the opportunity to ask some questions to the director, the composer and the main actor of the movie: DREW BOLDUC.

The young director native of Richmond in Virginia is just like his movie: cool, funny, trash and generous. Interview with a director not as the others.

SITE WEB DU FILM : "THE TAINT" EN CLIQUANT ICI (CLIC HERE FOR WEBSITE).

INTERVIEW : DREW BOLDUC
INTERVIEW : DREW BOLDUC

1/ Comment vous est venu l’idée de “The Taint” ? Est-ce une revanche que vous vouliez prendre sur la gente féminine ? (rires). Plus sérieusement, le film a un vrai message malgré toute sa violence.

Je voulais réaliser le film misogyne ultime. Un film qui soit si misogyne que personne ne soit capable de faire un autre film misogyne. Quel est l’interêt sinon ?

1/ How came to you the idea of "The Taint"? Is it a revenge to be taken on the women ? lol. More seriously, in spite of the violent and trash side, the movie had a real message !

I wanted to make the ultimate misogynistic movie that was so misogynistic that no one would be able to make another misogynistic movie again. What would be the point?

2/ Peut être, dénoncer la misogynie justement ! Non ?

Oui, j’ai pensé qu’il serait super de rendre la misogynie si évidente et concrète que nous avons décidé de nommer les monstres ainsi dans le film. Aussi, au cinéma, les monstres ont tendance à être des métaphores donc j’ai voulu que la métaphore soit aussi évidente que stupide !

2/ Maybe to denounce the misogyny exactly! No?

Yeah. I thought it would be great to make the misogyny so obvious that it is actually the name of the monsters in the movie. Also monsters tend to be metaphors, so I wanted the metaphor to be so obvious it was stupid.

3/ Comment vous est venu l’idée du personnage que vous interprètez ? Ce mélange de hipster / branleur.

Le personnage de Phil est venu lorsque nous avons trouvé cette perruque blonde. Nous avons essayé de faire un personnage qui n’a aucune conscience.

3/ How came to you the idea of the character which you interpret in the movie? This mix of hipster / wanker !

The Phil character came out of that blonde wig we found and also trying to make a character that had no self-awareness.

4/ Saviez-vous, au début de l’écriture du scenario, que le film allait aller aussi loin dans le gore et le trash ou est-ce arrivé durant l’écriture ?

J'ai toujours voulu aller loin mais je me suis posé des questions à propos de cela. A propos de savoir s’il fallait que les misogynes aient leurs bites dehors et aspergent de semence et tout… mais mon co-auteur a, à l'époque, dit que c'était ce que le film exigeait et qu'il ne fallait pas faire autre chose. Une fois qu'on avait décidé qu'il y aurait les bites et la semence, alors il était impossible de revenir en arrière quant au contenu du film.

4/ Did you know, at the beginning of the writing of the scenario, that the movie was also going to go far in gore and trash things or did it arrive during the writing?

I always wanted to go far. I wondered about it and about the misogynists having their dicks out and spraying semen and all, but my co-worker at the time said that that was what the movie required and anything else would be false. Once they had dicks and semen, then there was no turning back with the content.

Je voulais réaliser le film misogyne ultime. Un film qui soit si misogyne que personne ne soit capable de faire un autre film misogyne.

Drew Bolduc

INTERVIEW : DREW BOLDUC
INTERVIEW : DREW BOLDUC

5/ Pourquoi avez-vous choisi de réaliser les effets spéciaux avec du latex et du faux sang au lieu d’utiliser des effets spéciaux numériques ? Etait-ce pour rester dans le style 80’s ?

Oui mais nous avons utilisé beaucoup de « VFX compositing » ( méthode d'effets spéciaux qui consiste à combiner des images à l'aide d'un logiciel informatique). C'est cette combinaison qui fait que les effets spéciaux sont bons. Les effets spéciaux auraient été vraiment mauvais si nous n'avions pas utilisé d'ordinateurs.

5/ Why did you choose to make SFX with latex and fake blood instead of used numerical SFX ? It was to stay in the 80's style of the movie ?

Yes, but we did use a lot of VFX compositing. It is the combination that makes the SFX good. The SFX would have been very bad if it were not for computers.

6/ Cependant, je suppose que vous avez une préférence pour les effets spéciaux réalisés sur le plateau avec du latex, par exemple, comme on pouvait le voir dans les films d'horreur des 70's & 80's plutôt que les effets spéciaux numériques comme on peut voir dans des films comme « Midnight meat train » ?

Ouais, les effets spéciaux sur plateau sont géniaux. La préquelle de « The Thing » est un grand exemple de pourquoi les CGI (effets spéciaux numériques) peuvent craindre. D'ailleurs, avez vous vu cela ? http://bloody-disgusting.com/news/27573/see-tons-of-practical-effects-work-on-the-thing-remake/

6/ However, I guess that you have a preference for the real special effects as we can see in the horror movies of the 70s and 80 rather than the special effects gore digital like " midnight meat train "?

Yeah, practical effects are great. The Thing prequel is a great example of why CGI can suck. Have you seen this? http://bloody-disgusting.com/news/27573/see-tons-of-practical-effects-work-on-the-thing-remake/

7/ La (très bonne) bande originale a une place importante dans le film. Comment l’avez-vous imaginé et conçu ?

J'ai réalisé la musique sur le logiciel « Reason » et sous influence de ce que peut faire John Carpenter pour ses films. Il y a aussi une influence des jeux vidéos et particulièrement des sonorités de puces des anciens jeux.

7/ The (great) music have an important place in the movie. How did you imagine and make it ?

It was made mostly using the program Reason and made under the influence of John Carpenter. definitely, video games & chip tunes were an influence too.

8/ Pendant les projections publiques, les spectateurs étaient hilares. Le film est souvent comparé à Bad Taste pour ses côtés fun & gore. Etais-ce une inspiration pour vous ? Etes vous ravi de la comparaison ?

J’aime beaucoup Peter Jackson. J’adore “Braindead” and John Waters. Cela a été de grandes influences.

8/ During the public projection, the public was hilarious. The movie is often compared to "Bad Taste" for these sides fun & gore in the same time. Was it an influence for you ? Are you glad with this comparison ?

I do like Peter Jackson. I love Dead Alive and John Waters. They were big influences.

9/ Votre travail est aussi compare à celui de Takashi Miike. Aimez-vous le cinéma japonais ?

Yeah, j’aime "Audition", "Ichi : The killer". J’ai vu "Karaté-Robo Zaborgar" recemment, c’était vraiment excellent. "Funky Forest" est aussi un de mes favoris.

9/ Your work is compare to Takashi Miike too. Do you like japanese movies ?

Yeah, I like "Audition", "Ichi: The Killer". I saw "Karate-Robo Zaborgar" recently. That was great. "Funky Forest" is also a favorite.

La préquelle de « The Thing » est un grand exemple de pourquoi les CGI (effets spéciaux numériques) peuvent craindre.

Drew Bolduc

INTERVIEW : DREW BOLDUC
INTERVIEW : DREW BOLDUC

10/ Le film est assez court, étais-ce pour garder le rythme et ne pas lasser le public ?

Oui, le script était court et nous tournions sur une courte période dans des endroits dans lequels nous n’étions pas les bienvenus !

10/ The movie is rather short, it was wanted to not tire people ?

Yeah, the script was short and we shot in a short period of time in places that did not exactly want us to be there.

11/ Vous n’aviez pas d’autorisation pour faire le film ? C’était un tournage sauvage ?

Yeah ! Guérilla-style !

11/ You didn't have autorisation to make the movie ? It was a wild shooting ?

Yeah, guerrilla-style.

12/ Pensiez-vous que le film allait avoir un aussi grand succes ? En France, les fans d’horreur l’apprecient beaucoup. Ils disent que c’est un « What the fuck movie » !

Nous étions inquiets du fait que personne n’en veuille alors nous sommes fiers que le public l’apprécie.

12/ Thought you that the movie would have such a public success? In France, Horror fans love so much this movie. They say "It's so a "What the fuck" movie" !

We were worried that no one would like it, so we are glad that people are enjoying it.

13/ Quels ont été les moments les plus difficiles et ceux les plus drôles du tournage ?

Pas trop de moments difficiles, juste de planifier et organiser le planning de tournage avec les acteurs. Pour les moments drôles, sûrement ceux impliquant l'utilisation de faux pénis.

13/ What were the biggest difficulties during the shooting of "The taint" ? And the funniest moment ?

For hard moments, just scheduling and organizing the shoot with all the actors. The funniest moments were probably awkward moments involving fake penises.

14/ Quels sont les films qui vous ont donné envie d’être réalisateur ?

Evil Dead 2, Dr Folamour et les films de la Troma.

14/ What are the movies which tempted you to be a director ?

Evil Dead 2, Dr. Strangelove, Troma.

15/ Pouvez-vous dire un mot sur votre prochain projet « Science team » ?

C’est une comédie d’horreur / Science-fiction. C’est une véritable histoire dramatique à propos d’un jeune homme, d’un alien immobile télépathe et d’une organisation gouvernementale diabolique. C’est un film qu’on pourrait qualifier de « Quand E.T. rencontre David Cronenberg ». Les gens peuvent aller voir les images ici : http://www.facebook.com/ScienceTeamMovie

15/ Could you talking to me about your next project "Science team" ?

It is a science fiction horror comedy. It is a very dramatic story about a young man, a telepathic immobile alien, and an evil government organization. It is sort of like E.T. meets David Cronenberg. People can see pictures here: http://www.facebook.com/ScienceTeamMovie

16/ A quelle étape du projet en êtes vous ? Pré-production ?

Oui, nous sommes à la recherches de plus de fonds, nous préparons le casting et l’équipe technique, nous finalisons le scénario. Nous sommes aussi à la recherche de plus de concept art, si quelqu’un est intéressé, il peut nous en soumettre !

NDLR : Le concept art, en haut à gauche, a été réalisé par Aurélien Gendraud http://theterrorgeek.blogspot.fr/

16/ In which step of the project are you ? preproduction ?

Yeah. We are doing more fundraising, pulling the cast and crew together, finalizing the script. We are looking for more concept art as well, if anyone is interested in submitting some.

NDRL : The concept art, at the top on the left, had been made by Aurélien Gendraud. http://theterrorgeek.blogspot.fr/

17/ A part réalisateur, acteur, compositeur... Vous faites autre chose dans la vie ? (rires)

Oui, j'ai aussi réalisé les effets spéciaux pour le film TROMA : "Return To The Class Of Nuk'em High".

17/ Otherwise, except for director, actor, compositor... you do something else in life? lol

Yes, I also worked on some special and visual effects for TROMA movie : "Return To The Class Of Nuk'em High".

Merci beaucoup Drew.

Thank You Very Much Drew.

C’est un film qu’on pourrait qualifier de « Quand E.T. rencontre David Cronenberg ». (A propos de son prochain film)

Drew Bolduc

INTERVIEW : DREW BOLDUC
INTERVIEW : DREW BOLDUC

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 19 Décembre 2012

INTERVIEW : JULIEN RICHARD-THOMSON

Réalisateur culte pour certains, réalisateur maudit pour d'autres, Julien Richard-Thomson (aussi connu sous le nom de Richard J. Thomson) est sûrement les deux à la fois. Personnage haut en couleur, passionné de cinéma de genre, touche à tout talentueux, bourreau de travail, JRT est un personnage à part dans le paysage cinématographique. Entretien avec un réalisateur qu'on aimerait voir au premier plan afin de donner un bon coup de pied dans le cinéma français.

Pour les incultes qui ne sauraient pas qui vous êtes, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis un réalisateur et producteur français, j’ai eu un parcours assez atypique du fait de mon amour pour le cinema fantastique et ma façon de produire des films en marge du système officiel. Je suis l’un des premiers à avoir produit en France des films destinés au marché video (DTV). Mes films ont été tournés avec de très petits budgets, grace à la revue Mad Movies et son fondateur, mon ami Jean-Pierre Putters. Mon film le plus connu date de 1995, TIME DEMON car c’est le seul à avoir été diffusé en télévision. A l’époque, je réalisais surtout des parodies de films d’horreur ou d’action, des hommages à la série B et Z. Il y a eu aussi Jurassic Trash, Roboflash Warrior, que j’ai fait sans pretention, pour me faire une “carte de visite” et prouver que j’étais capable de boucler des longs-métrages amusants en peu de temps et peu d’argent.

On peut lire, par-ci par là, que vous aviez eu 1/20 à un examen d'écriture de scénario mais que, pourtant, vous étiez fier de ce scénario. Déjà, est-ce vrai ou est-ce une légende?

C’est vrai, il s’agissait du concours d’entrée à la Femis. Cela peut en surprendre certains, mais j’étais trés bien noté par mes profs de cinéma. Après ma prépa Ciné-Sup, à Nantes, j’ai tenté le concours de la Femis qui était trés sélectif et en plusieurs étapes. Tout s’est bien déroulé jusqu’au jour des épreuves finales qui comportait un scénario à écrire sur un thème imposé: “une rencontre dans une laverie”. Je suis parti dans une histoire surréaliste, avec l’eau qui montait et menaçait de noyer les protagonistes, j’en étais plutôt content…et je me suis récolté la note éliminatoire de 1/20. J’étais stupéfait et déçu, mais par la suite je n’ai pas regretté de ne pas avoir rejoint cette école. Je n’aurais pas vraiment été à ma place.

Pensez-vous que cette note est due au classicisme du système scolaire et de ses enseignants?

Je ne me suis jamais expliqué cette note, mais en effet j’ai dû tomber sur un correcteur un peu rigide qui ne m’a pas pardonné cette incursion dans un registre fantastique et absurde. Cela démontre en effet l’absence d’ouverture d’esprit de cette école, je ne sais pas si les choses ont un peu évolué depuis… Cela dit, j’ai fini par me retrouver en Maîtrise de Cinéma en fac, avec Eric Rohmer comme professeur, alors!... J’avoue que je n’étais pas trés assidu à ses cours, je préférais me consacrer à mes premiers longs-métrages à cette époque.

Qu'est ce qui vous a donné l'envie de faire des films de genre ? Quels sont les films et les réalisateurs qui vous ont inspiré ?

J’ai toujours fait des films de genre, le premier à l’âge de neuf ans en Super 8. Il s’appelait Santorama et parlait d’un fantôme en cape et chapeau melon ! Mes parents et mon frère jouaient les rôles principaux. Une quarantaine d’autres courts-métrages ont suivi, souvent des histoires de vampires ou de spectres. Tout mon argent de poche était englouti dans les tournages, d’autant qu’à l’époque la pellicule coûtait cher! A cette période, les films qui m’ont inspiré furent “Nosferatu” de Murnau, “Le Bal des Vampires” de Polanski par exemple…et “Fright Night” au rayon des series B ! Plus tard j’ai découvert le cinema américain (mon préféré), les oeuvres de John Carpenter, George Roméro, Brian de Palma, Martin Scorsese, Paul Verhoeven et bien sûr Steven Spielberg… “Brazil” m’avait impressionné, de même que les Monty Pithon. En dehors du fantastique j’ai toujours apprécié la comédie: je raffole des films des frères Coen que j’ai découvert vers l’âge de vingt ans. Certains films français aussi m’ont inspiré: je suis fan des films de Bertrand Blier (gamin, j’adorais déjà “Buffet Froid”) mais aussi des comédies plus grand public, j’aimais les films avec Pierre Richard pour leur côté parfois absurde. Plus tard, j’ai découvert David Cronenberg ou David Lynch, qui sont aussi des references absolues. Je pourrais citer pas mal d’oeuvres trés différentes car je suis assez éclectique dans mes gouts: j’apprécie autant “Paris, Texas” de Wenders que “True Romance “ de Tony Scott, qu’un bon Tarantino ou qu’un film de SF comme “Blade Runner”, le spectre est large !

Vous aviez arrêté la réalisation de long métrages pendant de longues années, aujourd’hui, plusieurs projets sont annoncés : Bloody Flowers, Hekatombe, Paris Maléfique… Où en êtes vous ?

Après Time Demon 2, ne parvenant pas à faire financer des projets plus ambitieux, j’ai mis entre parenthèses ma passion pour le cinema pour me consacrer à la presse écrite et la télévision. J’ai fondé une petite agence de presse, produit et réalisé des reportages pour la télé, du documentaire… Dans les années 2000 j’ai fait un peu de publicité, j’ai aussi participé à l’aventure des premières web-TV.

Puis en 2008 j’ai tourné “Bloody Flowers” un thriller horrifique, car la mise en scène me manquait. Le tournage ne s’est pas trés bien passé, trop rapide, trop fauché et beaucoup de galères… Le résultat ne me satisfait pas entièrement, par certains aspects il évoque davantage Jean Rollin que Brian De Palma auquel je voulais rendre hommage.

Ensuite en 2010 j’ai écrit et produit “Eject”, une parodie de “Rec” dont j’ai confié la réalisation à Jean-Marc Vincent (“Lady Blood”) Une experience intéressante mais un peu frustrante dans la mesure où Jean-Marc a fait de nombreux choix qui n’auraient pas été les miens, mais je lui avais donné carte blanche, c’était ça le deal. Par ailleurs Jean-Marc est un mec en or, un vrai amoureux de cinoche. “Eject” va sortir en dvd en février 2013.

Quant à “Hékatombe “ et “Paris Maléfique” je vous annonce hélas que ces projets sont en stand-by. Pour le premier, je n’ai pas réussi à réunir les fonds nécessaires (pourtant un budget modeste). Pour le second, différentes raisons m’ont poussé à interrompre la pré-production de ce film à sketches, notamment le fait qu’un projet concurrent (“Grand Guignol” produit par mes amis de Métaluna) assez ressemblant a vu le jour récemment, avec des têtes d’affiches comme Gaspard Noé, Pascal Laugier, Xavier Gens… Et puis je ne voulais pas me retrouver en concurrence avec Jean-Pierre Putters (ndlr: patron de Metaluna), aller frapper aux mêmes portes, fatalement cela aurait fini par nuire à nos relations amicales.

Le financement de HEKATOMBE n’a pas été au bout sur Ulule. Pourquoi n'a-t-il pas atteint le montant du financement nécessaire ?

Je ne sais pas vraiment pourquoi je n’ai pas obtenu d’argent sur Ulule, d’autant que j’avais un casting alléchant, je pense que ce système est surtout destiné aux courts-métrages. Je demandais 9000 euros ce qui peut paraitre grotesque pour un long-métrage ( mais je disposais d’autres sources de financement) cela a sûrement décrédibilisé le projet. Mon problème est que quand je demande trop peu d’argent je ne suis pas crédible, quand j’en demande davantage on me trouve trop gourmand, surtout pour du fantastique sur lequel personne ne veut miser un euro.

INTERVIEW : JULIEN RICHARD-THOMSON

Où en est l’affaire « Bloody Flowers » ? Le film est-il toujours bloqué ?

Hélas oui, pour des raisons juridiques. L’actrice principale avec qui nous sommes en litige a manoeuvré de façon à empêcher la sortie du film en dvd chez Emylia. Elle a même été jusqu’à prétendre que le film avait été tourné à son insu, ce qui fait mourir de rire tous les observateurs de l’affaire! J’ai engagé des avocats specialisés reputés qui travaillent sur le dossier, nous sommes plutôt confiants sur l’issue des procédures, mais le mal est fait. J’ai perdu pas mal de temps et d’argent sur ce film qui restera mon film “maudit”.

Pourquoi, après les « Time Demon », ne pas avoir continué à travailler avec Jean-Pierre Putters (qui a fondé Métaluna et produit “Theatre Bizarre”), à travers “Grand Guignol” par exemple…?

Jean Pierre est une personne attachante et brillante que j’estime beaucoup, j’avais très envie de continuer à produire des films avec lui. Pourquoi ne pas avoir continué ensemble? Je crois qu’il faut lui demander… nous avions il y a longtemps le projet de nous associer, d’ailleurs. Il y a quelques années nous avons failli adapter ses “Craignos Monsters” pour la télé, mais nous avons été lâchés en rase campagne par nos coproducteurs. Je ne désespère pas retravailler un jour avec lui. Il faut dire que Jean-Pierre a inventé un proverbe, qui n’est pas dénué d’un certain fondement je le reconnais : “Lorsque le Créateur décide de créer une nouvelle plaie d’Egypte , il la teste d’abord sur Richard J.Thomson”. Il estime que j’ai toujours été assez malchanceux dans ma carrière, peut-être a-t-il eu peur d’être poursuivi par la poisse à force de rester à mes côtés ! J’aurais bien aimé être associé à Grand Guignol, mais Metaluna ne m’a rien proposé jusqu’à ce jour…

Pouvez-vous nous parler de "Very Very Sexy Snuff Movie" ?

C’est un dvd qui sort en décembre aux USA et Canada, un film à sketches gore et sexy: en réalité j’ai assemblé divers moyens et courts –métrages que j’avais tournés dans les années 2000, pour en faire un film façon “Creepshow”. On y retrouve notamment ma parodie de télé-réalité “24 Hours Alive” avec l’immense Christophe Lemaire en serial-killer des bois…

INTERVIEW : JULIEN RICHARD-THOMSON

Vous êtes connu pour ne pas avoir de subventions extérieures. D’après vous, pourquoi n’obtenez-vous pas d’aide de la part du CNC ou d’un autre organisme ? Le milieu du cinéma est-il un cercle aussi fermé que ce que l’on peut entendre ?

Le milieu du cinema est un microcosme, une sorte d’aristocratie. La plupart des cineastes ou acteurs sont des “fils de” ou “filles de”, même si cela ne se sait pas toujours, ce qui du reste ne signifie pas qu’ils n’ont pas de talent. Ceux qui “percent” sans soutien ni piston, sont des exceptions. Moi personne n’a jamais cru bon de me “donner ma chance”, je n’avais aucun réseau et je n’ai pas fait les bonnes rencontres. Par ailleurs le fait de produire des films à tout petits budgets a été une erreur: loin de séduire les producteurs et investisseurs (qui auraient pu se dire “que serait-il capable de faire avec un budget normal?”) cela m’a attiré leur incompréhension, leur méfiance et parfois leur mépris. Enfin, je me suis obstiné à écrire des scripts de films fantastiques, des series B au début, puis des films plus sombres et personnels, alors que notre pays n’en produit presque pas ! Le CNC refuse catégoriquement de soutenir des films qui pourraient évoquer de près ou de loin le cinema américain. Je dois avouer que j’ai commis à peu près toutes les erreurs à ne pas faire ! J’ai cru que je pourrai, à force d’efforts, imposer mon univers alors que j’aurais mieux fait de “rentrer dans le rang” dès le départ, je serais probablement un cinéaste “installé” aujourd’hui… Je dois dire que seule Canal Plus m’encourage à persister et accorde de l’importance à ce que j’écris, même si plusieurs projets n’ont pas aboutis ces dernières années, mais j’ai bon espoir pour le prochain projet en écriture.

Malgré le fait que vous autoproduisez vos films, vous avez tout de même une "fan base" conséquente, vous êtes régulièrement cité sur les forums de films fantastiques, est-ce que cela vous touche et vous pousse à continuer à faire des films ?

Bien sûr, lorsque des gens s’intéressent à vos travaux c’est motivant. Le seul soucis est que dans mon cas, les gens ne connaissent de moi que mes films de jeunesse, Time Demon ou Jurassic Trash, que je ne renie pas mais qui sont éloignés de mes envies actuelles. Avec Time Demon je considère que j’ai déployé environ 5% de ma capacité créatrice. Je tournais ces films pour m’entrainer à faire des longs-métrages, il s’agissait de simples amuses-bouches! En fin de compte, personne ne peut savoir s‘il aime ou non mes films puique ces derniers n’ont encore jamais été tournés. Un peu comme si on jugeait Spielberg sur son premier téléfilm et son épisode de Columbo, tournés avant Duel. Je suis donc trés frustré de ne pas encore avoir pu filmer les histoires qui me passionnent. Parfois j’ai l’impression de vivre un cauchemar dans un monde parallèle, avec une carrière virtuelle, ce sentiment est formidablement perturbant.

Si vous aviez un budget de blockbuster, quel film feriez-vous ? quel serait votre projet fantasme ?

Etant quelqu’un de plutôt réaliste, avec les pieds sur terre (ce qui peut sembler paradoxal pour un amateur de fantastique) je ne m’imagine pas être aux commandes d’une superproduction, car cela ne risque pas d’arriver dans les dix prochaines années. D’ailleurs, cela ne m’intéresse pas vraiment, les blockbusters, très franchement. Pour répondre à la question, en me creusant la tête, je dirais quand même que je pourrais me laisser tenter par un film historique, par exemple un film sur la croisade des Albigeois. Je suis un passionné d’Histoire française et américaine. Mais je me méfie de la pression générée par de trop gros budgets, j’aime bien avoir un certain contrôle sur mon projet, j’aurais du mal à me plier aux exigences d’ un studio comme cela se pratique à Hollywood par exemple. Voilà pourquoi avec 100 millions je préfèrerais réaliser dix films à dix millions!

En revanche mes projets fantasmes sont nombreux, car je dirais que tous les films que j’écris sont mes fantasmes! J’aimerais les tourner tous! Je serais si heureux de concrétiser mes derniers scénarios qui n’ont pas trouvé de financement, comme “Cargo Vaudou”, “Crash Test”, “Surpuissant”, “Hékatombe” et bien d’autres…D’autant que je suis convaincu de leur potentiel, artistique et commercial!

INTERVIEW : JULIEN RICHARD-THOMSON

Quel regard portez-vous sur le cinéma de genre français et mondial ? Quel pays vous semble le plus inspiré pour ce genre de films ?

Mon cinema préféré est celui d’Outre-Atlantique, ce sont des gens comme Ferrara, De Palma, Scorsese, Cronenberg qui me font vibrer! Bien sur il existe d’autres cinématographies passionnantes, je pense à l’Italie, à l’Espagne avec le renouveau de leur cinéma fantastique… En France il y a des tentatives, pas toujours concluantes. J’aime assez la démarche de Pascal Laugier même si je n’ai pas totalement adhéré à Martyrs (j’ai beaucoup aimé The Secret en revanche), dans un style tout autre j’aime bien les bizarreries branchouilles de Quentin Dupieux… Bref il y a quelques réalisateurs talentueux mais souvent les films sont mal produits, la faute aussi aux institutions qui ne jouent pas le jeu. Après c’est la spirale infernale: les films sont sous-financés, ils ne sont pas trés bons, le public les boude, donc personne ne veut financer les suivants et ainsi de suite… Mais les créateurs sont aussi en partie responsables, il y a par exemple un vrai problème d’écriture dans les films de genre en France. Et parfois aussi, un problème d’interprétation, des castings insipides. Or pas de grand film sans grands acteurs! Je n’imagine pas “Casino” sans De Niro, “Scarface” sans Pacino, ou “Tenue de Soirée”’ sans Depardieu et Michel Blanc. Pour nos films de genre il nous manque quand même un Dennis Hopper, un Jack Nicholson, une Sigourney Weaver (c’est aussi aux réalisateurs de les repérer)…

J’ai également une théorie qui pourrait expliquer en partie la réticence du public français pour les films fantastiques hexagonaux, au delà des problèmes de qualité: lorsqu’un spectateur achète un ticket de cinéma pour voir un film de genre, il espère souvent y trouver un certain dépaysement. Du coup, une intrigue se déroulant à Ménilmontant ou pire, à Limoges, peut ne pas lui procurer sa dose de grand frisson. Comment croire qu’un fantôme sévit dans le grenier d’un pavillon de Fontenay-aux-Roses, alors que dans le Nebraska c’est bien plus excitant! Comment se passionner pour les déboires d’un groupe de jeunes poursuivis par une famille de cannibales à Mortagne-au-Perche? Au Texas, ça a quand même plus de gueule!....

Il faut être sacrément doué pour faire jaillir l’extraordinaire au détour d’un paysage quotidien, créer la magie au coeur de notre réalité de tous les jours. C’est un vrai défi! Pour ma part certaines régions m’inspirent plus que d’autres, je rêve de tourner un film maléfique et violent dans le Luberon, la ville de Marseille m’inspire aussi énormément…

Merci beaucoup pour cette interview.

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 13 Novembre 2012

Pour la sortie du livre "Mad Movies, Mad... ma vie", j'ai pu rencontrer son auteur : Jean-Pierre Putters, fondateur de la revue "Mad Movies", de la boutique "Movies 2000" (49 Rue de la Rochefoucauld, 75009 Paris), de la société de production "Métaluna" et qui est aussi pâtissier !

En plus d'une photo et d'une dédicace, j'ai ainsi pu l'interviewer. Une interview difficile à obtenir tellement la boutique ne désemplissait pas ! Des dizaines de fans ayant fait le déplacement pour faire dédicacer leur exemplaire du livre par JPP. Après un peu d'attente, j'ai ainsi pu m'entretenir avec lui et ce fût un réel plaisir de pouvoir bavarder avec ce personnage haut en couleur qui, dès mon plus jeune âge et par le biais de sa revue, m'a donné la passion du cinéma de genre. Durant l'entretien, on peut sentir ma voix tremblotante face à ce monument du cinéma et de la presse.

INTERVIEW : JEAN-PIERRE PUTTERS
INTERVIEW : JEAN-PIERRE PUTTERS

Une entrevue en plein "Movies 2000" et donc avec un peu de chahut (j'ai pas dû employer ce mot depuis 15 ans, tiens) mais c'est aussi cette ambiance qui fait le charme du lieu. Bref, une interview pleine d'anecdotes sur la jeunesse de JPP et les quartiers parisiens des années 60-70, sur la naissance de Mad Movies, sur la "Supergirl" Helen Slater et sur ses soutien-gorges, sur les amis de JPP : Rurik Sallé, Jimmy Frachon etc...

Tout le reste, vous le trouverez dans le bouquin "Mad Movies, Mad... ma vie" que je vous conseille vivement d'acheter (ou de vous faire offrir à Noël). Une mine d'informations sur le cinéma de genre et une multitudes de souvenirs. 40 ans de passion dans un même livre.

Merci encore Jean-Pierre !

Ci-dessous l'interview vidéo de Jean-Pierre Putters.

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 28 Août 2012

INTERVIEW - Rurik Sallé

Salut à tous, aujourd'hui, j'ai l'honneur d'interviewer le magistral Rurik Sallé !

Acteur (Dead Shadows, Zombinladen, Le fils de Chucky...), Musicien (Fugu Dal Bronx, Livide...), Journaliste (Mad Movies...), Animateur (Panoramad, Plus ou moins geek...) Rurik revient sur sa carrière passée, nous parle (entre autres) de ses projets, de Jean-Claude Van Damme, d'Argento, de Uwe Boll, de musique italienne, de Mad Movies, de Sergio Léone, du cinéma français... le tout avec le franc-parler et l'humour qu'on lui connait.

1/ Histoire de faire une introduction, peux-tu te présenter ?

Aux dernières nouvelles de nos amis de la préfecture de Paris, je m'appellerais toujours Rurik Sallé, ce qui me rassure quand on connait leur capacité à faire évoluer l'espace-temps pour vous plonger dans un enfer qui ferait jalouser Brazil. Je suis acteur et compositeur, et je partage également mes passions pour le cinéma et la musique dans des magazines et des émissions web depuis une dizaine d'années, et maintenant à la télévision aussi.

2/ Je t’ai connu, à la base, comme journaliste dans le magazine « Mad Movies ». Comment as-tu commencé à travailler à « Mad Movies » et quel est ton rôle ?

Mon rôle dans Mad Movies, c'est celui de Jean-Charles Duboeuf, petit boucher de province qui cache un terrible secret. J'ai commencé à travailler dans ce magazine après avoir rencontré l'équipe il y a quelques années. Je faisais à l'époque partie du concurrent l'Ecran Fantastique. J'y écris des choses, et je présente l'émission hebdomadaire Cinémad sur le site du magazine.

INTERVIEW : RURIK SALLE

"En France, on a parfois du mal à comprendre pourquoi les gens font plusieurs choses "différentes". Mais ces plusieurs choses sont plutôt plusieurs aspect d'une seule personne, et au final tout est relié."

3/ A ton avis, quel est le secret de la longévité de « Mad Movies » ?

Jean-Pierre Putters a fait de Mad Movies un mag unique, au ton franc, et qui défend le cinéma différent, de la marge, fantastique, horreur, bis, Z, le cinéma dont on entend pas réellement parler ailleurs. Même si le magazine a évolué depuis, le nom "Mad Movies" est très puissant dans l'esprit des lecteurs, et facteur de passions intenses. Je pense qu'en ce sens, Mad est unique en France. On n'achète pas "un mag de ciné", on achète Mad. C'est tout un univers que l'on espère retrouver à chaque fois.

Jean-Pierre Putters est un ami, c'est un mec brillant, et qui possède exactement l'humour de ses Craignos Monsters. Et as-tu goûté ses macarons? Il en ramène parfois à Movies 2000... En découvrant Jean-Pierre, j'ai compris que l'esprit originel de Mad avait des racines sincères, et j'ai réalisé que mon amour pour Mad lors de mon adolescence n'était pas une mascarade. Si la presse française possédait davantage de gens comme lui, on se ferait moins chier !

En France, on a parfois du mal à comprendre pourquoi les gens font plusieurs choses "différentes". Mais ces plusieurs choses sont plutôt plusieurs aspect d'une seule personne, et au final tout est relié. Je n'imagine pas quelqu'un dire "Je reviens de la boulangerie, et le mec vendait des mille-feuilles et AUSSI des pains complets. Tu imagines??!" Jean-Pierre Putters est pâtissier, il a créé Mad, il est également producteur, écrivain... Et il fait tout à fond!

4/ Pourquoi penses-tu qu’il existe des revues spécialisées sur le fantastique/horreur, comme « Mad Movies », et pas sur d’autres genres de films comme la comédie ou les drames ? Pourtant, on aurait tendance à croire que le public d’horreur est minuscule par rapport à celui des comédies, par exemple.

C'est une bonne question! Je pense que le cinéma fantastique et d'horreur touche au passionnel, à la chair, presque. L'entrain des fans, comme avec les fans de metal, est tel qu'il dépasse celui des fans de comédies musicales ou des polars, par exemple, d'autant que le fantastique et l'horreur sont des genres un peu interdits, donc l'impression de faire une bêtise ou de braver les interdits est forte lorsqu'on les regarde. Alors que polars ou comédies musicales sont des genres acceptés et normalisés. De plus, lorsqu'on est petit, le fantastique et l'horreur sont en général des genres bannis par les parents, on les regarde sous le manteau. Il en résulte une certaine fascination... Tout le monde a une anecdote concernant les premiers trucs d'horreur qu'il a vu, comme avec les films de cul en fait. Le metal aussi est une musique qui dérange, qui défoule, et qu'on n'écoute pas n'importe où, n'importe quand. J'ai un très bon ami qui s'est marié récemment, il est ultra pointu en metal, mais il n'a pas passé de metal à son mariage, certainemenent parce que c'est une zique qui pourrait déranger... Tous ces éléments rendent les choses passionnelles, créent un envoûtement autour de ces oeuvres. Et puis, Mad a été créé par Jean-Pierre pour défendre un cinéma interdit, invisible, avec passion, humour et irrévérence punk. Y'avait-il matière à défendre envers et contre tout le polar et le musical ? Non, ils étaient déjà dans tous les journaux.

5/ Quel est ton meilleur souvenir à « Mad Movies » ?

Il y en a plusieurs, mais un jour, j'ai croisé une famille dans un tramway. Le père est venu me voir, il m'avait reconnu et m'a parlé de mes émissions. Il m'a dit qu'il les regardait en famille avec sa femme et ses deux enfants, qui étaient assis à côté de lui! Et il m'a confié qu'il retrouvait dans ces émissions, et dans mes articles, le ton du Mad qu'il aimait avant, humoristique, léger, différent et informatif. Ca m'a beaucoup touché. D'une manière générale, les fans de Mad ont toujours été extrêmement agréables avec moi, et je suis honoré de cette relation que j'ai avec eux.

6/ Au total, dans combien de magazines écris-tu ?

En ce moment j'écris dans deux magazines, Mad Movies et Rock First. Je partage également mes passions à la télévision, sur l'émission hebdo Plus ou Moins Geek, qui arrive sur Planète + No Limit (Canal +) dès novembre.

INTERVIEW : RURIK SALLE

"J'adore le cinéma français, aussi. Il y a des choses extraordinaires en France, et j'emmerde ces tendances à mépriser tout ce qui vient de France, à dire que le cinéma français c'est de la merde."

7/ En horreur ou dans n’importe quel genre, quels sont tes films cultes ?

C'est toujours difficile de répondre à ça, parce que faire des listes est forcément réducteur, et ne représente qu'un moment précis, alors que tout le monde prend ça pour argent comptant! Je me souviens d'une phrase de Baffie qui disait "les meilleures vannes, tu les trouve toujours le lendemain." C'est vrai pour les listes aussi. Tu te réveilles avec l'envie de rajouter tel truc, ou tu penses à tel autre tandis que tu nettoie ton corps d'athlète sous ta douche au son des "Plus grands thèmes du classique" par André Rieu.

Mais disons que je pourrais citer quelques films chers à mon coeur en ce moment précis : La cité des monstres, de Alex Winter et Tom Stern, avec son générique par Henry Rollins et son Keanu Reeves en homme-vache cotoyant Mr.T en femme à barbe. Vorace aussi, évidemment, incroyable chef-d'oeuvre de Antonia Bird terrifiant, drôle et intelligent. Quatre mouches de velours gris de Argento, l'un de ses moins connus mais que j'adore, avec Bud Spencer qui joue un mec appelé "Dieu", et Jean-Pierre Marielle en détective privé gay! Le tout sur une fabuleuse musique de Morricone... Shocker de Wes Craven est le meilleur film d'horreur hard rock, à mon avis. Une pure série B, un autre de mes films de chevet. Kitano cinéaste est souvent à fleur de peau, magnifique. Et Carpenter !! The Thing, c'est intouchable. J'aime le cinéma asiatique en général, j'ai passé beaucoup, beaucoup de temps en Asie. The Mission de Johnnie To est l'un des films que je peux revoir sans jamais m'emmerder. Tuer, de Kenji Misumi, m'a fouetté le fondement également.

J'adore le cinéma français, aussi. Il y a des choses extraordinaires en France, et j'emmerde ces tendances à mépriser tout ce qui vient de France, à dire que le cinéma français c'est de la merde. Le cinéma français, comme la plupart des pays, est capable de choses grandioses. Encore faut-il se donner la peine d'éviter le Cinéman de Yann Moix ou le Lucky Luke de James Huth! Quentin Dupieux est un mec très intéressant. Steak est l'un de mes films préférés, l'un des trucs les plus fous que j'ai vu de ma vie. Aussi drôle que violent, triste et mélancolique. Absurde, unique. Kavinsky joue dedans, Tellier aussi. Eric et Ramzy sont parfaits, et Dupieux est d'ailleurs le premier à les soutenir. Ces mecs sont incompris également. Platane, c'est vachement bien, bien moins con que le reste des séries! Judor est masochiste: il est pitoyable dans cette série, triste à mourir. On pourrait s'attendre à la grosse déconne grasse, mais non. C'est étonnant, Platane!

Et Polanski? Le Locataire, ultime. Du Welz aussi, c'est l'un des réals les plus intéressants aujourd'hui, et c'est un mec vraiment bien. Et Le Sucre de Jacques Rouffio, génial! Un modèle d'actorat. Depardieu, Carmet, Piccoli, Hanin, ils sont brillants là-dedans. Tu as vu la scène où Piccoli gueule sur les banquiers à table? A la fin de la séquence, l'équipe du film était silencieuse tellement ils avaient eu le souffle coupé par son jeu. Piccoli est un géant, aussi bien dans La grande bouffe de Ferreri, l'un de mes films préférés aussi, que dans Diabolik de Bava!

J'adore Chabrol aussi, et je pourrais même pousser la provocation jusqu'à citer Claude Sautet: ses acteurs sont incroyables, ses films respirent la vie. Tous les matins du monde est également un film somptueux. Ce plan fixe de 5 minutes sur la tête de Depardieu au début, c'est une vraie leçon. Tout dans ce plan est divin : mise en scène, jeu, son, dialogues. Marielle est intense. C'est l'un des plus beaux films sur la création, la foi en l'art, et la musique qu'il m'ait été donné de voir. Carax, son segment de Tokyo! est aussi à tomber par terre, une liberté fascinante. Quand je l'ai vu, j'ai arrêté le film à la fin du sketche pour reprendre mon souffle! Carax est l'un des rares à se permettre une telle liberté. Dupieux aussi. Noé parfois. Et Kounen.

Récemment, j'ai été scotché par deux films : Territoires de Olivier Abbou, et The Incident de Alexandre Courtes. Ces deux-là sont complètement passés sous le radar, et pourtant ils enterrent nombre de leurs confrères plus médiatisés. Territoires est cru, brut, dur, et solide. Et lorsque j'ai vu The Incident, j'ai été estomaqué. Incroyable maîtrise visuelle, superbes acteurs, ambiance lourde, et une véritable surprise : le film ne tombe jamais dans le cliché, surprend sans cesse. The Incident est un film d'horreur rock !

En temps qu'acteur, et en temps que spectateur, j'aime les réalisateurs qui ne passent pas leur temps à prendre la pause, à faire des films "comme untel ou untel". Qu'ils soient artistes ou artisans, j'aime les réalisateurs avec une âme.

8/ Quel serait ton film « fantasme » ? Quels acteurs/actrices verrais-tu dedans ? Qui le réaliserait ? Ça parlerait de quoi ?

Un remake de Maniac mais tourné à Paris, avec Depardieu dans le rôle de Spinell ! Ca serait génial ça!

9/ As-tu des envies de réalisation ? D’ailleurs, si tu devais réaliser un film, ça donnerait quoi ?

Ah oui, j'ai des envies de réalisation... D'ailleurs, j'ai réalisé quelques petites choses : un clip, un reportage pour la téloche, quelques courts aussi. C'est en cours, j'ai des idées et des envies... D'une manière générale, je n'aime pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. D'abord parce que je ne tue pas les ours, mais aussi parce que j'aime le vrai. Je n'aime pas vraiment le fantasme, dans le sens où, pour moi, ce qui compte est ce qu'on a fait ou ce qu'on est en train de faire. Mais tant que les choses n'existent pas, elles ne sont que des mots. Dans le cinéma, tout le monde a un projet. C'est facile d'avoir des projets, et c'est normal : tout commence par là. Mais je préfère parler du concret, tu vois ? C'est comme de dire "dans 5 mois, je ferai une omelette". Cool, on peut goûter?

Je travaille en ce moment sur quelques projets, justement. Il est donc un poil trop tôt pour vous en parler, mais j'ai quelques envies qui me tiennent à coeur. Nous en reparlerons bientôt !

INTERVIEW : RURIK SALLE

"On m'a souvent proposé des rôles de méchants, étrangement... Mais je ne m'en plains pas! C'est incroyable, les rôles de méchants."

10/ Tu as maintenant un site internet spécialement pour ton métier de comédien. Acteur, est-ce une finalité pour toi ?

Une finalité, je ne sais pas... Ca fait un peu final, ça, non? Merde, c'est déjà la fin? Ahah...

En fait, c'est marrant parce que j'en parlais à quelqu'un de très proche, il y a un ou deux ans. Je lui disais à quel point ma carrière d'acteur était désormais au centre de ma vie, et cette personne, qui me connait très bien, m'a simplement fait remarquer qu'en fait, j'avais toujours fait ça. Et c'est vrai... Depuis l'école élémentaire, je joue. Je faisais du théâtre, jouais dans des courts, fait le conservatoire du 1er arrondissement... En fait, je n'ai jamais "décidé" de suivre telle ou telle filière. Tout ce que je fais est une partie de moi. J'ai toujours fait de la musique, toujours écrit, toujours joué. Tout ça, c'est moi, et jamais je n'ai sérieusement fait quelque chose qui ne me ressemblait pas. Ce que je suis aujourd'hui est simplement la continuité de ce que j'ai toujours été.

Je travaille par exemple parfois avec Corine Blue, qui est une incroyable coach d'acteurs. Elle coache aussi des gens comme Julie Gayet ou Thierry Frémont, et Xavier Gens est un grand fan de son travail... Xavier est un pote, et on s'est d'ailleurs retrouvés sur un stage de Corine. Acteur pour moi, c'est une vocation depuis longtemps, pas une lubie ou un hobby. C'est un véritable travail que je fais avec toute mon énergie.

11/ Y’a-t-il un rôle, un personnage, que tu aimerais interpréter particulièrement ?

On m'a souvent proposé des rôles de méchants, étrangement... Mais je ne m'en plains pas! C'est incroyable, les rôles de méchants. Dans le récent Dead Shadows, de David Cholewa, je suis le chef d'une bande de voyous, et c'est un rôle que j'ai eu un plaisir incroyable à interpréter. Dans un film comme celui-là, je mets également en application mon côté "action", que j'adore, et que j'affute en travaillant la chorégraphie de combat depuis un an ou deux. Dans "Zombinladen", c'est plutôt le côté comédie...

Je ne mets pas de cloisons entre les genres, et je suis autant ravi de jouer dans de purs films dits "de genre" que dans des drames ou des comédies moins typés. Pour moi, il y a deux critères décisifs : le rôle donc, et la rencontre. Il y a des réalisateurs qui me plaisent artistiquement et/ou humainement, et je serais vraiment ravi de jouer pour eux. Je ne suis pas un mercenaire, je fais les choses avec sincérité.

12/ Tu es aussi musicien au sein du groupe Fugu dal Bronx, quelles sont vos inspirations ? Vos musiques semblent sorties (ou en tous cas, pourraient faire partie) de la BO d’un film de genre.

Fugu Dal Bronx est né parce que j'avais fait pas mal de b.o. de films muets, et je sortais donc d'une ribambelle de compositions instrumentales. Auparavant, j'avais un groupe rock, mais cette parenthèse de musique sans paroles m'a donné envie de mélanger les deux: le rock et la musique de film. En fait, ça n'est pas si conscient que ça, mais au final c'est ça!

J'adore les b.o. Et le violon c'est génial, un instrument de fou. Qui peut résister au violon? Pas moi. Je me met nu en écoutant un violon. Les femmes dansent, les animaux jouent, le soleil couche avec la lune... Un violon, c'est cool.

INTERVIEW : RURIK SALLE

Fugu Dal Bronx est donc un groupe rock instrumental, et je suis vachement content de ce qu'on a fait jusqu'à présent. Il y a des influences diverses, j'imagine : je suis 25% italien, et la zique italienne est très profondément ancrée en moi! Morricone, les Goblin... Julien, le producteur de Dead Shadows, m'a même cité à propos de Fugu d'autres groupes prog ritals des années 70 que je ne connaissais même pas, comme Premiata Forneria Marconi. J'aime bien aussi Fabio Frizzi, par exemple. Mais il y a également un vrai côté rock et metal je pense. Je suis également dans ce milieu depuis des années, et j'adore des trucs comme Megadeth, Danzig, Alice Cooper. Municipal Waste, c'est incroyable sur scène, et eux aussi sont très influencés par le cinéma d'horreur!

Avec Fugu Dal Bronx, on a sorti cette année un Ep appelé Ti Nedo To Xtro. On a même donné le premier concert de l'histoire de Movies 2000 ! Pour le coup, on jouait en version acoustique. On a un ciné-concert de prévu, et on continue à jouer live. L'année prochaine, on sortira probablement un album, c'est dans les cartons. On essaye de marier le côté composition et émotion à un aspect plus rock n' roll distorsion... Le meilleur des deux mondes, quoi, ahah!

INTERVIEW : RURIK SALLE

"Les gens aiment à se trouver des souffres-douleur pour oublier qu'eux-mêmes ne foutent rien. La jalousie et la faiblesse des gens n'ont pas de limites."

13/ On voit que tu as un CV assez hétéroclite ! Comment fais-tu pour trouver le temps de faire tout ça ? Une faille spatio-temporelle ?

En fait, ça fait bien longtemps que j'ai absorbé le concept de mondialisation. De nombreux pays du tiers-monde travaillent pour moi. Les gens de Nike sont assez fâchés, car ils ne peuvent plus faire fabriquer leurs chaussures de merde pour 50 cents par jour par des gens fatigués : j'ai proposé le double à ces pauvres gens s'ils bossaient pour mon compte. Grand seigneur... C'est pratique, et tout le monde s'y retrouve.

14/ Toujours en prenant ton CV, peux-tu me donner une anecdote, un mot ou une pensée sur ces différentes expériences :

- Livide : Alex et Julien sont des amis, et c'est bien de collaborer avec des amis. L'anecdote, c'est que j'ai composé la chanson Tonight, Every Night pour le film, et que Croissant's est un vieux morceau datant de 2002, que Alex connaissait depuis cette époque. Je n'en avais jamais rien fait de précis, et voilà qu'ils l'ont choisi pour Livide, pour illustrer la scène des enfants avec les masques de Halloween. Le destin, quoi!

- + ou – Geek : Le terme "geek" me déplait en général, car je l'associe à "nerd". Tu vois? Les mecs qui sont enfermés dans leur passion, incapables de communiquer avec quiconque ne possède pas les mêmes codes qu'eux... Au final, j'ai découvert à travers mon travail dans cette émission plein de trucs que j'ignorais! Mais ce qui est notable, surtout, c'est qu'on se fend vraiment la gueule ensemble, avec l'équipe. On a récemment passé deux jours de dédicaces et rencontres avec les spectateurs, et je peux te dire qu'on n'a pas arrêté une seule seconde de se marrer. Il y a une ambiance géniale avec cette bande, et pourtant il s'agit de télévision! On pourrait imaginer l'inverse, il n'en est rien. C'est aussi grace à David Frécinaux, qui produit l'émission, et qui a sû, avec Mylène Baradel, choisir des gens cools et diffuser une ambiance sereine, amicale et festive. Toutes les "équipes" ne peuvent pas en dire autant, je peux te l'assurer!

- Le fils de Chucky : Alors ça, c'est un super souvenir. J'étais sur le tournage du Fils de Chucky, en Roumanie, envoyé par l'Ecran Fantastique, et voilà qu'ils recherchent des figurants pour une scène. Je leur propose ma personne, avec plaisir, et je me retrouve collé à John Waters pour une séquence entière! Un honneur... D'autant que John Waters est un mec vraiment marrant, qui n'arrête pas de raconter des blagues de cul entre les prises. Toujours en train de déconner. Un souvenir incroyable! Même ma mère est allée voir le film au cinéma, du coup!

- Cinémad : C'est l'émission que je présente toutes les semaines sur le site de Mad. Avant, il y avait également Panoramad le week-end, et au total, je dois en être à 300 émissions. Le truc, c'est que j'ai toujours abordé ces émissions comme un acteur, en fait, puisque tout ce que je dis est improvisé, toujours, et que je ne me suis jamais contenté de diffuser des infos : j'ai également envie de les "jouer", d'inventer, de m'amuser. Les retours sont vraiment géniaux, on rigole bien avec les spectateurs. Ils m'envoient des images à la con, je leur pose des questions... Je crois que pour beaucoup de gens, c'est un rendez-vous important, et ça l'est pour moi aussi. Ils sont cools, les lecteurs et spectateurs de Mad.

- Zombinladen : C'est un de ces projets marrants qui se transforment en mini-phénomènes... Le film a été vu près de deux millions de fois sur internet! C'est dingue... Il y a même une boite de prod Z aux USA qui a piqué le concept et le sous-titre du film ("The Axis Of Evil Dead"), et qui en a fait un long-métrage... qui a l'air vraiment pourri! Je suis content d'avoir joué dans ce court, il m'a aussi permis de rencontrer quelques personnes avec qui je m'entends très bien.

15/ Tu apparais dans un des segments du prochain film : « ABC of Death ». Comment as-tu intégré ce film ? Quel est ton rôle ?

C'est Xavier Gens qui m'a proposé de jouer une petite frappe qui insulte une femme un peu ronde. J'aime beaucoup Xavier, et sa manière de travailler. Il est toujours enthousiaste et créatif sur un plateau. Et puis le projet ABC of Death est assez marrant : 26 petits segments réalisés par 26 réalisateurs différents du monde entier, réunis en un seul film. On y trouve Yoshihiro Nishimura, Jake West, Jason Eisener...

Pour le segment de Xavier, j'ai fait équipe avec Chems Dahmani, qui joue dans Frontière(s). On a bien rigolé, et le sketch a de la gueule. Il est même vraiment cruel, en fait!

INTERVIEW : RURIK SALLE

"Jean-Claude Van Damme : voilà un mec qui aime sincèrement le ciné, qui a toujours progressé en temps qu'acteur, et qui a la clairvoyance de savoir qu'il n'a pas encore tourné le "grand" film qu'il aimerait faire. Qui se permet de juger ce mec ? Les gens qui regardent Star Academy ? Laisse-moi rire"

INTERVIEW : RURIK SALLE

16/ Quels sont tes projets à venir ? Vers quoi aimerais-tu t’orienter dans le futur ?Je poursuis ma carrière d'acteur bien sûr. Dans ce domaine, il y a encore mille choses à faire, et j'ai encore envie de mille choses, évidemment.

Au niveau musique, il y a Fugu Dal Bronx, et je caresse d'autres idées sonores.

Et puis, en plus du reste, il y a la télévision aussi. Je me souviens de choses incroyables dans les 80's et les 90's... Je trouve que la télé s'est un peu endormie depuis...

17/ Le combat des titres qui se ressemblent :

Je m'empresse de te dire que je ne vais pas monter les uns contre les autres... La plupart sont des premiers films, et ça n'est pas mon truc de démolir les premiers films. Au contraire, je préfère trouver les qualités pour inciter le réal à continuer. Taper dans les jambes de quelqu'un qui apprend à marcher, je laisse ça aux frustrés, aux jaloux et aux gros cons. Et il y en a!

- Plutôt « Frontières » ou « Territoires » ? Je pense que les films sont très différents, et pas incompatibles : Frontière(s) est plus généreux et Bis, Territoires plus cruel et psychologique. J'aime les deux.

- Plutôt « La Horde » ou « La Meute » ? J'ai été de ceux qui ont dit que La Horde était marrant, même si je pense que le film est imparfait. J'ai bien rigolé malgré tout. En ce qui concerne La Meute, les avis ont été plus violents encore, alors que je trouve qu'il y a des trucs bien dedans : tout le début, par exemple, me rappelle les films de Bernie Bonvoisin, et je trouve Biolay très bien. Il y a une tentative d'horreur-rock n' roll qui me plait.

- Plutôt « Scream » ou « Hurlements » ? J'aime bien Wes Craven, mais Scream ne fait pas partie de mes préférés. Il a fait tellement mieux! Hurlements, sans hésitation.

- Plutôt « Hostel » ou « Motel » ? Franchement, revoir l'un ou l'autre je m'en branle. Motel ne laissera pas grande trace, et je pense qu'avec les années, Hostel va mal vieillir. Hostel m'avait bien plu, mais le revoir je m'en fous. Je me souviens que Motel était vraiment agréable, mais avec une fin de merde, probablement pour faire plaisir au studio. Une happy-end en carton. Par contre, le générique de début est très beau!

18/ Sprint Final :

- Si tu ne devais remercier qu’un seul réalisateur, ce serait qui ? Sergio Leone, peut-être. Il a bercé tant d'enfances de cinéphiles! Mais c'est dur de choisir, évidemment. Argento aussi.

- Si tu devais dire « arrête le cinéma » à un réalisateur, ce serait qui ? Je préfèrerais encourager ceux qui n'osent pas.

- A la manière de l’émission que vous aviez faite à « Mad », quel réalisateur ou acteur défends-tu « seul contre tous » ? Côté réal, Uwe Boll est un personnage étonnant. Ses films ne sont jamais parfaits, mais il y a plus d'âme dans Rampage que dans beaucoup de gros films devant lesquels beaucoup se masturbent. Ca n'en fait pas des chefs d'oeuvre pour autant, c'est sûr, mais il mérite d'être un poil réévalué. Côté acteur, je défendrai toujours Jean-Claude Van Damme : voilà un mec qui aime sincèrement le ciné, qui a toujours progressé en temps qu'acteur, et qui a la clairvoyance de savoir qu'il n'a pas encore tourné le "grand" film qu'il aimerait faire. Qui se permet de juger ce mec ? Les gens qui regardent Star Academy ? Laissez-moi rire. Les gens aiment à se trouver des souffre-douleur pour oublier qu'eux-mêmes ne foutent rien. La jalousie et la faiblesse des gens n'ont pas de limites. Van Damme est un mec honnête, et je connais beaucoup d'acteurs qui ne pourraient pas faire ce qu'il donne dans Replicant ou L'Empreinte de la mort! Dans Expendables 2, il est très marrant.

19/ Le mot de la fin ?

C'est "génoise". C'est mou, un peu bourgeois, mais c'est un mot sympa.

Retrouvez Rurik Sallé sur son site internet : http://www.ruriksalle.com/

et sur le site de MAD MOVIES : http://www.mad-movies.com/

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Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

Publié le 11 Août 2010

INTERVIEW JEAN-LUC BAILLET

Allez, c’est parti :

“Gib : -Comment t’es venu l’envie de devenir réalisateur ?

Jean Luc Baillet : Comme beaucoup d’autres réalisateurs avant moi en visionnant des films au cinéma et en louant énormément de VHS au vidéoclub du coin. Je trouve que le cinéma est un média fascinant pour raconter des histoires.

Quels ont été les films qui t’ont marqués dans ta jeunesse ? Et quels sont tes films préférés aujourd’hui ?

Comme beaucoup de personnes de ma génération la 1ère trilogie « Star Wars » fut une énorme claque ! Après je dirai « Blade Runer », « Brazil », « Terminator », « Robocop », « Mad Max 2 » et encore beaucoup d’autres, les années 80 sont très riches en grands films. La liste de mes films préférés aujourd’hui est bien trop longue ! rires

Je n’en citerai que quelques uns, les premiers qui me viennent à l’esprit :

« Bienvenue à Gattaca » de Andrew Niccol, « Le Seigneur des anneaux » de Peter Jackson, « Batman Begins », « The Dark Knight » de Christopher Nolan, « Intacto » de Juan Carlos Fresnadillo, « The Machinist » de Brad Anderson, et « Watchmen » de Zack Snyder.

INTERVIEW JEAN-LUC BAILLET

Ton parcours ?

Je fais bref ! Une fois l’obtention de mon Bac comptabilité & Gestion, je suis rentré à l’université de Lille III pour suivre un Deug Médiation Culturelle et Communication Option Filmologie. En parallèle de mes études j’ai fais énormément de stages pratiques dans le secteur de l’audiovisuel. Ces différentes expériences m’ont amené vers la profession d’assistant réalisateur et maintenant vers celle de réalisateur.

Qu’est ce qui t’as poussé vers les films de genre ?

Principalement par affinité et par sa grande richesse thématique. C’est le registre dans lequel je me sens le plus à l’aise actuellement pour développer mes histoires.

Tu es aussi assistant réalisateur, sur quels films as-tu travaillé ?

J’ai principalement travaillé sur des téléfilms unitaires et des séries télés pour France Télévision par exemple « Une famille à tout prix » de Jacques Renard et les séries « Docteur Sylvestre » et « Blandine l’insoumise ». J’ai beaucoup appris sur la réalisation en travaillant sur ces tournages.

Quels sont tes projets à venir ?

Je travaille sur plusieurs projets de courts métrages. Le premier est un thriller « Chute Libre » et le second est un film fantastique « Le Phare de Kernnec » qui est actuellement en réécriture. J’espère si tout va bien tourner le premier cet hiver…

INTERVIEW JEAN-LUC BAILLET

Qui est ton réalisateur préféré ?

Je n’ai pas à proprement parlé de réalisateur préféré mais plusieurs comme par exemple :

Vincenzo Natali, Jaume Balaguero, Nicolas Winding Refn, M. Night Shyamalan et Hideo Nakata.

Dernier film vu au cinéma ? C’était bien ?

C’était « District 9 » de Neill Blomkamp, un film de SF fort sympathique !

As tu une origine cinématographique préférée ? Américain, français, Asiatique, espagnol…?

Non, aucune, j’aime tout ! rires

Après c’est vrai sans tomber dans un phénomène de mode qu’il y a toujours des périodes plus fastes que d’autre pour un pays à un moment donné dans le film de genre.

Aimerais-tu travailler sur une série télé ? Y’a-t-il des séries que tu apprécies ?

Oui, bien sur. J’ai d’ailleurs été attaché à la réalisation de plusieurs séries courtes, mais elles ne se sont jamais faites pour différentes raisons…

Oui, énormément comme par exemple Battlestar Galactica (la nouvelle série) et Master of Horror, qui me semble incontournable. Après dans les séries françaises, j’apprécie NerdZ et la Flander’s Company pour leurs humours et leurs inventivités débridés !

CONTRETEMPS

- Comment t’es venu l’idée du scénario de « Contretemps » ? Quelles ont été tes inspirations pour ce film ?

’idée m’est venue à la fac de Lille III, alors que j’étudiais le travail de l’artiste néerlandais M. C. Escher. J’étais assis sur un bac à côté d’un escalier et regardant monter et descendre les étudiants, je me suis dis que se serait amusant de faire une histoire autour d’un personnage bloqué dans un escalier et d’en réaliser un film ! rires

Mes inspirations pour ce court métrage en dehors de la BD à proprement parlé ont été le travail de M. C. Escher, pour le côté surréaliste et absurde des situations et Jacques Tati pour l’humour.

Tu as présenté ce film à plusieurs festivals, quels retours en as-tu eu ? De la profession ? Du public ?

J’ai eu globalement des retours très positifs de la part des professionnels et du public qui ont souligné les qualités du film et son originalité. Ils ont beaucoup apprécié le mélange des genres.

Quels prix a remporté le film ?

Le Delta Film Award du meilleur film au Festival du Film Fantastique de Manchester (Royaume-Uni), le Prix du Public au Festival C Trop Court de Jeumont (59) et le Prix du Jury au Festival des Nations de Ebensee (Autriche)

Dans ce film, le personnage principal est dessinateur, es-tu passioné par la bande dessinée ?

Oui, je suis un grand lecteur de bande dessinée depuis toujours. C’est pourquoi j’ai trouvé intéressant de faire un film hybride entre le cinéma et la BD mes deux passions pour en souligner les similitudes (profondeur de champs, notion de cadrages, éclairages, etc.).

Tu as eu recours à beaucoup d’effets numériques ?

Non, une petite vingtaine réalisé en post-production. C’était principalement des incrustations de blue screen, comme les dessins dans les cases de BD et des mattes paintings pour prolonger les décors existants, comme par exemple le couloir dans le second chapitre (Marc contre-attaque).

Le personnage du second dessinateur ressemble à George Lucas ou à Peter Jackson, est ce voulu ? rires

Oui, c’est un clin d’œil à Peter Jackson dans sa période « Le Seigneur des anneaux » ! rires. Il représente l’archétype du créateur.

Quelles ont été les principales difficultés pour la réalisation de ce film ?

En dehors des principales difficultés inhérentes au court métrage à savoir le manque de temps et d’argent, c’était la gestion des problèmes techniques et l’encadrement d’une équipe de 30 personnes qui fut assez complexe !

Des passages comme celui où le héros pose une question à la marionnette dans la rue a-t-elle été improvisé pendant le tournage ou étais-ce écrit dans le scénario ? Y’a-t-il eu des phases d’improvisation dans le film ?

Non c’était déjà dans le scénario, il n’y a eu aucune improvisation sur le tournage faute à un plan de travail très serré. Je me suis tenu au storyboard que j’avais réalisé avant le tournage. J’espère avoir plus de temps sur mon prochain court métrage pour pouvoir expérimenter des choses avec les comédiens et voir ce qui en découle.

Question à double choix et à justifier si besoin

Tu préfères plutôt Il faut sauver le Soldat Ryan ou Full Metal Jacket ?

J’aime énormément le travail de Steven Spielberg, mais je dirai « Full Metal Jacket » pour son incroyable maîtrise.

Plutôt Alien de Ridley Scott ou Aliens de James Cameron ?

« Aliens » pour la simple raison qu’il était très dur, voir impossible de faire une suite à la hauteur du premier et James Cameron l’a fait !

Plutôt Halloween ou Vendredi 13 ?

Sans hésitation « Halloween » de John Carpenter un de mes films de chevet.

Plutôt Le labyrinthe de Pan ou Sleepy Hollow ?

« Le labyrinthe de Pan », je n’ai jamais trop accroché à l’univers de Tim Burton malgré ses qualités. Par contre je suis un inconditionnel de Guillermo del Toro, j’attends toujours ses films avec une grande impatience, son prochain film « Bilbo le Hobbit » ne déroge pas à la règle bien au contraire !

Question finale de la mort : Plutôt Renny Harlin de la fin ou Uwe Boll des débuts ?

Dur comme question, ce n’est pas la question de la mort pour rien ! rires

Je dirai Renny Harlin…

L’interview est terminée, Merci Jean-Luc.”

Pour voir le film “Contretemps” de Jean-Luc Baillet, c’est ici :

http://contretempslefilm.free.fr/film.htm

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Rédigé par Gib

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