INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Publié le 24 Août 2015

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Laurent Dallias est le héros musclé de quatre films de Julien Richard-Thomson : Roboflash Warrior (1994) Time Demon (1996) Jurassic Trash (1998) Time Demon 2 (2002). Des comédies fantastique ou d'action, réalisées avec de tout petits budgets en totale indépendance mais qui pour certains d'entre eux sont devenus "cultes". Dans son livre de souvenirs "Mon Cinéma de A à Z" le cinéaste présente Laurent Dallias comme l'un de ses fidèles, comédien de talent et collaborateur précieux multi-casquettes (coproducteur sur Time Demon 2 par exemple). Depuis, Dallias a enchaîné les tournages sans pour autant accéder à la notoriété : des rôles de gendarmes dans des séries comme Plus belle la vie, ou Section de recherche , sans oublier des petits rôles dans des films comme Taxi 4... Rencontre avec un outsider de l'action !

Comment es-tu devenu comédien ?

A l'origine j'ai suivi des cours au Conservatoire d'Avignon, mon rêve était de faire l'acteur au cinéma. A la fin de la formation, avec les autres élèves du cours j'ai réalisé un film d'action intitulé "Rêve d'Héros", j'interprêtais aussi le rôle principal. Nous étions au milieu des années 90... J'ai aussi commencé à jouer dans des pièces de théâtre.

Comment a eu lieu ta rencontre avec Julien Richard-Thomson ?

A peu près à cette période, un ami comédien m'a signalé qu'un réalisateur et son équipe cherchaient des acteurs dans la région pour un projet de film intitulé "Roboflash Warrior" qu'il présentait comme une sorte de parodie. Il recherchait un héros brun et costaud, à cette époque je faisais aussi de la musculation.Je l'ai rencontré à Avignon avec son frère Blaise. Ses références étaient Terminator, Mad Max, mais il avait un budget dérisoire et donc il souhaitait tourner un genre de pastiche. Quand je lui ai demandé s'il avait des véhicules, des engins, il m'a répondu qu'il avait seulement deux motos ! (rires) Mais le courant est bien passé entre nous et j'ai accepté de joeur le rôle de Bruce, un mercenaire amnésique qui voyage dans le temps.

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Comment s'est passé le tournage de ce long-métrage ?

Très bien mais il n'y avait vraiment aucun moyens. L'équipe était très réduite, une demi-douzaine de techniciens, les acteurs avaient été recrutés dans la région. Bien sur il tournait en vidéo et non pas en pellicule cinéma. Le premier jour nous avons tourné une scène à Orange, mon personnage retrouvait un cadavre au volant d'un camion incendié. Julien avait déniché un vieux camion au bord d'une route, tous les décors étaient des décors naturels, dont une magnifique carrière où mon personnage se battait contre des guerrières amazones du futur.

Etais-tu fan de cinéma fantastique ?

De fantastique pas vraiment, je préférais la SF comme Blade Runner, 2001 ou New York 1997... J'aimais aussi beaucoup les films d'action. Comme j'étais costaud j'avais envie de jouer dans des films ou téléfilms des rôles plutôt physiques, des gardes du corps, des flics... Ma collaboration avec Julien m'a permis d'assouvir certaines envies comme jouer des scènes de bagarres ou de poursuites.

Parmi les quatre films que tu as fait avec Julien, quel est ton préféré ?

Time Demon 2 est celui dans lequel je me suis le plus investi, puisque outre le rôle principal j'avais d'autres casquettes, comme coproducteur. J'ai beaucoup travaillé sur ce projet, j'ai réuni une grande partie du casting par exemple. Mais le film que je préfère est sûrement Jurassic Trash car en tant qu'acteur, jouer un double-rôle est très intéressant. Je jouais à la fois le garde-champêtre et un clown tueur, en fait deux frères à l'opposé. Je me suis bien éclaté.

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

T'attendais tu à ce que ces films aient une carrière et deviennent "cultes" aux yeux de certains ?

Je pensais que Time Demon allait être assez populaire car il y avait des stars du X au casting, c'était à la mode à l'époque et d'ailleurs nous avions eu plusieurs reportages à la télé, sur Canal Plus et dans la presse... La diffusion du film a été plutôt modeste. Je pensais aussi que Time Demon 2 allait fonctionner car le casting était de bonne qualité, il y avait des acteurs qui tenaient bien la route et aussi pas mal de décors et de scènes d'action. Je misais moins sur Jurassic Trash mais en fait, aujourd'hui c'est mon préféré, c'est le plus abouti. Je l'ai vu en salle de cinéma et le public était plié de rire, c'est une comédie qui fonctionne très bien.

Julien Richard-Thomson est il un metteur en scène très directif ?

Je ne dirais pas ça, bien sûr il sait ce qu'il veut, mais il écoute aussi beaucoup ses techniciens ou ses acteurs. On peut proposer des idées, faire des suggestions et quand ça lui plaît il accepte sans aucun problème. C'est quelqu'un de très pragmatique.

Est-ce plus difficile de jouer dans un film fauché que dans une grosse production ?

D'un côté c'est plus facile car avec une petite équipe on tourne plus vite, on reste dans le personnage. Mais c'est aussi moins confortable, on se sent moins protégé, le stress est plus important. Bref c'est plus précaire, disons qu'il faut aimer l'aventure. En tous cas participer à ce genre de tournages a été formateur pour moi.

INTERVIEW : LAURENT DALLIAS

Quelques anecdotes ?

La plus mémorable a été l'irruption de vrais policiers sur le plateau de Time Demon 2 pendant la scène de braquage d'un supermarché. Les comédiens qui jouaient les malfrats ont failli mourir ce jour là ! (rires) Dans ce film il y a eu pas mal de scènes d'action, assez physiques, j'ai terminé le tournage épuisé. Sur Jurassic Trash j'ai souffert le martyr avec les chaussures de clowns qui m'écorchaient les pieds, une torture ! Sur tous ces films il y a eu de nombreuses pannes et incidents, dûs au manque de moyens. Je me souviens que sur Time Demon, Julien avait une caméra défectueuse il devait la démarrer en la dirigeant vers le ciel sinon elle refusait de filmer.

As-tu d'autres projets avec Julien Richard-Thomson ?

Oui il a écrit un film que je trouve très réussi, où je joue un petit mafieux, un gars au bas de l'échelle du crime. Ses collègues malfrats le considèrent comme moins que zéro mais un jour il se rebelle et décide de prendre sa retraite en réclamant les acquis sociaux qui lui sont dûs. Mais dans le monde du crime demander à bénéficier de congés payés ou d'une retraite, ça ne se fait pas... Cela se déroule à Marseille mais c'est un peu à la manière des comédies noires des frères Coen, le rôle est très intéressant. Le soucis c'est que Julien a le plus grand mal à trouver les moyens pour produire ses films, malgré son talent et son obstination. Et le cinéma ça coûte cher !

Merci beaucoup à Laurent Dallias pour cet entretien et à Julien-Richard Thomson pour son aide plus que précieuse.

Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

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Bator Alain 24/08/2015 18:54

Pour ceux qui s'intéressent de près à la carrière de Richard-Thomson surnommé par la presse "l'outsider du cinéma français", il y a ce site (non officiel) : http://richardjthomson.jimdo.com/
et aussi quelques liens sympas : http://www.liberation.fr/culture/2015/07/06/les-bobines-a-nanar_1344464
http://www.toxiccrypt.fr/?p=6738

Maxime Martel-D'Albert 24/08/2015 16:07

Oui, je me souviens de tous les films de Laurent, puisque j'interprétais à ses côtés toujours des seconds rôles (Dany dans Time Demon 2, Le paysan dans Jurassic Trash). Je trouve que Laurent est un très bon acteur mais, souvent mal employé au cinéma. Je vais le retrouver dans Zéro, le nouveau film de Richard J. Thomson. Ce sera un régal, j'en suis certain !