INTERVIEW : RURIK SALLE

Publié le 4 Janvier 2015

INTERVIEW : RURIK SALLE

Pour fêter la nouvelle année, quoi de mieux qu'une interview de Rurik Sallé ! Après un premier tour de piste, il y a 3 ans de cela, il est de retour pour nous parler de Distorsion X, le nouvel objet littéraire sorti depuis Noël 2014 ainsi que de sa carrière cinématographique, de sa musique et de sa vision sur différents éléments et évènement culturels ! Bref, c'est complet, rythmé, drôle et fort intéressant !

1/ Commençons par un sujet pas très fun : l’arrêt de Métaluna Magasine. Peux-tu nous dire ce qu’il s’est passé ?

Ce qu’il s’est passé, c’est qu’on a finalement découvert que « magazine » s’écrivait avec un « Z », et ça nous a fait peur. Un « Z », tu imagines ? Merde alors ! Tu sais, je trouve ça plutôt drôle, au final. On est simplement allés au bout de l’aventure. Créer un magazine en 2013, comme nous l’avons fait, c’est un truc de fou, un truc de voyou, un truc d’inconscients. N’est-ce pas la base de beaucoup de belles choses ? Surtout en faisant ce qu’on a fait : quelque chose d’unique, de différent. On n’a copié personne, on a fait notre truc, ce qu’on avait envie de voir, de lire, de créer. Et c’est pour ça que ça a marché, parce que c’était unique. Tu as combien de magazines aujourd’hui qui se ressemblent ? Plein. Qui va remplacer Metaluna en kiosque ? Personne ! Et c’est comme ça que nous avons vu les choses : en creusant un sillon.

Pour ne pas donner dans la langue de bois, soyons clair : la presse se casse totalement la gueule aujourd’hui. Et nous, à Metaluna, on n’a rien fait pour faire du « facile ». Dès le premier numéro, on s’est efforcé d’avoir notre identité, d’être nous-mêmes. Il y avait assez de personnalités folles dans ce mag pour ne pas avoir à se forcer ! On a eu un lectorat très, très fidèle. Cependant, un magazine qui « marche » aujourd’hui, ça ne veut plus dire grand-chose.. Regarde, les Foo Fighters ont vendu 190.000 exemplaires de leur nouvel album en première semaine aux USA. Ils étaient numéro deux, Pink Floyd juste derrière, et c’est considéré un succès. Mais 190.000, comparé aux chiffres de vente d’il y a 15 ans, c’est rien. La presse, c’est pareil. Tu n’imaginerais pas les ventes des magazines « établis », aujourd’hui. On croit qu’ils atteignent des dimensions stratosphériques, mais ils ne vendent que quelques milliers. Sur 75 millions de personnes dans ce pays, tu te rends compte ? Même si tu enlève les chiens et les bébés, et les aveugles, ça te laisse un paquet de millions de personnes. Ils lisent quoi, ces gens ?

Comme toutes les œuvres, Metaluna a eu un début et une fin. Je trouve ça bien, moi. Neuf numéros et des dizaines de vidéos, deux soirées sur Paris, et plein de déconnades en un peu moins de deux ans, sans jamais céder au commerce minable, sans vendre son cul, en gardant son originalité et son inventivité, je trouve que c’est un très beau score pour un magazine indépendant comme le nôtre. C'est une belle œuvre, non ? Et puis, ce qui me fait bien plaisir, c’est que beaucoup de « concurrents » établis, qui essayaient de nous vanner au début, nous ont vite copié, d’après ce que nous rapportaient les lecteurs. C’est plutôt flatteur.

Les ventes seules suffisent rarement à faire vivre une publication en kiosque aujourd’hui. Il faut aussi de la pub. Voilà pourquoi certains se transforment en panneaux d’affichages quand tu crois acheter un magazine culturel. Nous avons évité ça, et du coup le mag est mort de sa belle mort. Avec un putain de panache : le dernier numéro, le 9, a été la meilleure vente depuis le début ! Et de très loin, le bond par rapport au numéro d’avant était vertigineux. Et c’était avant l’annonce de la fin du mag, hein. Alors on est partis avec le sourire, les cheveux aux vents, même moi. On a vécu notre aventure, on a fait un truc qui restera, c’est un très bel accomplissement pour nous tous. On l’a fait. Nous avons créé notre voie, et soudé une équipe qui continue de travailler ensemble sur plein de trucs. Et puis, à titre personnel, j’avais dit que je m’occuperais de Metaluna pendant un an ou deux, pour ensuite quitter le monde de la presse et me consacrer plus encore au cinéma et à la musique. Alors je prends ça comme le destin : si le mag n’avait pas cessé de paraître, sans doute que je serais encore dessus. Finalement, c’était écrit !

2/ Malgré ça, la version vidéo de Métaluna que tu animes et qui s’appelle « Distorsion » continue. Le modèle va t’il changer ou allez-vous garder le même style (vidéo persos et extraits) ? Y’aura-t-il des modifications ?

Distorsion, l’émission-fiction, n’est pas une version vidéo de Metaluna, le projet existait bien avant Metaluna. Et d’ailleurs, Distorsion l’émission continue ! Il se trouve que Metaluna a été une belle occasion de mettre Distorsion en ligne, mais Distorsion l’émission existe indépendamment. C’est une sorte de laboratoire, un univers où tout est possible. En général, l’émission ressemble à un court-métrage dans lequel des bandes-annonces seraient insérées.. Il n’y a pas de personnage récurrent, si ce n’est le fait que je joue dans tous les épisodes, mais ça n’est pas forcément « moi ». Souvent, c’est un autre personnage, comme dans l’épisode 666, qui reste mon préféré et certainement le plus fou de tous jusqu’à maintenant. Dans celui-là, mon personnage part en week-end avec des potes (joués par Julien Savès, Laurent Fénoglio et Xavier Legrand, des Distordus), et deviens possédé à la suite d’une étrange rencontre.. Il est aussi question de saucisse. Dans l’épisode VII, je joue un père de famille connard, qui méprise sa femme et bat sa fille le soir de Noël. Il va avoir les boules. C’est assez fou aussi, assez cruel. J’ai un pote réalisateur qui m’a dit quelque chose qui m’a fait très plaisir. Il m’a dit « Cet épisode m’a vraiment mis mal à l’aise.. et je peux te dire que ça n’est pas facile ». C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire ! Le dernier épisode en date, c’est le 8ème, qui est en deux parties. La deuxième partie, ça fait des mois qu’on l’attend ! Et le pire, c’est qu’elle est quasiment finie. On a pris un long break, et surtout on a peaufiné les effets spéciaux. Vous verrez… C’est l’histoire d’un type qui se rend compte qu’il peut faire tourner les gens en boucle. Dans la deuxième partie, il rencontre sa nemesis.. Au milieu de tout ça, on insère des bande-annonces au sein du récit, mais on n’est plus forcément dans le truc typique, face caméra, un mec qui présente quelque chose. Si tu veux du Norman, mec, tu sais où le trouver. J’ai présenté 300 fois des émissions face caméra sur le net, et une centaine de fois à la TV : c’est hyper marrant, mais là j’avais envie d’autre chose. Distorsion est davantage un objet créatif, à mi-chemin entre le cinéma et l’émission culturelle. C’est plus exigeant, d’un côté comme de l’autre de l’écran, mais on se marre bien et on est vraiment fiers de Distorsion, l‘émission-fiction. Et puis, le dernier truc que j’ai envie de faire, c’est me répéter. Je ne suis pas le AC/DC de l’image, même si j’adore AC/DC. Personnellement, je ne cherche pas la formule, je cherche à m’exprimer.

Mais j’ai tous les albums d’AC/DC, et le dernier est vraiment bon ! Tu as entendu «Rock or Bust», le single ? Incroyable. Brian Johnson a une voix dingue dessus, et il a presque 70 ans. C’est surréaliste. Et Angus est en feu. Je viens d’ailleurs de réécouter l’album il y a 30 minutes.

Metaluna a eu un début et une fin. Je trouve ça bien, moi. Neuf numéros et des dizaines de vidéos, deux soirées sur Paris, et plein de déconnades en un peu moins de deux ans, sans jamais céder au commerce minable, sans vendre son cul, en gardant son originalité et son inventivité, je trouve que c’est un très beau score pour un magazine indépendant comme le nôtre

Rurik Sallé

INTERVIEW : RURIK SALLE

Je ne connais pas les clés de la vie, hein, ne me rajoute pas la barbe du Père Fourras, mais je pense que la différence se fait aussi beaucoup, dans toute chose, entre ceux qui se battent et ceux qui abandonnent.

Rurik Sallé

3/ Yes, j'ai écouté le dernier AC/DC, il est clairement énorme ! Sinon, concernant les émissions, Comment se déroule leur préparation? Pour le scénario des passages de fiction, le choix des bandes annonces, la mise en scène… ? Est-ce toi qui prépare tout ça ?

Oui tout à fait, j’ai écrit et réalisé les neuf épisodes jusqu’à maintenant. J’aime jouer et réaliser, donc ici je conjugue les deux, c’est cool, c’est libre. Cependant, lors du tournage, la présence de l’équipe de Broken Prod (Julien Savès, Xavier Legrand, David Marques, pour les réguliers) est essentielle. Ce sont des vétérans des tournages, et c’est aussi grâce à eux qu’on va si vite. Broken Prod, c’est notamment eux qui avaient produit le clip « Je deale à mourir » de Francis Caïbrel ! Tu connais ? Énorme ce truc. Sur le tournage, on se marre beaucoup, mais on est vraiment efficaces. C’est vraiment un laboratoire parfait pour tester plein de choses, surmonter n’importe quelle épreuve et trouver toutes les solutions aux problèmes. Ce sont des tournages guerilla, il y a aussi une grande place accordée à la spontanéité, mais on ne bâcle jamais rien.

Au moment du montage, soit je m’en occupe seul, soit en partie, soit c’est carrément quelqu’un d’autre qui le fait entièrement. Julien en a monté, Kevin Favillier aussi notamment. Et puis il y a les effets spéciaux quand on en a besoin : ils sont souvent signés Jim Wild. De mon côté, je fais aussi la musique et le design sonore. C’est une équipe rêvée, un plaisir !

4/ Il y a aussi les soirées Métalunight sur Paris qui sont maintenant nommés les soirées Disto Inferno. Il y en a eu une le 07 novembre dernier. Comment cela s’est passé et que peut-on découvrir et faire lors de ces soirées ?

Pendant ces soirées, on apprend surtout à se toucher. C’est vrai, aujourd’hui, et surtout à Paris, on ne se touche plus. On ne se regarde même plus ! Alors pendant les soirées Distorsion (la première c’était Disto Inferno, mais peut-être que la suivante s’appellera différemment), on se touche, on se déshabille, on se caresse, on hurle ensemble, jusqu’à ce qu’un grand cri nous unisse (petit clin d’œil à Corine Blue, hello Corine !). Les soirées Distorsion, c’est l’occasion de rompre avec les conventions.

Quand on fait une de ces soirées, c’est aussi l’occasion de projeter un film, une curiosité ou une bisserie, ou une rareté, et souvent de faire jouer un groupe. Le tout avec une superbe affiche, pour l’instant toujours signée Arnus. On fait très attention au graphisme, au fait que l’exigence créatrice se voit jusque dans l’affiche. On passe aussi des courts-métrages, des bandes-annonces chelou, on déconne.. Le cinéma, c’est bien trop sérieux. On n’est pas obligé de porter un costard pour présenter une séance. On n’est pas obligé de jouer les porteurs de bougie du XVIIème siècle. On peut être libre, réactif, vivant. Pendant les soirées Distorsion, on fait réagir le public, on déconne, on pose des questions. On ne prend pas les gens de haut. Peu de séances de projo se permettent ça, souvent parce que les présentateurs sont très mal l’aise sur scène. Regarde le nombre de balais dans le cul, je suis sûr qu’ils n’en ont jamais autant vendu ! Présenter quelque chose, faire vivre un public, c’est pas facile, mais c’est justement pour ça que c’est intéressant : c’est une performance. C’est comme un one-man-show. Didier Super est incroyable. Desproges était monstrueux, Coluche, même Michael Youn a un vrai talent. Je ne connais pas bien sa carrière, mais je l’avais vu dans Morning Live, je ne connaissais pas ce mec, et j’ai éclaté de rire en voyant ses explosions absurdes. C’est aussi ça qui m’intéresse dans le fait de présenter des séances ou des émissions : c’est le one-man show. C’est le saut dans le vide. C’est un vrai travail d’acteur en fait. Moi, imiter les présentateurs-robots des 80’s, je m’en fous. Avoir le même ton que 90% des speakers fabriqués à la chaîne d’aujourd’hui, je m’en fous.

Bon, je te parle de tout autre chose que de ta question, là, mais j’espère que tu ne dors pas encore ! Parce que moi, si.

Je présente aussi des séances à l’Étrange Festival de Paris, qui est la quintessence du festoche de ciné. Et je me marre bien. Cette année, il y a un mec qui est venu me voir, un anglo-saxon. Il me dit, en anglais « J’aime beaucoup vos présentations, votre gestuelle, vous avez beaucoup de vie, de mouvement. ». On croise tellement de gens étranges à ce festival, que je ne me suis pas demandé qui il était, mais ça m’a fait très plaisir. Quelques minutes plus tard, je rentre voir une séance. Hé ben ce mec, c’était Godfrey Reggio, réalisateur de Koyaanisqatsi, Powaqqatsi et Naqoyqatsi, et qui venait présenter son dernier film, Visitors. J’ai été vraiment ému, et je le dis ici pour partager ce petit bonheur. Je suis allé le remercier après. Voilà un homme qui ne comprenait certainement pas ce que je disais en français sur scène, mais qui aimait la gestuelle et le mouvement, et qui a ressenti. Pour un acteur, c’est vraiment un grand compliment, ça m’a beaucoup touché. En fait, je ne devrais pas en parler, mais puisqu’on est tous les deux et que je sais que personne ne nous lit, je me permets de te le dire !

5/ Y’a t-il une « manière de faire » dans le monde du cinéma, à laquelle il faut se tenir sous peine de rater certains projets ?

Je ne sais pas, je pense qu’il faut être sincère avec ce qu’on fait, c’est déjà pas mal... Et s’accrocher. Je ne connais pas les clés de la vie, hein, ne me rajoute pas la barbe du Père Fourras, mais je pense que la différence se fait aussi beaucoup, dans toute chose, entre ceux qui se battent et ceux qui abandonnent.

Et puis on n’est pas à Hong Kong ici : les gens que je connais là-bas tournent trois films par an. Ou regarde Takashi Miike, il a 70 films à son actif, peut-être plus, et il n’est même pas vieux. Incroyable ! Mais je lisais il y a quelques temps une interview de Fabrice Du Welz, et qui parlait justement de la lenteur du système français, de la difficulté. Il disait que les réalisateurs de sa génération feraient dix films tout au plus, que ceux de la précédente en auront fait vingt. C’est comme ça ici , c’est un vieux système: c’est lourd, c’est lent, comme dans « Belle-île en mer » de Laurent « fuckin’ » Voulzy. Et ça, c’est fou. Cependant, il y a sans doute de nouvelles voies qui se créent, comme ces films indépendants qui apparaissent de plus en plus, comme Dead Shadows, Horsehead ou Dealer de l’amigo Dan Bronchinson. Ces productions montrent, je pense, une nouvelle voie, on va voir comment ça va évoluer.

Distorsion est davantage un objet créatif, à mi-chemin entre le cinéma et l’émission culturelle. C’est plus exigeant, d’un côté comme de l’autre de l’écran, mais on se marre bien et on est vraiment fiers de Distorsion, l‘émission-fiction.

Rurik Sallé

Crédit Photo : Anthony Rauchen

Crédit Photo : Anthony Rauchen

6/ Vous avez aussi lancé un nouveau magazine appelé « Distorsion X » qui a été financé grâce à la plateforme participative Ulule. L’expérience Métaluna ne t’a donc pas vacciné au sujet de la presse écrite ?

L’entreprise a été un succès ! Nous avons atteint 146% de réussite de l’objectif sur Ulule, Distorsion X est imprimé. C’est cool, il y a beaucoup de gens sensibles à la nouveauté, la liberté, notre état d’esprit.

Mais Distorsion X n’est PAS un magazine ! Justement pas ! Nous avons fait le tour de l’objet « magazine ». Pourquoi refaire Metaluna ? Ça n’a aucun intérêt. Et comme je te le disais plus haut, je suis trop investi dans l’image et le son pour me relancer dans la « presse », et je n’en ai aucune envie. Distorsion X est un livre fou, une publication, qui comporte des bds, des dessins, des interviews, des articles, des points de vue, des photos… Un objet distordu, qui se suffit à lui-même. Ça n’est pas un objet de presse, nous ne sommes pas journalistes, mais tous impliqués d’une façon ou d’une autre dans le monde artistique. J’ai d’ailleurs monté moi-même la bande-annonce de Distorsion X, comme je le faisais avec toutes les bande-annonces de Metaluna. Nous aimons l’odeur de l’encre, nous aimons la texture d’une page. Et une partie de nous se délecte certainement de l’idée d’abattre quelques arbres, aussi, mais je ne donnerai pas de noms.

Ce Distorsion X, c’est évidemment une partie de l’esprit de Metaluna, puisque nous composions 90% de son équipe, mais ça n’est pas un magazine. Distorsion, c’est un mutant. Un bouquin, un objet intemporel, culturel, artistique, qui parle de X (énooooorme dossier cul, avec Maria Ozawa, Erika Lust, Christophe Lemaire…), de bis, d’horreur, de metal, de graphisme, de bizarreries, avec des œuvres de Tomahawk, Dav Guedin, Geoffroy Monde.. C’est un bouquin pour Noël (et après), pour clôturer l’année en beauté, et commencer une autre plus dingue. Est-ce un one-shot ? Est-ce qu’il y en aura d’autres ? On n’en sait encore rien ! C’est un cri d’amour à l’objet livre, intemporel, totalement libre, une sorte d’objet collector rempli de plein de trucs qu’on aime bien, et dans lequel on s’exprime en écrivant, en dessinant, parfois les deux. C’est quelque chose qu’on avait envie de faire, et on voit qu’on n’est pas les seuls à être heureux que ça existe !

7/ Quelles sont les différences entre Métaluna et Distorsion X ? En termes de contenu mais aussi de modèle économique.

La différence, c’est qu’on est tous payés en écus. Dans Metaluna, c’était en macarons.

Pour ce qui est de la ligne éditoriale, Distorsion X traite de plein de sujets fous qui ne sont pas périssables. C’était déjà le cas dans Metaluna, mais ça l’est encore plus ici. Tu pourras ressortir Distorsion X dans 69 ans (tu seras encore en vie, je l’ai lu dans ton anus – vieille technique vaudou), il sera toujours appréciable et pas ringard. Faire de la news n’est pas le but de DistoX. D’ailleurs, il y a autant d’infos culturelles dedans, que de création pure. De plus, avec 144 pages, on peut s’étaler, et prendre le temps et la place. Et puis le format est différent, plus proche d’un beau livre que d’un magazine. Et y’a un poster !

Le modèle économique ? On est indépendants, totalement. On fait ce qu’on veut, et c’est beau. L’indépendance est aussi la mère de la liberté. Et nous, les mamans, on boit à leurs tétons.

8/ Retrouve t’on des membres de l’équipe Métaluna dans l’aventure Distorsion X ? Qui ?

Presque tous !

9/ Jean-Pierre Putters ?

Oui, tu as raison, JPP est une question a lui tout seul ! JPP, ça a été une grande rencontre. J’avais commencé dans la presse grâce à Alain Schlockoff, ma dernière aventure aura été avec JPP. Une boucle bouclée dont je n’aurais pas oser rêver, même nu et entouré de fruits. Nous avons conçu Metaluna magazine ensemble, Jean-Pierre et moi, et ça restera comme l’une des plus belles aventures de ma vie, et probablement pour beaucoup d’autres de l’équipe.

10/ Le premier volet de Distorsion X semble porter sur le porno (d’où le X !). Peux-tu nous dire sous quel angle vous comptez aborder le sujet ?

On va prendre le sujet à l’envers, bien sûr. C’est plus intense, plus surprenant, et si c’est bien fait, encore plus agréable. Je connais quelques techniques japonaises…

11/ Penses-tu déjà à d’autres numéros et si oui, quels thèmes voudrais-tu traiter ?

Distorsion version bouquin, c’est comme un film : quand tu sors d’un Insidious, tu attends un deuxième, sans savoir si et quand il va sortir. Distorsion, c’est pareil. Comme un album d’un artiste que tu aimes, aussi. Pas de périodicité, mais tu attends le suivant. On le prend comme ça aussi, on ne sait pas quand ni si. On fera peut-être même quelque chose de très différent juste après, qui sait ? Tout ça dépend des envies des lecteurs, de nos envies à nous, et aussi de nos emplois du temps respectifs..

Distorsion X est un livre fou, une publication, qui comporte des bds, des dessins, des interviews, des articles, des points de vue, des photos… Un objet distordu, qui se suffit à lui-même.

Rurik Sallé

12/ Tu es maintenant essentiellement acteur. Peux-tu nous dire quels sont les projets cinématographiques qui ont été concrétisés et ceux à venir ?

J’ai tourné dans pas mal de choses diverses cette année. Récemment, j’ai eu la joie de tourner avec une réalisatrice, Émilie Voinson-Jagintowicz. C’était la première fois, et j’avais envie depuis longtemps de travailler avec une femme derrière la caméra. C’est un rapport différent, forcément. D’autant que le rôle qu’elle me proposait était aux antipodes de ce qu’on me propose en général, ce qui me ravit : c’était celui d’un homme paralysé. Un court-métrage très sensuel, très intime, dans lequel j’ai sans doute été plus « mis à nu » que d’habitude. Voilà ce que c’est que de tourner pour une dame ! Ahah.. J’aime vraiment essayer des choses différentes, et c’était un vrai défi de jouer ce personnage, d’oser tout ça. Le court-métrage est en ligne, il s'appelle Je suis lundi.

J’ai aussi tourné récemment pour la première fois avec PH Debiès, qui a réalisé une adaptation très intéressante d’une nouvelle de Lovecraft, et qui s’appelle Escape From Midwich Valley, sur une musique de Carpenter Brut. Ça n’est pas un clip, ça n’est pas un court-métrage classique, c’est autre chose. Une sorte de clip-métrage ! Il a mis en image l’atmosphère de Lovecraft sans aucun dialogue, et je trouve qu’il a vraiment réussi son coup. J’ai également joué un commissaire des années 80 dans le Ninja Eliminator 4 : the french connexion de Mathieu Berthon, avec lequel j’avais déjà fait Le Réserviste. Mathieu est un réal qui fait des clins d’œil au cinéma fauché et bis qu’il aime, mais sans jamais être Z : il sait ce qu’il veut, ça marche, il saisit le truc et c’est très bien fait. C’est un équilibre difficile, et il arrive à le trouver. J’ai hâte qu’il fasse quelque chose dans un registre dans lequel on ne l’attend pas. Et tu verras !

Je travaille sur plusieurs choses, côté longs-métrages, mais « Celui qui parle trop agira difficilement », disait Confucius. Et comme disait Desproges, « Fucius, il avait oublié d’être con ! ».

13/ Y’a pas que dans le cinéma que le système administratif français est un peu lent…

Bref, tu es ouvert à toutes sortes de rôles mais y’en a-t-il un dont tu rêves ? Un personnage que tu adorerais jouer…

Hmmm… Une truite.

Sinon, un homme politique, tiens. Voilà un rôle intéressant ! Un truc bien écrit, un vrai rôle avec de beaux dialogues, ça serait superbe ça.

14/ Niveau musique, comment évolue le groupe dont tu fais partie « Fugu Dal Bronx » ? Tu as aussi composé une musique pour un générique de long métrage, peux-tu nous en parler ?

Avec Fugu Dal Bronx, on a vécu une période très intéressante : Vanina, notre violoniste adorée et flamboyante, est partie faire des études de musique à l’étranger, à Vienne. Vienne ! Qu’est-ce qu’elle est partie foutre à Vienne ? On a failli la battre à mort, mais finalement on l’a laissée partir. Alors depuis on rêve d’elle toutes les nuits : je suis sûr qu’elle a fait exprès. Du coup, nous avons une nouvelle violoniste incroyable, Angélina, et c’était l’occasion pour le groupe de réarranger des morceaux, et c’est un sacré coup de fouet. On devait faire un album en 2014, on a les morceaux mais on a pris un peu de retard, donc en 2015 ça devrait bastonner : un nouvel album et autant de shows que possible. On est d’ailleurs ravis parce que notre musique a été choisie pour être la b.o. d’un film au Canada, l’actioner Billy Trigger avec Fred « the Hammer » Williamson, légende de la blaxploitation !

Effectivement, j’ai également participé à la musique d’un autre long-métrage récemment au Canada, le premier réalisé par John Fallon, The Shelter, avec Michael Paré. Paré ! Qui joue dans Les Rues de feu et Philadelphia Experiment ! Et même Le Village des damnés de Carpenter... Enfin bref, ça m’a fait plaisir quoi. John m’a demandé « une pièce instrumentale sombre et triste » pour son film. Je lui ai proposé quelque chose, un morceau piano/violon, il a aimé et voilà. Ça devait être le générique de fin, mais au final c’est carrément la musique de la dernière scène du film.

Faire de la musique de film, c’est quelque chose qui m’a toujours plu, et même quand je fais de la musique « pas de film », comme avec Fugu Dal Bronx, elle garde quelque chose de cinématographique en fait. Mais bon, il m’arrive de faire aussi des chansons avec voix, plus rock, ou plus pop..

Il y a quelque chose que je tiens à préciser : on me lance parfois « mais tu fais plein de trucs ! ». Mais « plein de trucs », ça veut tout dire et rien dire. En fait, je ne fais pas « plein de trucs » : je fais surtout de la musique et de l’image, devant ou derrière la caméra. C’est déjà pas mal, mais par exemple, je ne sais pas ramoner une cheminée, faire un mille-feuilles, ou dessiner un loft !

15/ Tu as longtemps fait partie de l’équipe de Mad Movies. As-tu vu leur nouvelle version ? Qu’en penses-tu ?

Je ne lis plus mad movies.

Merci !

Mais de rien mon Sylvain ! Et si tu as la recette du mille-feuilles, hein.. Tu sais où me trouver !

 

www.Distorsion.tv

Distorsion X est dispo en librairie et sur le site de Distorsion : http://Distorsion.Tv

Tous les épisodes de Distorsion l’émission-fiction sont également sur Distorsion.Tv

Le site de Fugu Dal Bronx

Rédigé par Gib

Publié dans #Interview

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jm 13/01/2015 10:27

à partager
éclairé
la suite s'il vous plait!